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Télévision

La télé fait le clone

16/05/2003

Télé-réalité qui radote, fictions en doublon, jeux aux concepts similaires... La télévision est entrée dans l'ère des copies conformes. Au risque d'y perdre son identité.

A la mi-juin, TF1 devrait lancerGreg le millionnaire,une nouvelle émission de télé-réalité, signée Glem. Adaptée du format de Fox TV,Joe millionaire,qui a fait un carton aux États-Unis avec une moyenne de 18 millions de téléspectateurs, cette version française du millionnaire - qui se révèle à la fin pauvre comme Job- ressemble étrangement auBachelorde M6. Le concept ? Vingt jeunes filles sont invitées à séduire, pendant huit semaines dans un château, le jeune faux Crésus. TF1 a-t-il craint de raviver l'offensive judiciaire de M6, qui l'accuse d'avoir plagiéLoft StoryavecNice People ?Toujours est-il qu'après avoir cherché à adapter avecMr Right(L'homme idéal), une copie conforme duBachelordont le premier épisode, le 7 mai, a réuni 3,4 millions de téléspectateurs sur M6 (15,5 % de part d'audience), elle a finalement choisi d'y renoncer pour une version plus pimentée,Greg le millionnaire,confiée à Gérard Louvin (Glem).

Une telle veille concurrentielle est symptomatique d'une télévision du réel qui s'ingénie à se singer elle-même et dont la lutte se retrouve parfois devant les tribunaux.Nice PeopleaprèsLoft Story, À la recherche de la nouvelle staraprèsStar Academy, Greg le millionnaireaprèsBachelor...À cette bagarre entre TF1 et M6, il faut ajouter l'affrontement, en janvier, entre France2 et M6 à propos de deux émissions de tests sur le code la route (voirStratégiesn° 1265). Si France 2 a obtenu en justice, par tirage au sort, le droit de dégainer la première en diffusant sonCode de la route, le grand examen,M6 n'a pas dit son dernier mot : elle a attaqué sa rivale publique pour contrefaçon de son émissionPermis de conduire, le grand test,et lui réclame 1,5 million d'euros de dommages et intérêts.« En France, l'imagination n'est pas au pouvoir,explique Jean-Louis Missika, directeur de JLM Conseil (Altedia) et analyste de la télévision.Les concepts sont reproduits d'une chaîne à l'autre et importés d'un pays à l'autre. La télé-réalité n'a pas produit chez nous le moindre format national. Il y a un énorme problème de renouvellement lié à l'absence de prise de risque. »Selon lui, on constate du coup un« phénomène d'usure des concepts plus rapide que dans les autres pays »,dont témoignent l'arrêt de la version quotidienne d'À la Recherche de la nouvelle staret les débuts laborieux deNice People(1).

Recettes garanties

La « télé-copie » est aussi à l'oeuvre dans la fiction, comme on l'a vu avec les deuxJean Moulinqui se sont succédé sur France 2 puis sur TF1, alors qu'Alain Delon passait du Fabio Montale de la Une au Frank Riva qui verra le jour à la rentrée sur la Deux. Dans leJournal du dimanchedu 11 mai, Étienne Mougeotte, vice-président de la Une, a fustigé cette bagarre sur les héros récurrents et les miniséries, qui semble avoir remisé au rang des vieux souvenirs la guéguerre autour des animateurs-producteurs :« Nous avons faitMonte CristoetLes Misérablesavec Jean-Pierre Guérin. France 2 faitNapoléonetCharles de Gaulleavec le même Guérin. »Et le numéro 2 de TF1 ne raconte pas qu'il a dû renoncer à produire sonBonaparteaprèsNapoléon...Selon Régine Tournier, directrice du développement TV de MPG, le principe du « me too product » ne risque pourtant pas de s'arrêter dans la télé-réalité.« Il n'y a plus de frein d'aucune sorte de la part des annonceurs qui sont obnubilés par le quantitatif,souligne-t-elle.Ce qui les intéresse, c'est que leurs écrans soient rentables, un point c'est tout. Plus personne ne parle des contenus. Et les régies, sous la pression du marché, sont obligées de jouer sur des recettes garanties plutôt que sur la créativité. »Une analyse que confirme Claude Cohen, directrice générale de TF1 Publicité, quand elle rappelle que les annonceurs n'ont« pour seule préoccupation que la rentabilité de leurs investissements »et que même les lessiviers américains ne font plus valoir leurs chartes contre la violence ou le sexe. Une « story » qui explique sans doute le revirement de Patrick Le Lay à propos de la « télé poubelle » issue deBig Brother.

(1) L'émission est remontée à 29,4 % de part d'audience le 10 mai, après avoir réalisé un score catastrophique de 21,9 % le samedi précédent.

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