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Entretien

Claude Bartolone : « Baudis devrait penser à préserver la crédibilité du CSA »

20/06/2003

Député PS de Seine-Saint-Denis, maire du Pré-Saint-Gervais et ancien ministre de la Ville, Claude Bartolone vient de se voir confier le secteur de la communication au secrétariat national du parti socialiste. Réflexions à chaud.

Le président du Conseil supérieur de l'audiovisuel, Dominique Baudis, a demandé sa mise en examen dans le cadre de l'affaire Alègre. Pensez-vous qu'il doive démissionner afin de garantir le bon fonctionnement de l'institution ?

Claude Bartolone.Au parti socialiste, nous sommes bien placés pour savoir quel écart il peut y avoir entre le déchaînement médiatique et le réel contenu d'un dossier. Regardez ce qu'a pu coûter la condamnation a priori de Roland Dumas avec sa célèbre paire de chaussures ! Regardez ce que l'on a fait subir comme chemin de croix à Dominique Strauss-Kahn pour une cassette dont le sujet était plus le président de la République que lui-même ! Donc, moi, je ne veux pas donner le sentiment de malmener la présomption d'innocence. Pour autant, je crois que cela vaudrait le coup pour celui qui est à la tête d'une structure comme le CSA, qui a la volonté d'avoir à examiner des dossiers qui relèvent de la moralisation du paysage audiovisuel, de prendre quelques vacances afin de préserver la crédibilité de l'institution. Il existe sans doute une possibilité d'aménager son travail. Mais il s'agit d'une question qui ne relève que de lui-même.

Didier Mathus, député PS, a été très sévère vis-à-vis de TF1 en disant que le gouvernement cherchait à lui verser le salaire de son soutien à l'élection présidentielle. Où en sont les rapports du parti socialiste avec cette chaîne ?

C.B.Depuis l'origine, il y a à TF1 un lien qui ne serait accepté dans aucune autre démocratie : c'est celui qui unit des intérêts économiques au pouvoir d'information. Pour des sociétés qui vivent de la commande publique, le fait de se retrouver en position dominante en termes de médias serait inacceptable aux États-Unis. Il y a en outre une logique propre à l'audience. Dans l'affaire du fait-divers d'Orléans, à la veille de l'élection présidentielle [l'affaire Papy Voise], je n'arrive pas à savoir quelle est la part qui relève de la démarche politique et la part qui tient à l'audience souhaitée par TF1, avant que France Télévisions ne lui emboîte le pas.

Avez-vous des craintes concernant la TNT ?

C.B.Oui, j'ai l'impression que la volonté faiblit. Une télévision dépourvue de projet ne donne envie ni de la regarder ni de s'y abonner. Aujourd'hui, on n'a aucune idée de l'outil démocratique que la télévision pourrait constituer. Le projet de chaîne d'information de France Télévisions représentait, en ce sens, une mission centrale. C'est une erreur de l'avoir arrêté.

Pensez-vous que le PS soit maltraité dans la répartition des temps de parole à la télévision ?

C.B.Sur le long terme, non, mais quand il y a cristallisation sur un événement, oui. Sur le dossier des retraites, on a ainsi beaucoup plus entendu la communication officielle du gouvernement que l'opposition. Après, on peut retrouver un équilibre sur des heures où il y a moins de visibilité. Il serait intéressant de faire une étude pour voir qui a droit au prime time et qui a droit aux émissions de nuit. Après l'installation de ce gouvernement, nous avons eu le sentiment que l'opposition n'existait plus dans l'audiovisuel. En outre, j'ai été scandalisé par l'émission de France Télévisions sur Mme Sarkozy, qui s'apparentait à de la publicité indirecte. Quant aux interventions de Mme Chirac, je les trouve de plus en plus pressantes en termes politiques. Quand elle s'exprime au sujet de la candidature de son mari à l'élection présidentielle, on est dans le message politique : cela permet à des prétendants de se tenir au calme.

Existe-t-il un désamour entre le PS et les médias ?

C.B.Si c'est le cas, il est lié à notre situation politique actuelle. Quand nous serons porteurs d'une alternance politique, on entendra bruyamment claquer certaines vestes. Lors du dernier congrès du parti socialiste, il y a eu de nouveau des images et des moments qui nous ont remis sur le devant de la scène médiatique. Pour autant, ne nous faisons pas avoir. Alors qu'il n'a cessé d'agiter ses petits poings et de shooter dans des galets de mazout, le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, connaît une usure politique dans les sondages qui est inversement proportionnelle à son temps passé devant les caméras de télévision. Je pense que l'on est en train de sortir du look et de la forme. Notre société est à la recherche de sens. Au-delà des retraites, il y a une analyse sur le travail, sur la place des individus dans la société. Il faut que nous y soyons attentif. On ressent en outre un écart entre la rue et la presse dite nationale qui influence la télévision, commeLe MondeetLibération.

Que pensez-vous du projet chiraquien de créer une « CNN à la française » ?

C.B.Je souhaiterais plutôt une grande chaîne francophone qui ne se contente pas de répercuter la voix de la France, mais qui montre la manière de vivre de la France et de l'Europe. En dépit de ses efforts, TV5 n'arrive pas à avoir une ligne éditoriale cohérente. Lorsque l'on passe d'une émission suisse sur les vaches à un film français de qualité moyenne, on ne donne pas vraiment envie de s'intéresser à la culture française ou européenne, et à son raisonnement politique. Ce serait le cas d'une grande chaîne francophone qui pourrait, par exemple, donner envie d'aller se former en France. En tout état de cause, concernant le projet de « CNN à la française » de Jacques Chirac, je ne pense pas qu'une alliance public-privé soit viable : il faudra un opérateur public majoritaire.

Pensez-vous que Jean-Jacques Aillagon, le ministre de la Culture et de la Communication, ait eu tort d'apporter son aval au rachat de Vivendi Universal Publishing par le groupe Lagardère ?

C.B.Je ne mets pas en cause la compétence du groupe Hachette, mais on est à la limite quand une même société édite la quasi-totalité des bouquins de nos écoles et a en main une grande partie de l'édition pour les adultes. On entre dans une zone à risques. Un gouvernement doit avoir la volonté de faire vivre la démocratie pour tous les diffuseurs culturels et les technologies de la communication. À défaut, il existe un risque de confiscation de la connaissance et de l'information.

Vous êtes en charge de la communication au parti socialiste. Comment allez-vous communiquer ?

C.B.J'ai à ma disposition des outils commeL'Hebdo des socialistes, le site Internet et une équipe qui réfléchit aux campagnes de communication, maintenant que nous commençons à sortir du choc de l'élection présidentielle. À la rentrée, nous lancerons une campagne d'adhésion au PS.

Avez-vous un partenaire de communication ?

C.B.Nous avions des liens très étroits avec Jacques Séguéla, mais, depuis le 21 avril 2002, ils se sont un peu distendus. Nous ne travaillons plus avec aucune boîte de communication, car je ne veux pas donner le sentiment que la forme prime le fond. Nous sommes dans une période de retour du politique et, avant de savoir comment présenter le paquet cadeau, sachons ce qu'on met dedans. J'ai donc demandé à ce que l'on fasse le ménage intellectuel avant de voir si nous avions besoin d'une agence de communication qui sera, de toute façon, chargée de mettre en forme notre pensée. Nous lancerons certainement un appel d'offres, mais je pense que nous avons intérêt à ne pas nous intéresser qu'aux Rolls Royce de la communication : je vois défiler depuis quinze jours des jeunes créatifs qui sont des talents à ne pas négliger.

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