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Entretien

Étienne Mougeotte. : « 36 Heures ? Une polémique parisienne »

11/09/2003

Le vice-président de TF1 défend son projet d'émission de politique-réalité. Il se prononce par ailleurs contre un allongement de la durée des écrans publicitaires sur les chaînes publiques.

Allez-vous renoncer à 36 Heures, votre projet d'émission de politique-réalité, après le refus de Jean-François Copé d'y participer ?

Étienne Mougeotte.Ce n'est pas une émission mort-née. Je suis pragmatique et je vois que les ministres, d'un côté, et un certain nombre de leaders de l'opposition, de l'autre, ont des difficultés avec cette émission. J'ai demandé aux producteurs [2P2L] de revoir leur projet et d'y apporter les modifications nécessaires pour arriver à trouver une émission qui réponde à un objectif tout à fait noble, rapprocher les citoyens des hommes politiques, en offrant un cadre qui soit acceptable pour tous les leaders politiques.

36 Heures sera-t-elle oui ou non à l'antenne à la mi-octobre, et avec qui ?

É.M.Je ne sais pas. Pour l'instant, ce n'est pas l'objet...

Vous attendiez-vous à une telle polémique ?

É.M.Dès que l'on touche à la politique, on débouche très vite sur la passion et la polémique. Mais cela n'intéresse personne, si ce n'est la classe politique et les journalistes. C'est une énorme bulle de savon, vouée à éclater... La polémique va cesser.

Mais, sur le fond, pensez-vous que c'est le rôle d'une télévision généraliste comme TF1 de rapprocher les citoyens des hommes politiques ? En quoi TF1 est-elle légitime ?

É.M.Personne n'est légitime. Ce n'est pas en ces termes qu'il faut raisonner. Il existe aujourd'hui un problème de dialogue entre les hommes politiques et les citoyens. Si, modestement, la télévision peut permettre de faire un pas dans la bonne direction, il faut le faire. Mais peut-être est-ce impossible... La télévision a des pouvoirs limités.

TF1 projetait de lancer une deuxième émission de politique-réalité, Devine qui vient dîner, pour le début 2004. Est-elle toujours d'actualité ?

É.M.En réalité, il y en a trois ou quatre en préparation. Pour n'en retenir qu'une au final.

Êtes-vous satisfait du projet de décret sur les secteurs interdits de publicité à la télévision ? Et qu'en attendez-vous en termes de ressources publicitaires ?

É.M.Ce n'est jamais que la mise à niveau des diffuseurs français par rapport à leurs voisins européens. Cette ouverture, très tardive pour la télévision généraliste puisqu'elle n'est pas prévue avant 2007, apportera une dynamique à l'ensemble des chaînes généralistes, ceci étant surtout vrai pour le secteur de la distribution. Il faut espérer que la presse et l'édition donneront des ressources supplémentaires aux chaînes du câble et du satellite.

Le ministre de la Communication, Jean-Jacques Aillagon, a annoncé une possible révision de la durée des écrans publicitaires. Qu'en pensez-vous ?

É.M.Il faut être cohérent. Si l'on veut conserver une identité au service public, il ne faut pas augmenter la durée des écrans publicitaires. Il n'y aurait plus de différence entre les chaînes publiques et les chaînes privées ! La seule différence, c'est que les chaînes privées vivraient de la publicité et que les chaînes publiques vivraient de la publicité et de la redevance. Cela créerait donc une distorsion de concurrence. Aujourd'hui, nous sommes dans un équilibre privé-public que l'on retrouve dans tous les grands pays européens et qui permet au système audiovisuel français de fonctionner dans de bonnes conditions. Le changer, ce serait provoquer le désordre.

Votre grille de rentrée proposeScrupules, une émission produite par Réservoir Prod, qui va très loin dans l'intimité des gens. La télévision doit-elle être de plus en plus intime ?

É.M.Elle l'est déjà, toutes chaînes et tous pays confondus. On aborde avec les gens des sujets de grande intimité, à caractère sociétal et interpersonnel. Scrupules s'inscrit dans cette veine. C'est une émission dans laquelle le public va s'identifier fortement aux invités, parce que les sujets traités sont ses propres préoccupations : les rapports de couple, la vie de famille, la répartition vie professionnelle/vie personnelle.

Pensez-vous que France Télévisions fasse de la télé-réalité comme monsieur Jourdain faisait de la prose ?

É.M.Tout à fait, même si elle en fait moins que TF1 et M6. RegardezC'est mon choix,Ça se discute... Mais où est le mal ?

On disait les relations de TF1 avec Endemol tendues aprèsNice People, une émission qui vous a sans doute déçus...

É.M.Nice People ne nous a pas déçus. Nous avons réalisé d'excellentes audiences en access prime time et de bonnes recettes publicitaires. La seule déception, c'est que nous n'avons pas réussi sur le prime time à faire venir un public plus senior. Mais nous diffuserons une émission de télé-réalité quotidienne au deuxième trimestre 2004, qui sera peut-être rebaptisée et reformatée.

M6 a désormais une filiale de production vouée à la télé-réalité, W9. Et vous ?

É.M.Notre filiale existe : il s'agit de Glem. Nous avons créé en son sein un département télé-réalité qui fonctionne très bien et a acquis une expertise forte avecL'Île de la tentationetGreg le millionnaire. Cette dernière émission fera d'ailleurs l'objet d'une déclinaison. Pour autant, Glem n'a pas vocation à monopoliser la télé-réalité sur TF1. Nous faisons notamment appel à ALP [filiale d'Expand] pour unKoh Lanta 4.

Vous allez diffuser L'Affaire Dominici. Comme pourJean Moulin, vous présentez un parti pris contestable : l'innocence de Gaston Dominici. Est-ce le rôle d'une chaîne de télévision de dire sa vérité historique aux téléspectateurs ?

É.M.Dans cette affaire, un grand doute a plané après la condamnation à mort de Gaston Dominici. Le dossier a été rouvert par Alain Dominici, son petit-fils, qui a apporté des éléments renforçant ces doutes. La thèse que nous présentons, sans prétendre que c'est la vérité, est que Gaston Dominici n'est pas coupable et que, derrière, il y a une affaire d'État. La télévision doit-elle avoir un point de vue ? Je crois que oui. Pour autant, un mois après la diffusion du téléfilm de Pierre Boutron, nous proposerons un débat sur la chaîne Odyssée [filiale de TF1 sur le câble et le satellite], comme nous l'avons fait avec Jean Moulin.

Vous avez déclaré récemment qu'il y aurait sur TF1 moins de cinéma et plus de fiction. Est-ce à dire que vous allez moins investir dans le cinéma ?

É.M.Il ne peut pas y avoir moins d'investissements, puisque nous avons l'obligation légale de consacrer 3,2 % de notre chiffre d'affaires à la production cinématographique. Nous cofinançons une quinzaine de films par an. Par ailleurs, nous devons investir 16 % de notre chiffre d'affaires dans la production d'oeuvres audiovisuelles françaises. Ce qui est certain, c'est qu'il va y avoir de plus en plus de fictions sur TF1, et que le nombre de films diffusés [environ soixante-deux films français en prime time chaque année] diminuera légèrement.

Parce que le cinéma n'est plus aussi attractif ?

É.M.L'arrivée du DVD, qui est une tornade extraordinaire, fait que lorsqu'un film est diffusé sur une chaîne généraliste, on a une impression de déjà-vu ! Les networks américains ne diffusent quasiment plus de films en prime time. Nous n'en sommes pas là en France, où le grand film constitue encore un produit d'appel. Mais c'est le sens de l'histoire...

Canal + vous attaque sur le terrain de l'information pour abus de position dominante. Qu'en pensez-vous ?

É.M.C'est le pyromane qui crie au feu...

Canal + veut aussi en appeler à Bruxelles sur la question de l'exclusivité de TF1 sur TPS...

É.M.Nous gardons l'exclusivité de TF1 sur TPS et chacun reste chez soi.

Vous devez vous décider avant la fin 2003 pour les matchs non encore acquis de la Coupe du monde de football en 2006. Souhaitez-vous l'exclusivité ?

É.M.La question n'a pas été tranchée. C'est un débat d'abord financier, et ensuite une discussion de groupe, qui inclut aussi TPS.

Ne redoutez-vous pas des audiences décevantes, après le faux pas de la Coupe du monde 2002 ?

É.M.Franchement, non. Le Mondial 2006 aura lieu en Allemagne, donc sans décalage horaire. Et nous avons une bonne équipe de France. La Coupe du monde 2002 a été un accident, et toute équipe a droit à l'accident. Nous avons toutes les raisons de penser que nous tiendrons le choc en 2006.

Jean-Jacques Aillagon a lancé la chasse aux recours abusifs aux intermittents du spectacle. Vous sentez-vous visés ?

É.M.Nous sommes très attentifs à cette question. TF1 emploie moins de 10 % d'intermittents, ce qui en fait le bon élève du PAF. Il y a en revanche un vrai problème de l'intermittence dans les sociétés de production, auquel il faut s'efforcer de trouver une solution.

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