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Presse

Le virage stratégique des NMPP

13/11/2003

Cinq mois après l'arrivée de Ghislain Le Leu à la tête de l'entreprise de distribution, une nouvelle orientation vise à en faire un outil au service des grands éditeurs.

Réorganisation en profondeur autour de leur nouveau patron, blocage de la réforme de Paris Diffusion Presse, plainte des Messageries lyonnaises de presse (MLP) auprès du Conseil de la concurrence pour abus de position dominante... Depuis la fin octobre, les Nouvelles Messageries de la presse parisienne (NMPP) multiplient les motifs de mécontentement ou d'inquiétude chez les petits éditeurs. Derrière les effets d'annonce, c'est toute la stratégie engagée par Ghislain Le Leu, soixante-huit ans, directeur général des NMPP en remplacement d'Yves Sabouret, qui est en question. Nommé le 1er juillet, l'ancien PDG deLa Provence(Hachette Filipacchi Médias), qui a accompli une bonne partie de sa carrière à la tête des imprimeries d'Hachette, incarne une nouvelle orientation qui semble marquer une rupture avec le passé. Elle vise à faire des messageries parisiennes davantage un instrument de diffusion qu'une entreprise de services. Et ce, accusent ses détracteurs, pour le plus grand profit des gros éditeurs et notamment d'Hachette Filippacchi Médias, l'opérateur du système.

Mettre fin au système de double service

Un tuyau plutôt qu'une entreprise diversifiée : telle serait d'abord la finalité de la réorganisation présentée le 30 octobre aux salariés des NMPP. À travers l'arrivée de deux directeurs généraux adjoints, Michel Nocca et Pierre Pus, Ghislain Le Leu a fait le choix de placer à ses côtés un supertechnicien, chargé du réseau et des relations commerciales avec les éditeurs, ainsi qu'un financier chargé des affaires administratives et financières. Par la même occasion, il a renoncé aux services de Françoise Sampermans, la directrice des publications, qui présentait le double inconvénient d'être une femme d'entreprise (elle a notamment dirigéL'ExpresspuisMarianne)et d'empêcher une refonte transversale mêlant magazines et quotidiens. Désormais, pour reprendre les termes d'un communiqué de presse,« l'organisation des NMPP se doit d'évoluer pour répondre aux nouvelles demandes, car la profession se concentre et les éditeurs sont de plus en plus multiproduits (quotidiens, magazines et produits multimédias) ».En clair, cela signifie que les NMPP veulent mettre fin à un système de double service tourné d'un côté vers les quotidiens, qui creusent le déficit de l'entreprise, et de l'autre vers les publications. En affirmant vouloir« recentrer l'entreprise sur son métier de base »,Ghislain Le Leu cherche à apporter aux grands éditeurs, qui ont développé des intérêts tant dans la presse quotidienne que dans les magazines, le réseau le plus adapté à leurs besoins. Pour eux, il importe avant tout de disposer d'un outil performant, fiable mais aussi le moins coûteux possible. Ce qui induit l'abandon de la palette de prestations que l'entreprise offre aux petits éditeurs : recherche marketing, études, etc. Bref, tout ce qui permet aujourd'hui à un éditeur « de base » de bénéficier d'un appui logistique qui le rend compétitif face aux grands groupes de presse.

La main du PDG d'Hachette ?

Inquiets, les petits éditeurs ?« Je suis vigilant »,assure l'un de leurs porte-parole, Alain Ayache, qui présente la particularité de présider l'une des cinq coopératives gérantes des NMPP.« La nouvelle organisation me paraît plus efficace et plus logique,explique-t-il àStratégies. Nous nous battrons pour que les petits ne soient pas défavorisés. Nous avons les moyens de nous faire entendre. Des ajustements de barèmes sont certes prévus aux NMPP, mais il suffit qu'une coopérative vote contre pour qu'ils ne soient pas appliqués. Il est impossible que les gros éditeurs passent en force. Par ailleurs, ce n'est pas dans la mentalité de Ghislain Le Leu, qui est un homme de dialogue. »

Derrière cette nouvelle stratégie des NMPP, beaucoup voient la main de Gérald de Roquemaurel, PDG d'Hachette Filipacchi Médias, qui rêve depuis longtemps de refaçonner le réseau des NMPP dans l'intérêt des grands éditeurs. La mort de Jean-Luc Lagardère, le 14 mars 2003, aurait en effet mis fin à une gestion politique des NMPP marquée par l'engagement personnel d'un grand capitaine d'industrie dans la presse française. Son fils Arnaud, mobilisé à la fois par le rachat d'Editis et par EADS, aurait accepté de confier à Gérald de Roquemaurel le suivi du dossier NMPP. Un signe ? Ghislain Le Leu a lui-même été surnommé « Gérald-m'a-dit » par Jean de Montmort, le président du Conseil de gérance des NMPP.

Des menaces de licenciements

Gérald de Roquemaurel, qui a vu débarquer en France le groupe allemand Prisma Presse grâce aux avantages de la loi Bichet, assurant la péréquation entre les titres de presse, ne souhaiterait plus favoriser la pérennité d'un système multiservice qui provoque l'encombrement des points de vente. Comme pour lui faire écho, Ghislain Le Leu chercherait, lui, à mieux articuler le réseau autour d'un nombre restreint de dépositaires, assurant demain un service de grossiste comme en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Des audits circuleraient d'ailleurs, agitant la menace de licenciements touchant le millier de salariés du siège, dans le xiie arrondissement de Paris.

Alors que Christian Carisey, qui dirige le Syndicat national des dépositaires, est attendu pour prendre la direction du réseau en remplacement de Michel Nocca, une rumeur évoque même la possibilité de financer des plans sociaux sur le « niveau 1 » (le distributeur) par la vente des dépôts appartenant aux NMPP (« niveau 2 »). Quant aux diffuseurs (« niveau 3 »), ce serait essentiellement pour leur capacité à répondre aux besoins des gros éditeurs de magazines qu'ils seraient encouragés : les lieux de trafic, comme les grandes surfaces, seraient alors privilégiés par rapport au maillage du territoire.

Simple hypothèse de travail ou stratégie de recentrage technique ? La suppression de la direction de la communication, après le renoncement à un projet de développement comme Viapresse (les ventes de presse en ligne), traduit en tout état de cause une volonté de serrer les boulons. Dans ce contexte, la plainte déposée par les MLP vient ouvrir un nouveau front qui touche précisément à la maîtrise de l'outil informatique (lire l'encadré). Quant à Paris Diffusion Presse (PDP), la plate-forme de distribution sur Paris et sa banlieue, elle témoigne des difficultés de la direction des NMPP à mener à bien une réforme structurelle alors que PDP représente 36 millions d'euros de déficit annuel. Le 4 novembre, par 161voix contre et 152 pour, la section messageries CGT des NMPP a refusé la copie présentée par Ghislain Le Leu. Paradoxalement, c'est sans doute sur sa capacité à poursuivre les réformes de son prédécesseur que les éditeurs jugeront d'abord le nouveau DG.

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