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Radio

Les quatre vérités de Jérôme Bellay

20/11/2003

Cofondateur de France Info et de LCI, le directeur général de l'antenne d'Europe1 revient sur les résultats d'audience Médiamétrie, ses rapports avec la régie, Lagardère et le milieu politique.

Selon la dernière enquête publiée par Médiamétrie, l'audience d'Europe 1 est stable. Votre analyse ?

Jérôme Bellay.Je peux être satisfait car, dans le même temps, RTL et France Inter sont en baisse. Mais le résultat de mes concurrents m'est égal. Lorsque je suis arrivé ici, en 1996, dix points nous séparaient de RTL. Aujourd'hui, il n'y en a plus que trois. Quant à France Inter, elle bénéficie d'une couverture totale avec un émetteur grandes ondes et six cents en FM. Faire 1,4 point de plus que nous, qui n'avons que cent quatre-vingt-sept émetteurs, ce n'est pas cher payé.

Votre ambition est-elle de passer devant RTL ?

J.B.Pas du tout. J'essaie de mener à bien un concept qui m'intéresse et qui trouve son public : une radio - en toute modestie - plus haut de gamme et un peu plus intelligente. Je défends des valeurs de radio contre des valeurs de commerce. Vous savez, quand on fait quelque chose, cela vous ressemble. Donc, forcément, Europe 1 me ressemble. Je suis un journaliste avec de l'expérience. Jean-Luc Lagardère me disait : une radio, c'est l'affaire d'un homme.

Son décès, en mars dernier, a-t-il changé vos rapports avec votre actionnaire ?

J.B.Non. Les rapports avec Arnaud Lagardère sont les mêmes qu'avec son père. Jean-Luc Lagardère avait des liens très forts avec la station, dont il avait été le patron. Il avait toujours un oeil sur Europe 1 et il ne lui avait jamais rien demandé. Il voulait être fier de sa radio. Au début, lorsque je suis arrivé à Europe 1, il m'a appelé deux ou trois fois en huit jours. Je lui ai dit que je ne faisais pas la radio pour lui, et ça a été fini. Arnaud n'a pas changé d'un iota son comportement à l'égard d'Europe 1. Vu de ma fenêtre, il a une confiance totale. Il est très content d'avoir des domaines comme celui-là, sur lequel il peut s'appuyer pour avoir la tête libre et cultiver d'autres projets.

Votre style de management ne semble pas faire l'unanimité. Comment faites-vous pour mobiliser votre équipe ?

J.B.L'équipe ressemble à quelqu'un qui a un parcours journalistique large, un savoir-faire et qui arrive à le communiquer à des gens. Je lui donne une image professionnelle. Pour expliquer un projet, je descends moi-même à la rédaction, je fais le sillon, je suis le cheval de labour et je démontre que ce que je dis est vrai. Mais je n'interviens pas, je n'aime pas ce mot. C'est un terme négatif. Je n'influence rien.

France Inter se plaint de devoir diffuser trop de publicité sur son antenne le matin. Et vous ?

J.B.J'ai six minutes de publicité par demi-heure le matin. Alors, à côté, France Inter c'est une plaisanterie ! Personnellement, je situe le seuil de saturation des auditeurs à cinq minutes par demi-heure.

Donc, vous dites « c'est trop ! »

J.B.Oui. Le nombre d'appels ou de lettres d'auditeurs à ce sujet a quadruplé.

Mais la publicité est votre seule ressource...

J.B.Peut-être, mais il faut aussi savoir qu'actuellement les taux de négociations dépassent l'entendement. Cela joue sur le chiffre d'affaires, et donc sur le volume à l'antenne. C'est pour cette raison que nous avons trop de spots.

Acceptez-vous toutes les créations publicitaires ?

J.B.J'essaie de résister à beaucoup de choses, en particulier aux messages trop longs. Dans mes journaux, une intervention éditoriale dure environ une minute. C'est souvent autant que le message publicitaire qui suit ! En plus, les publicitaires essaient de cloner l'info avec de fausses interviews, de faux directs ou en imitant des voix connues. C'est une dérive. Il m'arrive de refuser des spots deux ou trois fois par mois.

Europe 1 est-elle une société profitable ?

J.B.La station marche toujours bien. Nous gagnons de l'argent... Mais ce type de station devra coûter de moins en moins cher dans l'avenir. La publicité a diminué le coût de la radio. Il était sans doute trop élevé, et nous sommes peut-être revenus au vrai prix.

Vous voulez dire que vous devez réduire les coûts ?

J.B.Plutôt ne pas dépenser plus. Par exemple, il ne faut pas démultiplier les tranches. Nous nous dirigeons vers des sessions de deux heures. Cela permet de réduire le nombre d'animateurs. Mais j'estime qu'il ne faut jamais trop rogner sur l'information. Une bonne rédaction, c'est une rédaction vide avec ses journalistes à l'extérieur. J'ai ainsi multiplié les bureaux en région et à l'étranger.

Vous avez aussi supprimé ou déplacé le week-end plusieurs chroniques de personnalités...

J.B.Dans l'évolution du journal du matin, cela fait longtemps que je ne crois plus aux chroniqueurs. J'assume ces choix.

Vous produisez aussi «C dans l'air» avec Yves Calvi sur France5. Quelle place occupe la télévision dans votre activité ?

J.B.Selon France 5, C dans l'air contribue pour 20 % à son audience. Nous avons entre 1,2 et 1,5 million de téléspectateurs en moyenne. Avec un budget par émission de 35 000 euros. Nous faisons deux fois l'audience d'Emmanuel Chain sur Canal+, dont le programme coûte 120 000 euros.

Êtes-vous intéressé par la direction de la chaîne info internationale ?

J.B.Non, sauf si l'on me demande de la faire. Le résultat actuel n'a pas de sens. Ceux qui ont décidé cela se sont contentés de faire plaisir au président de la République et d'essayer de préserver LCI et TF1. Mais on ne pourra pas juger cette chaîne, ni en bien ni en mal, car elle ne sera pas diffusée en France ! Comme toute science inexacte, l'information repose sur un postulat : l'info du pays dans la langue du pays. Si on n'est pas crédible chez soi, on ne l'est pas ailleurs. Tous les ingrédients pour qu'elle ne marche pas sont là. Le Moyen-Orient écoute Al-Jazira ou Al-Arabiyya. Avant de faire une percée dans le monde arabe avec une chaîne qui coûte trois francs six sous, il va se passer du temps. Ma proposition était de prendre Euronews comme base et de négocier avec France 2 et France3 des décrochages nationaux.

«Le Canard enchaîné» vous a accusé de ménager l'UMP. Pensez-vous qu'Europe 1 a une image de radio plutôt de centre droit face à France Inter, plutôt de centre gauche ?

J.B.Lors du congrès fondateur de l'UMP, une note interne à la rédaction publiée par Le Canard enchaîné pouvait faire croire qu'il ne fallait pas être trop critique contre Alain Juppé. En fait, les gens interviewés et les papiers montraient tout le contraire. Tout était vérifiable sur Internet. Si j'étais proche de l'UMP, cela ferait longtemps que je serais patron de France2 et France 3 ! Avec mon savoir-faire et ma personnalité, si, en plus, je suis dans les papiers du pouvoir, il faut me donner la plus grosse responsabilité... Il n'y a pas moins politique que moi. D'autres nous trouvent plutôt à gauche quand ils entendent Laurent Ruquier deux heures par jour !`

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