Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

Enquête

Télévisions locales : pourquoi la PQR y va enfin

04/12/2003

La déréglementation en matière de publicité TV et la prochaine levée de verrous législatifs sont susceptibles de donner un nouvel élan aux télévisions locales. Alors que le CSA lance des appels à candidatures, la PQR est sur la brèche.

Serait-ce enfin le bout du tunnel pour les télévisions locales ? Après avoir longtemps retardé l'exploitation de fréquences analogiques - au motif que cela risquait de contrarier le déploiement de la télévision numérique terrestre-, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) vient de relancer la machine au travers d'appels à candidatures pour des télévisions locales hertziennes. Lancés le 26 novembre dernier, les premiers concernent Montpellier, Nîmes et Marseille. Les suivants, attendus en janvier puis en mars 2004, intéresseront Lille, Le Mans, Orléans, Angers, Tours et Grenoble.« Pour la première fois depuis plusieurs années, il y a des signes manifestes que le gouvernement entend sortir les télévisions locales de l'ornière »,se félicite Philippe Lévrier, en charge du dossier au CSA. En outre, des carcans législatifs, qui ont jusqu'ici entravé le développement des télévisions locales, devraient prochainement se desserrer (lire l'encadré). Sans compter qu'à partir du 1er janvier 2004, les chaînes locales pourront diffuser les spots de publicité de la grande distribution. Un surcroît de recettes qu'elles partageront avec les chaînes thématiques, quatre ans avant les chaînes hertziennes. Cette vague de déréglementation pourrait donner un nouvel élan aux télévisions locales qui restent financièrement très fragiles. À l'exception de la chaîne savoyarde TV8 Mont Blanc, qui affichera pour la première fois cette année un résultat positif au prix de sérieux sacrifices, elles restent plombées par les pertes, pour des chiffres d'affaires annuels ne dépassant guère 2 à 3 millions d'euros.

Organiser sa propre concurrence publicitaire

En tout cas, ces perspectives ravivent l'intérêt des quotidiens régionaux pour la télévision locale. Ne serait-ce que par simple stratégie défensive (lire page suivante). Les éditeurs de PQR savent, en effet, qu'en ayant accès à la publicité TV, la grande distribution - qui représente une part importante de leurs recettes commerciales - risque de transférer ses budgets au profit des télévisions locales.« Organiser sa propre concurrence »est donc indispensable, rappelle Denis Huertas, le PDG du Dauphiné. Bref, ce que la PQR perdrait en recettes publicitaires provenant de la grande distribution, elle le retrouverait sur les écrans de ses télévisions locales. De fait, la plupart des grands groupes de presse régionale y sont déjà engagés : La Dépêche du Midi contrôle Télé Toulouse, Le Progrès Télé Lyon Métropole (principale chaîne locale avec 714 000téléspectateurs recensés), Sud Ouest TV7 Bordeaux et La Montagne Clermont Première. « L'empire Hersant » n'est pas en reste. France Antilles vient d'entrer au capital de Canal 32 à Troyes et, dans l'Ouest, au terme d'un duel avec le tandem TV Breizh-Ouest France, la Socpresse a décroché l'été dernier, en association avec Le Télégramme, le canal 41 de Nantes : TV Nantes Atlantique verra le jour fin 2004.

Floraison de projets

Et ce n'est qu'un début.« Il n'est pas du tout certain que la PQR décroche des fréquences partout,observe Philippe Lévrier,mais elle s'est portée candidate partout où nous avons engagé des consultations. »Sauf à Marseille, où le groupe Lagardère mûrit sa décision.« Nous ne sommes pas porteurs d'un projet spécifique, mais nous ne serons pas absents de cet appel d'offres,résume Stéphane Duhamel, PDG de La Provence.Nous pouvons par exemple être opérateur de la régie. »Pour l'heure, le patron de La Provence dit se concentrer sur le quotidien et sur son gratuit,Marseille plus. Mais, selon nos informations, Lagardère envisage de participer au tour de table d'une future chaîne à hauteur de 10 %, en laissant à des institutionnels, comme la Caisse d'épargne, la place d'actionnaires de référence. De son côté, Gérard Lignac, le PDG deL'Est républicainet desDernières Nouvelles d'Alsace, avoue préparer« une télévision locale par câble qui sera opérationnelle courant 2004 ». Un projet qui sera élaboré main dans la main avecL'Alsace, l'autre quotidien local, et peut-être avec France 3. À Grenoble, Le Dauphiné, qui s'était vu refuser une extension de fréquences par le CSA, lequel a finalement déclaré l'appel infructueux, n'a pas dit son dernier mot. À Paris, enfin, le groupe Amaury, éditeur duParisien, brigue le canal 35. Un canal occupé par divers opérateurs locaux jusqu'à la fin de l'année et qui sera affecté à la TNT par la suite. Ce qui libérera, grâce à un multiplexage ad hoc, pas moins de neuf canaux pour des chaînes locales ! Jusqu'à présent, ses ardeurs ont été freinées par une réglementation contraignante, mais il pourrait repasser à l'offensive.

Si l'on ajoute de telles marques d'intérêt aux sept chaînes existantes (1),« on peut entrevoir la possibilité d'avoir dans les prochains mois douze à quinze chaînes en exercice »,calcule Philippe Lévrier. C'est précisément la masse critique considérée par les spécialistes comme nécessaire à la création d'une syndication publicitaire, seul espoir pour les opérateurs locaux d'avoir accès au marché des annonceurs nationaux.« Avec quinze chaînes locales, nous disposerons d'une audience cumulée potentielle de 10,5 millions d'auditeurs »,fait valoir Denis Huertas, qui préside également Télévisions Presse Région, un groupement d'intérêt économique (GIE) créé il y a cinq ans et qui réunit dix-huit quotidiens régionaux intéressés par un développement sur le petit écran. Outre la mise en commun de moyens techniques et administratifs, l'idée d'une syndication publicitaire, sur le modèle du produit publicitaire présent initialement dans soixante-six quotidiens régionaux (PQR 66), refait surface.« Avec quinze chaînes, on peut engranger entre un et deux millions d'euros par chaîne et par an, et atteindre l'équilibre en cinq ans »,affirme Denis Huertas. Des prévisions qui rejoignent celles d'une étude de Carat, mais qui laissent sceptique Philippe Pignol, directeur général adjoint de Lagardère Active Publicité.

Il y a trois ans, la régie a été la première à parier sur le développement des télévisions locales en créant un couplage publicitaire entre Télé Lyon Métropole, Télé Toulouse, TV7 Bordeaux et Clermont Première.« À l'époque, le GIE nous avait vendu le bébé comme une sorte de GIE Les Indépendants, qui existe en radio,se souvient Denis Huertas.C'est loin d'être le cas. Aujourd'hui, le marché publicitaire des télévisions locales n'existe pas vraiment, même si les chaînes enregistrent des chiffres d'affaires publicitaires locaux de 1,5 à 2 millions d'euros. »Selon lui, l'avenir est« difficile à prévoir »:« Au niveau national, cela ne démarrera que s'il existe une vraie couverture de tout le territoire. Aujourd'hui, il reste des trous. »Autre obstacle :« Pour proposer des offres publicitaires combinées, les quotidiens régionaux devront apprendre à composer et à partager le pouvoir avec d'autres, ce qui n'est pas dans leurs habitudes »,fait remarquer Philippe Lévrier, du CSA.

De nouveaux entrants

Enfin, reste une inconnue : la réaction des chaînes hertziennes. En apparence indifférente, TF1 a manifesté son intérêt sur chacune des huit villes où le CSA a organisé une consultation préalable. Tout aussi officieusement, M6 briguerait Lille et Marseille. France3, par la voix de son directeur général Rémy Pflimlin, a récemment exprimé sa volonté de« doubler la dotation financière des régions »et de« mener l'offensive auprès des annonceurs régionaux et des collectivités territoriales ». Sans oublier de nouveaux entrants, comme Pathé, qui pourraient profiter de cette opportunité de développement. Une concurrence tous azimuts, et une raison de plus pour les quotidiens régionaux de se réveiller.

(1) Télé Toulouse, Télé Lyon Métropole, TV8 Mont Blanc, Clermont Première, TV7 Bordeaux, Télé 102 et Télé Sud Vendée.

Envoyer par mail un article

Télévisions locales : pourquoi la PQR y va enfin

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.