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ENTRETIEN AVEC PATRICK LE LAY, PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL DU GROUPE TF1

Patrick Le Lay : «Pour quitter TF1, il faut changer de métier»

15/01/2004

Dans le PAF, la chaîne privée se distingue par une grande stabilité de ses équipes dirigeantes, à l'exception des défections récentes de Xavier Couture et Guillaume de Vergès, partis chez Canal +. Le PDG de la Une lève un coin du voile sur « le système TF1 ».

L'avenir de TV Breizh, le projet de chaîne d'information internationale (CII), la prise de participation au capital du quotidien gratuitMetroet ses suites en termes de presse sportive, l'ADSL, la cession d'Editis, les droits TV du football, les relations avec Canal +, les développements en Italie où sera lancée LCI début février... Patrick Le Lay, PDG du groupe TF1, s'est livré pourStratégiesà un tour d'horizon des dossiers de ce début d'année. Non sans occulter délibérément certains sujets, comme par exemple le rôle que pourrait jouer la future CII dans la défense des intérêts du groupe Bouygues (actionnaire de référence de TF1) à l'international. Il s'explique aussi sur ses principes de management et de prise de décision.« Avoir un partenaire est aveu de faiblesse »,n'hésite-t-il pas à affirmer.

L'audience de TF1 a baissé en 2003. Les chaînes thématiques permettent-elles de compenser cet effritement ?

Patrick Le Lay.Largement. Dans un univers multichaîne, une part importante de l'audience est prise par les chaînes cinéma qui ne commercialisent pas de publicité. Si la part d'audience baisse, la part de marché publicitaire, elle, ne baisse pas. On ne vend pas de l'audience sur l'ensemble des individus mais sur des ménagères, des enfants, etc. C'est pourquoi l'écart se creuse entre l'audience individus et l'audience utile. AvecStar Academy, nous avons préempté le marché des jeunes.

Confirmez-vous la fusion de TV Breizh, dont vous êtes le président, avec Match TV, détenue par Lagardère ? Jean-Louis Remilleux, le président de Match TV, évoque un « mariage de la carpe et du lapin ».

P.L.L.C'est son problème. Le protocole d'accord a été signé. La fusion devrait se faire dans les mois qui viennent. Il y aura une chaîne qui diffusera sous un nom qui reste encore à définir... M TV Breizh, par exemple.

Pensez-vous que le regroupement de chaînes thématiques va se généraliser ?

P.L.L.Bien sûr. Il y en a trop.

Cela concerne-t-il également d'autres chaînes thématiques du groupe TF1 ?

P.L.L.Non.

Le groupe TF1 est-il intéressé par le dossier Editis ?

P.L.L.Non. Editis est un groupe important. Pour l'acquérir, il faut mettre beaucoup d'argent sur la table. D'autre part, c'est le groupe Lagardère qui décide à qui il vend. Dans nos discussions avec Arnaud Lagardère, nous lui avons dit que si nous y trouvions un intérêt industriel, on regarderait. Mais je n'ai aujourd'hui aucun collaborateur qui étudie le dossier Editis.

Le papier, l'édition, font-ils partie des axes de diversification de TF1 ?

P.L.L.Non. L'édition est un métier, la télévision en est un autre. On a bien vu les limites des groupes multimédias. Nous avons une société, TF1 Éditions, gérée par Bernard Fixot, qui publie huit livres par an, ce qui n'a pas lieu de faire trembler l'édition française. Et nous ne sommes jamais allés dans la presse écrite, exception faite deMetro.

Justement, pourquoi être entré à 34 % dans le capital de ce quotidien gratuit ?

P.L.L.C'est un support nouveau et qui rejoint deux activités que nous connaissons : la régie publicitaire et une information assez proche d'e-tf1, notre site Internet. Les jeunes générations ont une approche nouvelle de l'information : ils lisent moins les quotidiens et s'intéressent plus à l'information de type Internet. Il faut aller les chercher avec quelque chose pour eux.

En cas de développement deMetroau niveau national, pourrait-il y avoir des produits commerciaux conjoints avec TF1 ?

P.L.L.Non, compte tenu de notre position sur le marché publicitaire, nous ne pouvons pas faire de couplages. Mais la régie de TF1 est un bon conseil pourMetro. Nous avons fait une opération à risques limités. Elle peut échouer, mais je pense qu'elle va réussir. Après, étape après étape, nous ferons autre chose. Metro pourrait, par exemple, envisager l'idée d'un hebdomadaire ou d'un quotidien dans le sport.

TF1, ou sa filiale Eurosport, pourraient-ils être intéressés par un investissement dans un magazine gratuit comme Sport ?

P.L.L.Faire un magazine de sport gratuit, c'est une belle idée. Pour le moment, on regarde l'idée plus qu'on ne l'étudie.

Jacques Chirac a émis le souhait que la chaîne d'information internationale (CII) démarre dès 2004. Bernard Brochand, le rapporteur de la chaîne, a dit qu'elle devait être la voix de la France. N'est-ce pas un peu compliqué pour TF1, qui n'est pas une entreprise de service public ?

P.L.L.Nous nous considérons comme une sorte de prestataire de service avec l'expérience d'une chaîne d'information 24 heures sur 24 grâce à LCI. CII doit plutôt être faite par des opérationnels français. Les deux qui connaissent le mieux ce métier, c'est France Télévisions et TF1. Une association privé-public me paraît crédible. C'est ce qui a été retenu. Dès lors, ce n'est ni la rédaction de TF1 ni celle de France Télévisions qui fait cette chaîne. Il faut que cela soit une autre organisation. Elle est financée par l'État, qui est le client.

Quel est l'intérêt de TF1 ? Vous avez dit vous-même que l'information n'est pas un marché.

P.L.L.On ne peut pas toujours faire des choses par intérêt. Il y a un projet national. TF1 a, comme France Télévisions, des correspondants et des bureaux à l'étranger. Avoir une chaîne internationale dans l'environnement d'un groupe audiovisuel, cela intéresse et mobilise les équipes. C'est une communauté de moyens. Cette chaîne aura un patron qui sera indépendant des rédactions de France Télévisions et de TF1.

Comment expliquez-vous que la chaîne d'information internationale ne sera pas visible en France ?

P.L.L.Les dirigeants de la chaîne allemande Deutsche Welle, vouée à l'international, n'ont jamais vu un seul de leurs téléspectateurs. Si CII était reçue en France, on finirait par faire une chaîne pour l'establishment parisien, alors que les téléspectateurs auxquels elle est destinée sont des téléspectateurs étrangers et non pas des téléspectateurs français.

Que souhaitez-vous faire en Italie, où vous lancez Sport Italia après avoir acquis, via Eurosport, 49 % d'Europa TV aux côtés de Tarak Ben Ammar ?

P.L.L.Nous avons eu l'opportunité d'acquérir deux réseaux nationaux à moindre coût et de pouvoir les manager. Le premier est opérationnel, avec un début de thématique sportive. Sur le second, nous allons mettre LCI à partir du 1er février. Eurosport est par ailleurs diffusé sur la plate-forme satellite unique née de la fusion Stream-Telepiù.

Vous avez lancé, en décembre, une offre sur ADSL à Lyon avec France Télécom pour un investissement relativement modique. Quel retour sur investissement en attendez-vous ?

P.L.L.L'investissement est de moins de 10 millions d'euros. Il y a des prises téléphoniques dans tous les immeubles et le protocole Internet est mondial et gratuit. Quand nous avons démarré TPS, nous avons cherché à toucher les zones d'ombre, les délaissés du câble, à la périphérie des villes. Pour pénétrer ces dernières, face à des câblo-opérateurs en situation de monopole, nous avons commencé à faire des essais il y a cinq ans. Ils nous ont révélé les progrès de la compression numérique. Nous avons accompli ce miracle : la prise téléphonique avec la technologie haut débit va permettre à la fois de téléphoner, de transmettre des données... et des images. Je suis persuadé que c'est la technologie gagnante. Dans dix ans, les images ne seront plus distribuées que de cette manière.

Vous continuez de fustiger la télévision numérique terrestre ?

P.L.L.Dans un marché, seul le consommateur doit décider des chaînes qu'il a envie de voir, et pas une organisation administrative comme le CSA. La bonne idée pour le numérique hertzien, c'est d'utiliser la numérisation des réseaux hertziens pour diffuser les chaînes en haute définition et recevoir des images en mobilité.

TPS sera-t-il distributeur de la TNT ?

P.L.L.TPS serait distributeur de la TNT s'il y avait un marché. Ce n'est pas le cas. TPS ne va pas dépenser 200 millions d'euros pour un marché qui n'existe pas.

On peut aujourd'hui s'abonner à TPS pour 11 euros. La guerre des prix entre TPS et CanalSatellite ne risque-t-elle pas de dévaloriser le produit télévision payante ?

P.L.L.Ces offres sont un moyen d'accès au consommateur qui, passé la découverte, prend en grande majorité les offres complètes. Depuis la rentrée, le pourcentage des clients qui ne prennent que l'offre thématique de base est inférieur à 10 %.

Où en est l'appel d'offres concernant les droits TV du championnat de France de football ?

P.L.L.Ce sera pour le mois de septembre. L'appel d'offres devra répondre aux règles fixées par l'arbitrage de la cour d'appel, c'est-à-dire commercialiser des lots de matchs. Les règles de la concurrence sont claires. Canal + étant en position dominante sur le marché de la télévision payante, il ne peut pas avoir l'exclusivité sur un produit unique.

Votre raisonnement s'applique-t-il au marché de l'information ? À ce sujet, le Conseil de la concurrence instruit au fond une plainte de Canal +...

P.L.L.Non, car l'information n'est pas un marché pertinent. D'ailleurs, on n'y met pas d'écrans publicitaires, c'est interdit. Nous ne faisons pas d'argent avec l'information. Le Conseil de la concurrence a refusé des mesures conservatoires à Canal +. Par ailleurs, le 6 janvier, Canal + a perdu la plainte au civil auprès du tribunal de grande instance qu'il avait intenté au titre d'i-Télévision contre TPS. Ce groupe considère que TPS devait payer plus cher i-Télévision - dont l'audience est à peu près le quart de celle de LCI-, qu'il ne paie LCI. Le petit bouquet devrait payer plus pour la chaîne de petite audience que ce que paye le gros bouquet pour la chaîne dont l'audience est supérieure. C'est illogique.

Sur le plan publicitaire, comment TF1 finit-il l'année 2003 et quelles sont les perspectives 2004 ?

P.L.L.L'exercice 2003 sera conforme aux prévisions, plus près de 2 % que de 3 % de hausse du chiffre d'affaires publicitaire. Je suis assez confiant pour 2004.

Un sondage Ipsos-Stratégies montrait, en décembre dernier, que les professionnels voient en vous le dirigeant de médias le plus apte à fédérer ses équipes. Comment expliquer cela alors que deux anciens dirigeants de TF1, Xavier Couture et Guillaume de Vergès, sont partis pour Canal + ?

P.L.L.TF1 a un système assez fédérateur. C'est une machine avec des rouages compliqués, basée sur des gens compétents qui sont très dépendants les uns des autres. C'est par exemple la seule entreprise du CAC 40 à embaucher autant de littéraires. Les gens doivent s'inscrire dans ce système complexe et admettre qu'il produit de la richesse grâce à l'addition de compétences. Celui qui commet le péché d'orgueil de croire que tout dépend de lui se trompe. Et quand il va à l'extérieur, il peut se sentir perdu ou isolé dans un système qui ne fonctionne pas de la même manière.

Donc, personne ne peut quitter TF1 ?

P.L.L.Si, mais il faut changer de métier ! C'est pour cela que TF1 a une grande capacité à intégrer des jeunes. La population de TF1 est très jeune. Plus de la moitié des effectifs est là depuis moins de trois ans et la majorité a moins de 35 ans.

Vous avez conscience que ce système de rouages peut brider certaines personnalités, les étouffer ?

P.L.L.C'est un système fondé sur la responsabilité. Il ne bride personne !

Comment prenez-vous une décision ? Cherchez-vous à susciter de la contradiction interne ?

P.L.L.Je dis toujours aux dirigeants : « Essayez d'embaucher des gens plus intelligents que vous, ils vous pousseront. » Ce qui est difficile, c'est d'arriver à avoir un système qui vous conteste. J'avais appris cela chez Bouygues : il faut être des machines à prendre des décisions. En général, le bon dirigeant n'est pas celui qui ne se trompe jamais, mais celui qui ne fait jamais prendre à son entreprise un risque qui la mette en péril. C'est un principe de précaution élémentaire. Chaque fois que l'on engage une décision, il faut se placer dans la pire situation possible. Si un projet met en danger votre entreprise, il ne faut pas s'y engager, même si le projet est bon. Quand nous avons lancé TPS, nous avons été obligés de prendre des partenaires. Pourtant, cela ne se révèle pas toujours un atout, et c'est un aveu de faiblesse.

Pourquoi un aveu de faiblesse ?

P.L.L.Cela veut dire que vous n'êtes pas capable de faire tout seul. C'est un paramètre de complication formidable et, en plus, un paramètre d'échec. Moins de partenaires vous avez, mieux vous vous portez.

Comment voyez-vous votre succession ?

P.L.L.Il y a dans la société plein de jeunes de 35-45 ans capables de prendre des responsabilités pour faire tourner la boutique. Je suis tout à fait décontracté sur ce sujet. J'ai dit à Martin Bouygues que s'il m'arrivait quelque chose, il avait le choix entre la solution interne et la solution extérieure. Mais c'est le conseil d'administration qui décidera.

Jean-René Fourtou vient d'être élu businessman de l'année par Forbes. Un commentaire ?

P.L.L.C'est bien !!

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