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presse

Le journalisme de chéquier, un sport anglais à risques

29/04/2004

Outre-Manche, la presse n'hésite plus à rémunérer ses sources à raison de centaines de milliers d'euros. Au risque de raconter n'importe quoi.

Une aventure avec David Beckham peut rapporter gros, à condition de savoir s'y prendre. En la matière, Rebecca Loos est une pro. Au mois de janvier, cette ancienne employée de l'agence sportive SFX Group a demandé à un gourou des RP en Grande-Bretagne, Max Clifford, de négocier la vente de sa prétendue liaison avec le capitaine de l'équipe anglaise de football. Au Royaume-Uni, les journaux à scandale usent en effet d'une technique bien huilée pour trouver des scoops très vendeurs : le « journalisme de chéquier ». Autrement dit, le paiement de l'information à la source. Quand Clifford a démarché les salles de rédaction avec son scoop sous le bras, c'est un pont d'or qui a été offert à Rebecca Loos.News of The World, tabloïd dominical qui dépasse les 3 millions d'exemplaires, a remporté la mise pour 522 000 euros. Une somme faramineuse qui a permis au journal, propriété du groupe News Corp. de Rupert Murdoch, de faire sa une avec des SMS salaces que Beckham aurait envoyé fin 2003 à ladite Rebecca, alors son assistante personnelle. Tout aussi lucratif, un entretien d'une heure avec la chaîne satellitaire Sky One, du même Murdoch, a permis à Rebecca Loos d'alourdir son compte bancaire de 224 000 euros supplémentaires. En tout, Max Clifford se vante d'avoir fait gagner 1,2 million d'euros à sa cliente. Un record.

En 2002, Paul Burrell, ancien majordome de la princesse Diana, avait réussi le même type d'opération, vendant ses bavardages auDaily Mirror, un autre tabloïd britannique, pour 422 000 euros et à la chaîne américaine ABC pour 169 000 euros. Loin de se concurrencer, tabloïds et chaînes de télévision essayent désormais de s'allier pour acheter les bonnes histoires. Mark Borkowski, autre gourou des RP, expliquait récemment dans le quotidienThe Independentque« les journaux et les télévisions sont bien plus heureux de pouvoir aller au lit ensemble ». Cela leur coûte moins cher et peut leur rapporter gros. L'interview de Rebecca Loos a attiré 2 millions de téléspectateurs, soit la quatrième meilleure performance de son histoire pour Sky One.

En Grande-Bretagne, le journalisme de chéquier est une pratique répandue, mais qui est loin de faire l'unanimité. Pour Roy Greensdale, spécialiste des médias auGuardian, quotidien de centre gauche, l'affaire Beckham est tout simplement« sordide ».« Ce jeu pue »,tempête-t-il dans un éditorial cinglant, fustigeant« le vide des concepts de liberté de la presse et de libre marché ». Pour lui, il est temps de tirer la sonnette d'alarme.« Dans un monde commercial,ajoute-t-il,de telles libertés sont réservées à la personne ou à l'organisation qui a le plus d'argent. »Le marché du scoop dénature en effet la valeur de l'information. Les dérapages sont fréquents. En octobre 2002, Nadia Abrahams, vingt et un ans, a accusé Sir Alex Ferguson, entraîneur du club de foot Manchester United, de harcèlement sexuel. Son histoire, vendue à trois tabloïds, lui a rapporté 112 000 euros. Quelques jours plus tard, la police a disculpé Ferguson. Autre dérapage : fin 2003, leMail on Sundaya été contraint de faire des excuses publiques à Brian Paddick, haut responsable de la police ouvertement gay. Le tabloïd avait acheté pour plus de 150 000 euros des informations auprès d'une ex-fiancée et d'un amant qui prétendaient, entre autres indiscrétions, que le policier entreposait du cannabis chez lui. Un tribunal a conclu que ces allégations, qui firent perdre son poste à Paddick, étaient infondées.

Mieux protéger l'intimité

Le journalisme de chéquier fourmille d'histoires fabriquées, et cela n'est pas sans conséquence sur la crédibilité des médias, notamment ceux de Rupert Murdoch. L'histoire de Rebecca Loos avec Beckham ? Les Britanniques ne sont pas plus de 10 % à y croire. Mieux, comme en témoigne un sondage réalisé le 18 avril pour leGuardian, 69 % de la population souhaitent qu'une loi protégeant la vie privée soit instaurée. Message reçu par le gouvernement. Le Premier ministre Tony Blair, rebondissant sur le cas Beckham, a condamné l'intrusion systématique des médias dans la vie privée des personnalités. Les organismes en charge de surveiller le fonctionnement des médias, la Press Complaint Commission et l'Office of Communications, n'ont aujourd'hui aucun moyen de s'opposer à la publication d'une information relevant de l'intimité. Les seules vraies limites imposées à la presse britannique sont les lois sur la diffamation, qui sont très strictes au Royaume-Uni. En revanche, au nom de l'information du public, tout peut être dit sur n'importe qui, dès lors que les faits sont avérés. Or, à ce jour, les conseillers juridiques de David Beckham n'ont toujours pas engagé de poursuites. Rebecca Loos, aux dires de son agent Max Clifford, ambitionne de devenir présentatrice télé.

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