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presse

Dassault, deux mois déjà

16/09/2004

Depuis le 8 juillet, l'industriel est aux commandes du Figaro. Ses projets de développement et ses interventions sur le contenu sont mal vécus par la rédaction.

On me dit que mon arrivée inquiète la rédaction. Je ne comprends pas pourquoi. »Mardi 31 août, devant les cinq membres du bureau de la Société des rédacteurs duFigaro, le nouveau propriétaire de la Socpresse, Serge Dassault, ne cache pas sa perplexité. Élu président du groupe de presse le 8 juillet dernier, il se veut un industriel plein de bonnes intentions et d'idées, homme politique de droite propriétaire d'un journal de droite. Quoi de plus simple ?« Mes ambitions sont de tout mettre en oeuvre pour faire un meilleur journal »,explique-t-il aux représentants des journalistes, dûment accompagnés du directeur général et directeur de la publication Michel Sénamaud. Mais, au fait, pourquoi diable son texte vitupérant contre le mariage des homosexuels est-il passé en quelques lignes dans la rubrique Courrier des lecteurs, quand celui, favorable, de l'historienne Élisabeth Roudinesco a occupé quelques jours plus tard la moitié de la page Opinions ?

Et puis, toute cette agitation tombe mal. Candidat UMP aux élections sénatoriales le 26 septembre dans l'Essonne, Serge Dassault rêve d'une victoire franche. Il ne s'est pas offert la Socpresse contre 1 milliard d'euros en mars pour se retrouver quelques mois plus tard au centre d'un western, avec ses bandes rivales, ses caïds, ses duels et ses batailles de rumeurs, le tout rythmé d'assemblées houleuses et désordonnées. AuFigaro, tout lui semble compliqué, miné, sensible.

Regroupement prévu

L'entrevue du 31 août a relancé la polémique. Serge Dassault est venu dire son ambition de« faire duFigaroun journal plus positif, plus attractif et, dans la mesure du possible, qui plaise aux jeunes ». Mais une sortie à propos des« contrats en cours de négociation »et de« ces informations qui font plus de mal que de bien »est mal passée. Et le 9 septembre, lors d'une assemblée générale, la société des rédacteurs duFigaroa appelé à un vote solennel le 15 septembre sur les principes adoptés au mois de juin. La censure de l'interview d'Andrew Wang dans l'affaire des frégates de Taïwan, sur laquelle le directeur de la rédaction Jean de Belot a dû s'expliquer, a encore alimenté les gazettes (lire aussi la rubrique Making of, en page 36). Des débats opposent même les instances représentatives du personnel entre elles. Décidément, rien n'est simple auFigaro.

Serge Dassault reste injoignable. Dans son entourage, on préfère ne pas s'étendre sur des querelles« qui préexistaient à notre arrivée ». Et on met plutôt l'accent sur les projets en cours. Inhabituel dans l'impécunieux groupe Socpresse, l'argent de Dassault fera-t-il des miracles ? Les équipes duFigaroet de ses satellites, réparties actuellement sur quatre sites, devraient être regroupées début 2005 dans 12 000 m2 flambant neufs rue de Châteaudun, dans le ixearrondissement de Paris. Une remise à plat du système informatique est à l'étude. Et, grande première auFigaro, une enquête de lectorat est en cours. Ses premiers résultats devraient être connus dans un mois. Depuis son arrivée, le nouveau magnat applique ses méthodes, rodées chez Dassault System et Dassault Aviation. Chaque mardi, Serge Dassault débarque rue du Louvre, au siège duFigaro, et s'installe dans le bureau du directeur général, Michel Sénamaud. C'est de là qu'il convoque cadres et chefs de service, pour se faire expliquer l'entreprise et donner quelques idées simples. Si simples dans leur formulation qu'elles sont parfois du pain bénit pour ses détracteurs.

Serge Dassault sait-il que, dans cette vieille maison, les bureaux parlent plus que les hommes ? Michel Sénamaud s'est installé dans celui, vacant, d'Yves de Chaisemartin. Le vice-président de la Socpresse a, lui, pris ses quartiers au septième étage, dans le bureau panoramique agrémenté d'une terrasse où siégeait le bâtisseur de la Socpresse, Robert Hersant. La pièce restait inoccupée depuis la mort du Papivore en 1996. Invisible depuis l'arrivée du nouveau propriétaire, l'ancien Régent ne s'exprime plus, n'apparaît plus. Mais personne ne doute qu'il joue de son influence sur ses proches, au premier rang desquels son bras droit de toujours, Michel Sénamaud. Pour l'ancienne équipe, l'arrivée d'un actionnaire aussi présent a tout changé. Même hors les murs, le nouveau propriétaire ne se laisse guère oublier.« Il n'arrête pas de téléphoner, de demander les sujets, de discuter le bout de gras »,confie un responsable de la rédaction. Il a deux sujets de prédilection, dans les pages duFigarocomme dans la vie : la politique et l'économie.« Et il n'aime pas trop les gens de gauche »,concède notre responsable.

Rumeur de « liste noire »

Très vite, la rédaction a trouvé l'affection de son propriétaire un peu étouffante. Elle s'agace de coupes opportunes dans les articles concernant de près ou de loin le groupe Dassault. Les interventions du propriétaire sont comptabilisées par les syndicats, qui en notent une dizaine, pas toujours connues à l'extérieur en raison de la discrétion du rédacteur qui en est victime. Dès juin, les journalistes ont voté une charte censée garantir leur indépendance. La rédaction duFigaron'a jamais été autant sur les braises. Tout l'été, un climat d'entre-deux-règnes a nourri les incertitudes et les stratégies individuelles, alimentant les rumeurs. Dès avant juin, a couru le bruit d'une réorganisation de la direction du journal à la rentrée. Invérifiable. Dassault a démenti, mais certains se sont, en interne, sentis menacés. Quelques jours plus tard, autre rumeur invérifiable : une liste des journalistes de gauche aurait été réclamée par Dassault. L'affaire a pris de l'ampleur, empoisonnant le climat. La liste noire fera finalement l'objet de démentis formels de la part de Jean de Belot, de Michel Sénamaud et de Serge Dassault lui-même.

En attendant, la rumeur a cristallisé la séparation des troupes en deux camps : d'un côté, ceux qui tiennent à l'ancrage pluraliste du journal, parmi lesquels le directeur général Michel Sénamaud, et s'opposent à la surenchère de«droitisation » prêtée à leur propriétaire. De l'autre, ceux qui, comme Jean de Belot, directeur de la rédaction, considèrent que « Le Figaroest depuis toujours un journal de centre droite »et que« Serge Dassault est dans cette ligne ». En clair, il faudra bien faire avec. Au centre du débat, le projet de Dassault auFigaro, son rôle réel en interne et l'identité même du titre.« Dassault veut un journal qui pense bien, qui donne de bonnes nouvelles et ne trouble pas la vie des entreprises, notamment la sienne,résume un syndicaliste.Il veut en faire une feuille de chou partisane. C'est la mort de ce journal. »

Comme pour mieux signifier la création d'un grand fossé au sein de la rédaction, un autre émet un avis radicalement opposé :« Nous avons un propriétaire industriel. Ce n'est pas idéal mais c'est un fait. » « Je n'ai jamais lu de grandes investigations sur Pinault dansLe Point»,observe un troisième, favorable à un « modus vivendi ». Et de rappeler le curieux silence duFigaro, assumé par Yves de Chaisemartin, sur le livre de Pierre Péan et Philippe Cohen,La Face cachée du Monde. Comprendre : Dassault n'a pas le monopole de l'intervention. En tout cas, deux mois après l'arrivée du nouveau patron, la crise des otages, notamment l'enlèvement de Georges Malbrunot, grand reporter pigiste auFigaro, permet à la rédaction de faire bloc.

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