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Le Monde voit rouge

30/09/2004

Le quotidien affronte une fronde de ses syndicats, hostiles à un plan de départs volontaires portant sur quatre-vingt-dix emplois. La direction doit s'expliquer sur sa gestion.

Ce 20 septembre, Michel Delberghe, délégué CFDT, prend la parole en comité d'entreprise extraordinaire. La direction vient d'annoncer la suppression de 12 % des effectifs duMonde: 35journalistes, 28 cadres et 27 employés. Habituellement considéré comme modéré, le deuxième syndicat du quotidien est cette fois impitoyable. Il fustige les« erreurs de gestion et d'appréciation »de la direction duMondeet les« expérimentations hasardeuses qui ont pesé sur ses comptes ». Sont notamment cités la faillite des distributeurs de journaux dans le métro, l'arrêt deTout Toulouse, l'opération DVD à l'origine d'une chute des ventes duMonde 2,« l'ardoise d'une dizaine de millions d'euros »laissée par la filiale duMonde interactif.Le syndicat va même jusqu'à évoquer« les salaires des hauts dirigeants pour la constitution du groupe ».En notant au passage que, depuis 1999, les effectifs sont passés de 764 salariés à 740, avec une hausse de 1,7 % de la masse salariale, alors que les dix plus hauts salaires se seraient accrus de 25 %. Explication de texte d'un syndicaliste :« Edwy Plenel[directeur de la rédaction]n'a plus autant de copains trotskistes à la CFDT. »

Crise de défiance

En assemblée générale, le lendemain, l'intersyndicale CGT-CFDT-SNJ conteste le plan de la direction.« La maison mère ne peut être durablement déficitaire par rapport aux filiales »,martèle Fabrice Nora, directeur général du quotidien. Alain Faujas, délégué SNJ, en demande davantage :« On veut comprendre l'état du malade avant de se précipiter sur le remède social. Ceux qui restent auront-ils un avenir dans ce journal ? Pour l'instant, c'est une saignée, point. »Pour passer au scanner l'économie duMonde,les syndicats ont fait appel au cabinet Secafi Alpha, qui devrait rendre ses conclusions vers le 14 octobre. Les salariés veulent notamment comprendre comment le journal en est arrivé à perdre 30 000 lecteurs par jour, comment la vente au numéro a pu se tasser de 10,5 % au cours des sept premiers mois de l'année et faire chuter la diffusion payante, dans le même temps, de 5,2 %.

Marie-Béatrice Baudet, présidente de la Société des rédacteurs du Monde (SRM), premier actionnaire du quotidien, leur fait écho :« On ne peut pas ne pas s'interroger sur le fait qu'on baisse plus que les autres. Il y a une crise de défiance de la part d'un certain type de lectorat, sensible au livre de Pierre Péan et Philippe Cohen[La Face cachée du Monde,éditions Mille et une nuits, mars 2003]. »Prenant acte du plan de départs volontaires, la SRM demande qu'il se fasse dans« l'équité et le respect de la tradition du journal ».Surtout, elle entend s'impliquer dans l'élaboration du budget 2005.« Pas question que ce plan ne soit qu'un coup d'épée dans l'eau à cause d'une hypothèse budgétaire trop optimiste ou volontariste,explique-t-elle,il faut revenir à l'équilibre des comptes en 2005. »

Sur le plan comptable, la situation est, il est vrai, sérieuse. Certes, le groupe Le Monde a réussi à lever 62 millions d'euros d'obligations remboursables en actions en 2003, dont 57 millions ont été transformées en fonds propres au printemps dernier. Le Monde n'est donc plus sous la menace d'un remboursement en cash à partir de 2007. Mieux, il a la possibilité de rembourser en actions non cotées en 2012 et 2014 et n'a plus l'impératif d'entrer en Bourse. Seul problème :« On aura cramé les obligations remboursables à la fin de l'année »,résume un cadre dirigeant.Le Mondea en effet enregistré en 2003 son troisième résultat net déficitaire (lire l'encadré) et, compte tenu des provisions constituées pour les départs, 2004 ne s'annonce guère meilleure. Avec quatre-vingt-douze départs négociés à la fin juin au Monde Imprimerie, et en tenant compte des 90 suppressions de postes en cours, l'économie générée sera de 16 millions d'euros.

Changement de modèle

À condition toutefois que cesse le déclin de la diffusion. Or il semble bien que la baisse des ventes tienne aussi à Internet.« Les lecteurs duMondenous achètent moins régulièrement,reconnaît Fabrice Nora,c'est dû aux difficultés de la presse quotidienne de qualité, que l'on retrouve en Allemagne ou en Grande-Bretagne, ainsi qu'à la disparition d'une cinquantaine de points de vente sur 350 à Paris depuis le début de l'année. »

Quant au contenu en accès libre duMonde interactif,qui a coûté 25 millions d'euros depuis sa création, Fabrice Nora reconnaît qu'il induit des lectures concurrentes du papier.« Mais, avec 400 000 à 500 000 lecteurs sur le Net,explique-t-il, Le Monden'a jamais eu une audience aussi forte. Nous sommes en train de changer de paradigme. D'éditeur de papier, nous devenons multisupport et gérons des bases de données clients. »Pour coûteux qu'il soit, ce modèle ne va pas tarder, selon lui, à porter ses fruits.Le Monde interactifsera à l'équilibre à la fin 2004 et compte déjà 50 000 abonnés payants.« Surtout,ajoute-t-il,le Net est devenu notre premier canal d'abonnement au papier pour un coût de recrutement quasi nul. Nous réalisons 5 000 abonnés au quotidien grâce à Internet. »

Scénario à l'étude

Cela sera-t-il suffisant pour convaincre les salariés ? Pas sûr. D'autant que des initiatives comme les deux opérations DVD, destinées à doper la vente au numéro, sont elles aussi critiquées.« Elles permettent de générer 15 % de ventes supplémentaires et se traduisent par une marge de 500 000 euros en 2004 »,tranche Fabrice Nora. Quant au repositionnement marketing duMonde 2,désormais diffusé le vendredi, il aurait permis au magazine de retrouver sa moyenne des ventes au premier semestre (330 000 exemplaires). Reste l'hypothèse d'une parution le matin.« Le scénario va être à l'étude »,reconnaît le directeur général duMonde.Mais les obstacles sont nombreux : réorganisation industrielle, distribution dans la nuit, perte du contrat d'impression desÉchos.Sans compter que, selon Luciano Bosio, directeur général de Carat Expert, cela ne serait pas forcément une très bonne idée sur le plan publicitaire :« Il y a un risque de perte du lectorat face àLibérationet auFigaro.Ceux qui lisent déjà ces deux titres n'achèteront plusLe Monde.»En l'absence d'un véritable plan de relance rédactionnelle - la direction prévoit des ajustements pour 2005 -, il peut aussi s'agir d'une porte de sortie pour la direction.« Mais cela ne change rien au fait que si les départs ne sont pas exclusivement volontaires,prévient Alain Faujas,le vase débordera. »

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