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La mort en face

13/01/2005

Pour rendre compte du tsunami meurtrier qui a dévasté l'Asie du Sud, les magazines d'actualité et les télévisions ont montré de nombreuses images de cadavres. Non sans débats.

Plus de 150 000 morts en Asie du Sud mais faut-il, pour traduire cette réalité, montrer les cadavres des victimes du tsunami ? La question, qui rappelle le débat qui a agité les rédactions après le 11 septembre 2001, où les morts sont toujours restés invisibles, est de retour. Avec une différence de taille : cette fois, la catastrophe est naturelle, les cadavres sont partout, et il est très tentant de les montrer, ne serait-ce que pour émouvoir l'opinion et encourager les dons.« Il faut accepter de regarder le monde en face,estime Denis Jeambar, le patron deL'Express, qui a publié une photo d'un cadavre échoué sur une plage.On passe son temps à censurer la réalité par pudeur et par refus d'exploiter l'émotionnel. À condition de rester à distance et de ne pas dégrader les êtres humains, on peut montrer. Sans ostentation. »Un sentiment que partage Olivier Royan, rédacteur en chef deParis Match:« Oui, il faut montrer les corps. Il n'y a pas que le rédacteur en chef d'un journal qui a le droit de voir les photos. On ne peut comprendre cette tragédie qu'à travers les amas de taules froissés. C'est la force de l'image fixe, elle montre l'absurdité de cette catastrophe qui a surpris les gens comme le Vésuve à Pompéi. »

Encore faut-il savoir ce qui peut être montré. Olivier Royan rappelle qu'il y a des photos« insoutenables, comme ces corps gonflés par l'eau et la chaleur, et d'autres acceptables, même si elles sont contestables ». À M6, Jérôme Bureau, directeur de l'information, qui a supervisé le spécialZone interditesur l'Asie du Sud du 9 janvier, estime que l'important est de s'interroger sur ce qu'on montre :« Nous avons essayé d'éviter les images humiliantes blessant la mémoire des gens qui sont morts et la sensibilité de ceux qui regardent. »Robert Namias, son homologue de TF1, estime lui aussi qu'il faut montrer les morts, révélateurs de l'ampleur du cataclysme, mais sans livrer des images traumatisantes ou choquantes :« On ne met pas, commeLibération, un enfant mort à la une. C'est insupportable. Il peut y avoir des images fugitives de cadavres dans le journal, mais c'est tout. Par rapport à la presse, la télévision est restée beaucoup plus réservée et consciente de l'impact des images. »

Une question d'humanité

Le directeur duPoint, Franz-Olivier Giesbert, qui a publié une photo de corps déformés, estime au contraire que la presse a« le devoir de montrer les choses même quand elles choquent ». À condition de garder le respect dû au mort :« Quand le visage est reconnaissable, cela me gêne »,dit-il. Le directeur de la rédaction duNouvel Observateur, Laurent Joffrin, est plus tranché :« Nous ne montrons pas de cadavres, parce que c'est obscène et répulsif. En plus, contrairement au terrorisme, cela n'a aucun intérêt politique s'agissant d'un tsunami. Il faut savoir que les gens ont horreur de cela. Ils s'en veulent d'être fascinés, et ils nous en veulent car ils pensent que cela fait vendre, même si ce n'est pas le cas. »Alors, pour ou contre l'étalage de la mort ? Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, auteur d'Enfants sous influence, met à sa manière tout le monde d'accord.« Dans une société qui cherche à échapper à la représentation de la mort, il est très important de montrer des cadavres,affirme-t-il.Mais pas n'importe quels cadavres. Pas des corps à l'état de déchets, gonflés comme des poupées ou rejetés à la mer comme des épaves. Il faut montrer des cadavres dont les sauveteurs s'occupent et qui bénéficient de notre humanité. »

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