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La parole libérée

03/02/2005

La célébration du 60e anniversaire de la libération d'Auschwitz, le 27 janvier, a donné lieu à une médiatisation sans précédent. Explications.

Sous le signe de l'urgence du témoignage des derniers survivants, le 60e anniversaire de la libération d'Auschwitz a cristallisé l'espoir d'une Europe unie autour de valeurs communes, alors que le conflit israélo-palestinien et la résurgence de l'antisémitisme inquiètent. Pour ces raisons, cette commémoration a bénéficié d'une couverture médiatique sans précédent. Pour le cinquantenaire, Mitterrand n'avait pas fait le voyage et TF1 avait relégué le sujet en fin de journal après un dossier consacré aux feuilles d'impôt de couleur bordeaux...

Cette fois, le politique a nourri les médias d'actualité : inauguration par Jacques Chirac du Mémorial de la Shoah à Paris, du pavillon français à Birkenau, déplacement aux cérémonies...« La vérité, c'est que ce devoir de mémoire n'a débouché sur rien jusqu'à maintenant,lance Éric Conan, grand reporter àL'Express,et comme tous les phénomènes inflationnistes, quand on y croit moins, on en fait plus. »Claude Weill, directeur délégué auNouvel Observateur,est moins pessimiste :« La volonté du politique, la vigilance médiatique et une attente profonde de l'opinion sont entrées en résonance. »

Jeudi 27 janvier, TF1 et France 2 ont cassé leur grille pour retransmettre en direct les cérémonies. Radios et unes des quotidiens étaient à l'unisson. TNS Media Intelligence a mesuré le « bruit médiatique » de cette journée :« Avec 1 421 unités de bruit médiatique[UBM], ce 60e anniversaire a eu un impact exceptionnel équivalent aux 1 500 UBM des cérémonies autour du débarquement le 6 juin 2004 »,indique Sonia Metche, responsable de l'UBM. Un instantané en deçà de la réalité, les médias, et particulièrement la télévision, ayant accordé pendant deux semaines une large place au sujet. Le 24 janvier, France 3 a ainsi programmé en continuShoah,le film de Claude Lanzmann, et a réalisé la meilleure audience derrière TF1, avec 3 millions de téléspectateurs. Toute la presse, à l'instar deLibération,a fait son « devoir d'histoire » jusqu'àLa Vie du railetJe lis des histoires vraies.Le Nouvel Obsa joué la sobriété de l'approche historique alors queL'Expressa révélé les manuscrits cachés des Sonderkommandos,Le Pointoptant, lui, pour « les incroyables confessions des chefs nazis ».

Un travail de rattrapage pédagogique

« Oui, la concurrence et les impératifs de diffusion jouent,reconnaît Michel Colomès, directeur de la rédaction duPoint. On a cherché ce que les autres n'auraient pas fait. »Paris Matcha aussi fait dans la surenchère. Après un numéro magnifique avec Simone Veil, le magazine a poursuivi avec « Treblinka, Dachau... reportage dans les lieux de l'horreur », annoncé au bas d'une photo de Laeticia Hallyday.

Au total, les médias ont réalisé un formidable travail de rattrapage pédagogique au risque, peut-être, d'un certain emballement irrationnel.« Non, on n'en fait pas trop !assurait Jean Daniel, dans son éditorial deL'Obs,le 27 janvier.On n'en fera jamais assez pour rappeler ce que l'homme est capable de faire à l'homme.» DansLe Mondedu 30 janvier, le médiateur Robert Solé concédait, lui, évoquant les remarques de trois lecteurs, que sur les trois unes consacrées à Auschwitz,« il y en avait sans doute une de trop, celle du 26 janvier sur l'enseignement de la Shoah ».Une concession qui devrait susciter surprise, voire émotion, même si le titre de sa chronique, « Le cauchemar sans fin », semble laisser entendre qu'on n'en aura jamais fini avec cette difficulté de témoigner de l'extermination des juifs sans risque de commentaires ambigus.

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