
03/03/2005 - Tous les ans à la même époque, la presse féminine revient à la charge sur le thème du régime minceur. Ce marronnier implique, à chaque fois, de relever un défi : se renouveler.
Je veux maigrir. »Ce cri déchirant apparaît en grosses lettres noires et roses à la une du magazineVotre Beautédaté de mars 2005. Il accompagne une jeune femme souriante et blonde, nue comme au premier jour de la Création, qu'on imagine mal torturée par l'embonpoint... Le titre annonce en une« 40 pages pour se motiver, agir, réussir ».Sur les rayonnages des kiosquiers, le titre du groupe Marie Claire a de la concurrence.« Minceur, je choisis la douceur »,annonce en une deVivre au fémininune autre jeune femme, aussi svelte et aussi nue que la précédente.« Je veux un corps ferme et tonique ! »,exige de son côtéBien dans ma vie, quandQuestions de femmespropose de perdre un kilo par semaine« avec des pâtes ».Aussi réguliers que les giboulées de mars, les régimes envahissent chaque année à la même période les couvertures de la presse féminine.
En plein creux de l'hiver, alors que la semaine de ski obligatoire pour beaucoup de Français bat son plein, la dictature de la ligne reprend subrepticement ses droits.« C'est historique,explique Dominique Lionnet, directrice de la rédaction deVotre Beauté. Tous nos numéros de mars sont consacrés à l'amaigrissement. Après Noël et la galette des rois, les kilos se sont accumulés. Et c'est le bon timing pour arriver sur la plage comme on aime, sans faire n'importe quoi. »Chaque année, le Spécial minceur du journal permet de doubler les ventes habituelles. Dans un pays qui compte plus de quatre millions d'obèses, la curiosité des lectrices l'emporte sur le scepticisme.« Les gens qui cherchent à maigrir sont souvent vulnérables : ils sont sensibles aux promesses des magazines, même aux moins dignes de foi »,explique Nicolas Termier, un sportif de haut niveau passionné de nutrition, animateur de nutrisite.fr.
Nutritionniste et journaliste
La vraie difficulté pour l'éditeur consiste à se renouveler.« Ce n'est pas facile,reconnaît Dominique Lionnet.Mais il y a tout de même toujours des recherches faites sur le surpoids par des chercheurs, des médecins, des nutritionnistes. »Une vraie providence, les nutritionnistes. Et tant pis si nombre d'entre eux sont liés à des marques alimentaires - notamment Danone - avec des contrats plus ou moins circonscrits dans le temps et plus ou moins secrets. Les rédactions les plus sérieuses tentent d'éviter ces écueils. ÀVotre Beauté,c'est le docteur Marie-Antoinette Séjean-Ortolé qui a fourni pour le numéro de mars la recette la« plus exotique : le plan minceur créole ».Elle prend un moment sur son week-end pour répondre au journaliste. Ce médecin nutritionniste connaît la presse et ses délais : elle rédige elle-même, depuis longtemps, des articles sur la diététique pour la presse féminine. Elle a d'ailleurs suivi la formation de journalisme médical dispensée par le CHU de Bobigny avant de se lancer dans l'écriture de livres. Le troisième,Les Régimes,devrait prochainement être cité dansElleà l'occasion de conseils anti-culotte de cheval donnés par l'auteur. Depuis la parution de son premier opus, ce médecin n'est plus seulement journaliste mais aussi interviewée parFemme actuelle, Maxi, France dimancheet même, de plus en plus, par la presse généraliste. Surrégime ?« Il ne se passe pas de mois sans que je sois sollicitée »,dit-elle. Échange de bons procédés : les titres citent cette spécialiste et mentionnent la parution de son livre. Le dernier s'est vendu à 15 000 exemplaires. Tout le monde est content.
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