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internet

Allons enfants du journalisme...

28/04/2005

Devant l'explosion des blogs aux États-Unis, les éditeurs sont de plus en plus enclins à intégrer la parole des lecteurs dans leurs contenus. La naissance d'un journalisme citoyen.

Ce 13 avril, le magnat Rupert Murdoch, propriétaire desSun, TimesetNew York Post,livre devant une assemblée de rédacteurs en chef réunis à Washington sa vision de la presse pour les années à venir.« Ce qui est en train de se passer,explique-t-il,est en un mot une révolution sur la façon dont les jeunes accèdent à l'information. »Selon une étude de Carnegie Corporation, souligne-t-il, le Web est aujourd'hui le média de prédilection des 18-34 ans : 44 % d'entre eux utilisent les portails d'information alors que 19 % seulement ont recours aux quotidiens. Le magnat de la presse se fait donc le chantre de la transformation culturelle à laquelle doivent s'atteler les éditeurs :« Les jeunes ne veulent pas compter sur un journal du matin pour être au fait de l'actualité. Ils ne veulent pas compter sur une figure divine venue d'en haut pour leur dire ce qui est important. Et pour rester dans l'analogie religieuse, ils ne veulent certainement pas des infos présentées comme paroles d'évangile. Ils veulent, à la place, des nouvelles à la demande, quand ça leur chante. Ils veulent contrôler leur média au lieu d'être contrôlé par lui. »

Neuf millions de blogs actifs

Le salut de la presse, selon le patron de News Corporation, passe donc par une meilleure prise en compte des lecteurs numériques. Il faut pour cela mieux intégrer les blogueurs sur les sites des journaux dans la couverture quotidienne de l'information. Certes, reconnaît-il, le lectorat doit faire la différence entre un blog et du journalisme. Mais il est temps pour les éditeurs, estime-t-il,« d'approfondir la relation avec les communautés de lecteurs qu'ils servent ».C'est ce qu'on appelle désormais outre-Atlantique le « participatory » ou le « community journalism » (journalisme citoyen). On parle également d'« open source journalism ».

Il y a aujourd'hui 9 millions de blogs actifs aux États-Unis, dont 95 % animés par des collégiens et des lycéens. Pendant les élections américaines, dix blogs ont dépassé 100 000 lecteurs par jour, parmi lesquels le Daily Kos ou encore Wonkette, site de rumeurs sur Washington. Faute d'avoir conscience de cette réalité, il faudra sans doute prendre au sérieux la funeste prédiction de l'écrivain Philip Meyer qui, dans son livreThe Vanishing Newspaper,a annoncé pour avril 2040 la disparition du dernier papier imprimé. Un film,Epic,conçu par deux jeunes journalistes de l'institut des médias de Tampa (Floride), circule même sur Internet en imaginant la fin du quatrième pouvoir à travers le déclin du prestigieuxNew York Times.En 2014, celui-ci deviendrait une simple lettre d'information distribuée aux personnes âgées et aux élites. Propos visionnaires ou démesurément pessimistes ?

Trois approches

Le 7 avril dernier, Bertrand Pecquerie, directeur du World Editors Forum, a livré une analyse concordante devant un parterre de rédacteurs en chef français réunis à Paris, au Syndicat de la presse quotidienne régionale, place des... États-Unis. Cet expert s'appuie sur la nouvelle bible des médias anglo-saxons,Nous, les médias - Le Journalisme de base par les gens pour les gensde Dan Gillmor, un ex-chroniqueur de la presse professionnelle, qui remet en cause la distance entre journalistes et public.« La transmission de l'information ne passe plus par la lecture, mais par la conversation »,écrit Gillmor, tandis qu'Oh Yeon Ho, fondateur du blog sud-coréen Ohmynews estime que« chaque citoyen est un reporter ».

Devant ces bouleversements, selon Bertrand Pecquerie, les journaux ont privilégié trois approches. Premier cas de figure : le lecteur est lui-même la source d'information, une pratique adoptée parBakersfield,un quotidien californien. Un « copy editor » (secrétaire de rédaction) y sépare le bon grain de l'ivraie, puis procède à une mise en forme des nouvelles pourvues par les lecteurs... quitte à publier ensuite un démenti en cas d'information erronée. Deuxième option : le lecteur joue le rôle de correcteur, en vérifiant les informations des journalistes et en ayant l'opportunité de critiquer les angles et partis pris choisis.« Nous répondons constamment à des demandes individuelles et reconnaissons souvent que, oui, un article manquait de nuances ou qu'une formulation malheureuse pouvait induire en erreur,écrivait en décembre dernier le chroniqueur Daniel Okrent dans leNew York Times. Pourquoi ne pas mettre en place un endroit sur le site duTimesoù les reporters pourraient apporter ce genre de correction ? Même sans ériger un confessionnal sur le Web, les journalistes duTimesrendraient un service considérable. »

Enfin, certains confient carrément les rênes du journal aux lecteurs : le gratuit espagnolQue !sollicite ainsi l'avis de ses lecteurs sur des articles de fond et publie leurs réactions le long de pages entières...« Cette rubrique deQue !est un succès, mais n'oublions pas qu'il s'agit d'un journal gratuit,tempère Bertrand Pecquerie.Comment trouver un modèle économique qui fasse que le phénomène perdure ? Pour l'instant, personne n'a la réponse. »Pour lui, les médias locaux ont néanmoins devant eux un fantastique boulevard de développement avec l'émergence de ce journalisme citoyen, à la différence des grands quotidiens nationaux (« quality newspapers »). Des groupes de journaux régionaux américains comme Gannett, Tribune et Knight Rider l'ont bien compris, rachetant récemment de concert l'agrégateur de contenus locaux Topix.net.

Certes, on n'en est pas encore là en France, mais la presse régionale a prouvé sa capacité à se positionner sur Internet comme en témoigne, par exemple, le portail maville.com d'Ouest France.Reste à déterminer la place qui doit être réservée aux blogueurs dans les journaux en ligne de demain. «Il faudra s'adosser à des outils techniques pour gérer les flux,souligne Jean-Christophe Giesbert, rédacteur en chef deLa Dépêche du Midi. Mais c'est une piste à travailler pour que les gens se réapproprient leur ville et leur média par l'interactivité. »À l'occasion de sa nouvelle formule, en avril 2003, le quotidien a déjà introduit deux rubriques quotidiennes des courriers des lecteurs. Une majorité d'entre eux arrive par le Net.

Pour aller plus loin, il convient sans doute de créer et d'animer des forums de discussions. Mais, pour donner vraiment au lecteur le sentiment que sa parole compte, il faut vaincre les réticences des journalistes à partager avec lui des contenus.« On entend encore trop souvent qu'on ne peut laisser les gens dire n'importe quoi »,rapporte Jean-Christophe Giesbert. Selon lui, de nouveaux métiers polyvalents vont donc émerger pour gérer ces flux d'expression des lecteurs, alors que la tendance était au recrutement de journalistes experts. Pour reconquérir la légitimité régulièrement mise à mal par les baromètres de confiance dans les médias, il devient de plus en plus clair qu'il faut laisser au lecteur la possibilité de produire du contenu local, voire de l'information. Bref, le plumitif doit maintenant prêter sa plume.

En savoir +

>www.worldeditorsforum.org

>www.editorsweblog.org

>www.wethemedia.oreilly.com

>www.dailykos.com

>www.wonkette.com

>www.broom.org/epic/ols-master.html

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