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« Après mai, le déluge ? »

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26/05/2005 -

Bible des milieux d'affaires anglo-saxons, The Economist prône... le non à la constitution européenne. à quelques jours du référendum français, visite chez les gardiens du Temple libéral.

, analyse Andrew Rashbass, éditeur du titre.

On aurait imaginé une atmosphère plus guindée, costumes gris anthracite, sourcils froncés et oeil rivé sur les cours de la Bourse. Rien de tout cela, en ce lundi londonien pluvieux, dans les locaux deThe Economist,une tour de quatorze étages érigée au début des années soixante par les Smithsons, architectes avant-gardistes, sur St James's Street. Un petit chien court dans le couloir, on échange plaisanteries et anecdotes de retour de week-end, un carnet de notes à la main. Onze heures, la porte du bureau de Bill Emmott, rédacteur en chef deThe Economist(plus d'un million d'exemplaires de diffusion payée en 2004), s'ouvre. Chacun va s'asseoir où il le peut, chaise, rebord de fenêtre, par terre... La conférence de rédaction du lundi peut commencer.

Ce n'est pas une grand-messe. Plutôt un vivifiant échange de points de vue et de mots d'esprit. Chaque chef de service propose ses sujets, soigneusement listés par Bill Emmott. Parmi les suggestions pour le numéro du 21 mai : l'explosion des crédits en Inde, l'instabilité politique au Yemen, la manière dont Oxford, plus vieille université du Royaume-Uni, cherche à se parer d'un semblant de modernité... Un sujet sur les réticences des Français à travailler pendant la Pentecôte suscite quelques rires. Perfides.

Le bon sujet du référendum français

Vient le moment des sujets de couverture. John Peet, rédacteur en chef Europe, se fait l'avocat d'un sujet préréférendum en France.« On pourrait titrer " Just say no ! " et montrer en quoi un non n'entraînera en rien les catastrophes annoncées pendant la campagne française »,suggère-t-il.The Economista en effet choisi son camp. Dans un récent numéro, celui du 30 avril, le sujet a déjà été abondamment commenté. Sous l'appel de une : « Enlargement and the French vote » (élargissement et vote français), deux articles sans aménité pour le traité. Le premier, intitulé « That damned, elusive constitution » (Cette satanée et évasive constitution) résume bien le malaise français :« Lorsqu'on soumet quelque chose à un vote, il est idiot de prédire une crise énorme en cas de rejet. (...) L'objectif de ce référendum était de rendre les problématiques de l'Union européenne plus proches de ces citoyens. Si ces derniers rejettent le traité, est-ce à eux d'être blâmés - ou plutôt aux dirigeants qui ont essayé de leur vendre un texte aussi incompréhensible ? »On enfonce le clou un peu plus loin, dans le joliment titré, en français s'il vous plaît, « Après mai, le déluge ? ».

Le libre-échange comme pierre angulaire

Un point de vue plutôt étonnant au sein de la famille libérale, si on en juge par les prises de positions des leaders politiques et des journaux économiques français.« Cette constitution est incroyablement mal rédigée : nous avions d'ailleurs publié dans nos pages, en 2000, une ébauche de constitution, telle qu'elle devrait être, selon nous »,explique Andrew Rashbass, ancien chef de l'information du groupeThe Economist,qui vient de succéder comme éditeur à David Hanger, parti à la retraite. Fidèle à la philosophie du titre, qui a gardé depuis sa création en 1843 comme pierre angulaire le principe du libre-échange, ce brouillon de constitution suggérait notamment que« l'Union européenne ne prélève aucune taxe »et que« les États membres s'évertuent à annuler tout obstacle à la circulation des biens, des services et des capitaux dans l'Union ».

On ne se refait pas.« Ce qui a fait notre succès, c'est le mariage que nous adoptons entre conservatisme économique et libéralisme social »,résume Andrew Rashbass. La preuve ?« Nous sommes favorables au mariage gay et à la légalisation de certaines drogues. »Même celles qui doperaient l'Europe continentale ?


Information traitée dans Stratégies Magazine n°1371

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