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Bouche cousue

09/06/2005

Bob Woodward et Carl Bernstein, les célèbres reporters du Washington Post lors du Watergate, ont préféré laisser passer un scoop : l'identité de leur informateur, « Gorge Profonde », a été révélée par Vanity Fair. Au nom de la protection des sources.

À la rentrée prochaine, le cours de Bill Gaines, professeur de journalisme de l'université d'Illinois, s'intitulera « Comment nous nous sommes trompés ». Cet ancien journaliste duChicago Tribunecroyait, après avoir fait plancher pendant quatre ans ses étudiants, avoir découvert l'identité de « Gorge Profonde », l'informateur secret des journalistes Bob Woodward et Carl Bernstein dans l'affaire du Watergate : Fred Fielding, adjoint d'un ancien conseiller de Nixon. Après la confession de Mark Felt, ex-numéro deux du FBI, à paraître dans l'édition du mois de juillet deVanity Fair,Gaines ne cache pas son étonnement.« Nous avons été très surpris,a-t-il confié auMondedu 4 juin.Toute cette histoire montre bien comment Woodward et Bernstein ont remarquablement su déguiser et protéger leur source. »Quitte à passer à côté d'un scoop retentissant. Il eût été dans l'ordre des choses que leWashington Post,d'où le scandale était sorti en 1974, et où Bob Woodward officie toujours, ait l'exclusivité de ces révélations. Mais c'est à un obscur avocat, John D. O'Connor, que l'on doit la fin de cette chasse à l'homme, durant laquelle les noms de George Bush père, d'Henry Kissinger ou de la présentatrice Diane Sawyer, ont été avancés.

Une détermination sans faille

Bernstein et Woodward restent, plus de trente ans après leur scoop, un modèle de déontologie. Les deux reporters et leur rédacteur en chef Ben Bradlee, seuls à connaître l'identité de leur source, s'étaient engagés à ne révéler son nom qu'après sa mort. Ce n'est qu'après la confirmation de la famille de Felt et son apparition devant les caméras qu'ils ont brisé leur serment.« Je pense que dans la tête de cet ancien membre du contre-espionnage, c'était comme si j'étais l'un de ses agents »,explique Bob Woodward, dans un texte publié dans leGuardiandu 3 juin, où il revient abondamment sur ses relations avec Felt.« Il m'a bien mis cela dans le crâne : le secret à tout prix, ne jamais parler de lui, aucune indication quant à la provenance de la source. »

La protection des sources (inscrite en France dans le Code pénal) est l'un des garants de la liberté de la presse. Même si les pressions obligent à une détermination sans faille.« Les règles sont simples,lâche Claude Angeli, rédacteur en chef auCanard enchaîné. Ne jamais rien révéler aux policiers ni à un juge. Bannir tout bavardage, que ce soit avec des amis, sa famille ou des collègues. Éviter toute maladresse, soit par des allusions dans un article, soit par une question trop révélatrice pendant un entretien. »Cela ne suffit pas toujours. La perquisition, en janvier 2005, dans les rédactions duPointet deL'Équipe,dans le cadre d'une enquête sur l'affaire Cofidis, montre à quel point la protection des sources doit constamment être défendue.

« Si les écoutes téléphoniques sont aujourd'hui bien contrôlées, les juges restent en droit de saisir les factures détaillées du téléphone d'un journaliste... »,déplore Jean-Marie Pontaut, chef du service investigation deL'Express. « Sur certaines enquêtes, il vaut mieux téléphoner d'ailleurs que de son bureau »,confirme Claude Angeli, dont la rédaction avait été mise sur écoute par la Direction de la surveillance du territoire (DST) en 1973. Faut-il pour autant, comme Bob Woodward l'a raconté, avoir recours à des ruses d'espion, comme déplacer un pot de fleur sur un balcon pour donner le signal des rendez-vous, ou se retrouver dans des parkings la nuit tombée ?« Il m'est arrivé de me retrouver dans des situations rocambolesques,raconte Jean-Marie Pontaut.On m'avait donné rendez-vous dans une cabine téléphonique : mon informateur se trouvait dans la cabine d'en face, et nous conversions en faisant semblant de téléphoner ! »

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