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Pas si bête qu'il le dit

07/07/2005

Refus de l'actualité, goût pour la philosophie, liberté de ton revendiquée... L'Imbécile a peu d'équivalent dans les kiosques. Et c'est justement l'effet recherché.

Inclassable, déroutant, parfois même difficile à comprendre,L'Imbécile. C'est précisément l'objectif de ses animateurs. De drôles d'oiseaux, qui ont décidé de bafouer les règles et les savoir-faire les plus élémentaires du métier. Jamais de dessin politique, pas d'actualité, encore moins de commentaires sur l'actualité.« L'idée, c'est de faire un espace de création pure,explique Frédéric Pajak, rédacteur en chef.Je ne dis pas que j'ai réussi. Je souhaiterais que les auteurs aillent beaucoup plus loin. J'aimerais beaucoup publier des journaux intimes, par exemple. »

Cet écrivain, dessinateur et directeur d'une collection de livres consacrée au dessin chez Buchet-Chastel, ancien patron du magazine culturelVoir, ressemble à son titre comme un père...« C'est un personnage multiforme, touche-à-tout, d'une grande culture, un peu hors du commun, jamais là où on l'attend »,dit de lui le directeur de la publication, Fabrice Gerschel. Il a fait du bimestrielL'Imbécile, à l'intention des esprits indépendants, un temple de l'original, de l'inattendu, du dessin libre et de la philosophie sans contraintes.« Des choses provocatrices et contemplatives, sans aucune homogénéité »,résume Fabrice Gerschel. Le n°1 titrait sur « Nietzsche, l'infréquentable ». Depuis,L'Imbécilea supprimé de ses pages les critiques littéraires.« Pourquoi faire ce qui existe ? »,sourit Frédéric Pajak.

ÀL'Imbécile, pas de locaux et jamais de conférence de rédaction, mais des réunions informelles au bar du Lutetia ou dans les cafés de Saint-Germain-des-Prés. S'y retrouvent les deux sus-cités et quelques associés, eux aussi assez fous pour investir du temps et de l'argent dans cette entreprise : Alexandre Picciotto, issu du milieu de l'industrie, ou Holger Wiemann, ancien de Prisma Presse, créateur du magazineEsprit femmes.

« Ce n'est pas l'envie de faire fortune qui nous motive »,assure Fabrice Gerschel, ancien banquier d'affaires. On le croit sur parole.L'Imbécilese vend aujourd'hui à 8 000 exemplaires. Il lui en faudrait 10 000pour être rentable. Afin de faire monter la mayonnaise, l'équipe dépense un petit budget en affichage, balançant sous le nez de Parisiens surpris des unes inhabituelles : « La droite est-elle vraiment de gauche ? », « Philosophie et dandysme, y a-t-il de bonnes raisons de désespérer ? », ou encore « L'Ivrogne moderne, apologie de l'alcoolisme aux États-Unis ». Les auteurs maison, comme les écrivains Philippe Muray, Philippe Garnier ou Didier Raymond, proposent les sujets qui les intéressent.« Je n'ai jamais rien refusé, ou alors je ne m'en souviens pas »,assure Frédéric Pajak, qui affirme ne pas voter et fuir« les partis politiques et les sectes ». Tout cela fleure bon l'anticonformisme et Jean-Edern Hallier.

Un livre en « plus produit »

C'est justement au sulfureux philosophe queL'Imbéciledoit son existence. Un beau jour de 1991, Hallier décide de renvoyer tous les dessinateurs deL'Idiot international, le journal qu'il anime alors. Parmi eux, Frédéric Pajak. Ce dernier rassemble d'autres collaborateurs deL'Idiot- le dessinateur Gébé, les écrivains Marc-Édouard Nabe et Philippe Besson, le spécialiste de l'art brut Michel Thévoz -, et crée un concurrent. Très antiguerre du Golfe,L'Imbécilede Parisaura son heure de gloire en titrant, en juin 1991, « La France s'emmerde ». Cette première série s'est finalement éteinte après sept numéros. Rebelote douze ans plus tard : Frédéric Pajak relanceL'Imbécile, qui plongera en novembre 2003 après cinq numéros :« Problèmes de distribution, les ventes ne suivaient pas. »La troisième série, celle d'aujourd'hui, sera la bonne. Cette fois,L'Imbéciles'appuie sur une équipe pour la gestion, s'est converti à la publicité et accompagne son journal d'un livre, commeLe Figaro. Pas si bête.

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