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Les salaires de la peur

15/09/2005

La presse est friande de unes sur les rémunérations des Français. Même si l'argent reste un sujet tabou dans l'Hexagone.

Toujours tabou, l'argent ? Pas pour les journalistes de Paris Obs qui n'ont pas hésité, dans leur numéro du 1er septembre 2005 titré « Combien gagnent les Parisiens », à publier leurs émoluments. « Yves Contassot, adjoint au maire de Paris, s'étonnait que l'on enquête sur les salaires des Parisiens sans publier les nôtres. Nous avons choisi la transparence », explique ­Gérard Muteaud, rédacteur en chef adjoint. Lequel, si l'on en croit la grille, gagne donc 6 196 euros par mois, contre 7 282 euros pour le rédacteur en chef, et 2 613 à 4 500 euros pour les huit journalistes de la rédaction. Alors, on s'estime bien payé, à Paris Obs ? « Disons que dans le journalisme, comme dans beaucoup de métiers, on commence, après des débuts plutôt précaires, à être correctement payé au bout de ­quelques années... », botte en touche Gérard Muteaud. Le parti pris de la transparence a fait grincer des dents, comme l'explique le journaliste : « Certains se sont dit choqués, d'autres se sont inquiétés de ce genre d'initiatives. Aussi bien en interne que chez des confrères d'autres titres. » Seuls les journalistes du Monde s'y étaient déjà risqués il y a quelques années. Parler d'argent n'est jamais chose facile.

Ainsi, cet été, les journalistes de L'Expansion ne se sont épargné aucune difficulté en choisissant de publier leur dossier de rentrée sur « Les revenus des Français ». Ils ont dû boucler leur enquête en août, période où le professionnel le plus aguerri se heurte à une armada de boîtes vocales. Et doit trouver mille ruses pour venir à bout d'interlocuteurs aux pudeurs de jeune fille. « Trouver les grilles de rémunérations, ce n'est pas le plus compliqué : le cabinet d'études Towers Perrin nous a fourni des données sur les cadres, et pour le reste, fonctionnaires et professions libérales, nous nous sommes adressés aux ministères, aux centres de gestion agréés, etc., ­raconte Jean-Jacques Manceau, ­rédacteur en chef adjoint du mensuel. Mais pour que les ­lecteurs aient envie de se plonger dans notre dossier, il était impératif de réaliser une galerie de portraits. »

Un taux de refus de neuf sur dix

C'est là que les choses se corsent... La ­majorité des demandes se solde par une fin de non-recevoir. « Pour réaliser une dizaine de portraits, nous avons dû contacter une centaine de personnes, avec un taux de refus de neuf sur dix », poursuit ­Jean-Jacques Manceau. Parmi les plus rétifs : les professions ­libérales. « Les avocats, par exemple, refusent ­systématiquement de nous donner leur rémunération : ils nous fournissent uniquement le chiffre d'affaires de leur cabinet. Les médecins souhaitent également rester discrets sur la question. » Par fidélité à la tradition ­française, où l'on préfère cacher ses revenus de peur de faire preuve d'une affreuse vulgarité. Mais aussi sous l'effet d'un autre repoussoir hexagonal : le fisc. « Ce dernier utilise souvent la presse, et particulièrement des journaux comme le nôtre ou ­Capital, pour repérer les personnes qui gagnent bien leur vie, ­remarque le rédacteur en chef adjoint de L'Expansion. Et ­personne n'a envie d'un contrôle fiscal... »

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