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Parité de façade pour la chaîne d'information internationale

08/12/2005

Dans la bataille pour le contrôle de la future CFII, France Télévisions n'a pas tout perdu, et TF1 n'a pas tout gagné. Mais au final, la Une a su tirer son épingle du jeu.

Le 30 novembre, Patrick de Carolis s'est invité au Soir3 pour présenter la chaîne française d'information internationale (CFII). La veille, une convention avait été signée entre les deux actionnaires, France Télévisions et TF1, pour donner naissance à la société qui sera chargée de lancer, à la fin 2006, cette fameuse « CNN à la française ». Sur le plateau de Marie Drucker, le président de France Télévisions garantit, à deux reprises, que l'État lui a reconnu un « rôle moteur » dans le pilotage de la ­future chaîne. Et annonce qu'il prendra la tête du conseil de surveillance qui devrait se réunir avant Noël.

Une position conquise de haute lutte, alors que l'idée d'une présidence tournante avait été évoquée entre TF1 et France Télévisions. Mais la Une a fait marche arrière, constatant qu'elle pourrait avoir la maîtrise de la gestion de la CFII, confiée finalement à Jean-Pierre Paoli, actuel secrétaire général de l'antenne de TF1. Et France Télévisions n'a pu obtenir un nombre de parts supérieur à son coactionnaire dans le capital... Pour 18 500 euros chacune, les deux maisons mères sont donc devenues propriétaires d'une chaîne qui sera intégralement financée par de l'argent public. Le recrutement de 130 journalistes est annoncé, ainsi qu'un budget de 65 millions d'euros en 2006.

Pour Patrick de Carolis, France Télévisions a donc conquis une sorte de leadership dans cette CFII qu'il souhaitait, à son arrivée, « 100 % publique ». Aux personnels, il affirme le « rôle prédominant sur le plan éditorial » du groupe public. La direction de l'information pourrait, il est vrai, revenir à Ulysse Gosset, ancien correspondant de TF1 recruté par France Télévisions sous l'ère Tessier. Mieux, la chaîne sera finalement diffusée en France sur Internet, le câble ou le satellite. Un revers pour Patrick Le Lay, PDG de TF1, qui avait tout fait pour empêcher cette diffusion hexagonale, dans l'espoir de protéger LCI.

Et pourtant... Cette CFII ressemble plus à une victoire pour Patrick Le Lay. « Pour Carolis, qui a montré une très forte détermination pour la mise en place de la chaîne, c'est un camouflet », estime même François Rochebloine, député UDF de la Loire et rapporteur d'une mission parlementaire qui réclamait un regroupement des forces de l'audiovisuel public. « Après ses déclarations, ajoute le parlementaire, il n'avait d'autre possibilité que de partir ou de rester en courbant l'échine. Son bras de fer avec Le Lay a montré que ce dernier avait un sacré pouvoir à l'Élysée. » Alain Seban, le conseiller médias de la présidence, a en effet tout fait pour maintenir TF1 dans le jeu de la CFII. Par calcul politique ?

Compatibilité politique

La Une peut en tout cas se féliciter de prendre 50 % d'une chaîne pour une somme insignifiante. « Il n'y a pas parité mais disparité permanente, s'offusque Bernard Lebrun, responsable de la Société des journalistes de France2. Tout vient de l'État, il n'y a aucune contribution de la maison Bouygues. TF1, qui n'a que cinq bureaux à l'étranger alors que nous en avons dix, a compris qu'elle allait pouvoir financer sa couverture de l'international par l'argent public de la CFII. » De plus, la présence de TF1 dans le capital de la chaîne empêche France Télévisions de préempter un canal de télévision numérique terrestre pour la CFII, comme le groupe s'apprête à le faire pour FranceO de RFO. « Pour ­recevoir la chaîne à laquelle TF1 facturera ses images, constate François Rochebloine, il faudra payer deux fois en France : par ses impôts et en s'abonnant. »

Le conseil de surveillance, qui comportera six membres, laissera bien une voix prépondérante à son président. Mais la liste des cas où elle ne s'applique pas est si longue qu'on se demande quand elle pourrait jouer. Selon le ministre de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, font exception à cette règle la ligne éditoriale, la grille de programmes, la stratégie de diffusion, le contrat de subvention et la convention avec le Conseil supérieur de l'audiovisuel (il faut avoir cinq voix sur six).

Enfin, la future désignation du président du directoire est aussi une bonne nouvelle pour Patrick Le Lay. C'est Alain de Pouzilhac, ex-président d'Havas, qui est appelé à occuper ce poste. Or le ­publicitaire est un allié de Martin Bouygues. Au moment de son combat avec Bolloré pour le contrôle d'Havas, l'actionnaire de TF1 renseignait le président d'Havas sur les méthodes de déstabilisation du raider qu'il avait eues à subir en 1997. Et Patrick Le Lay clamait haut et fort son soutien à l'assiégé. Comme dit la lobbyiste Anne Méaux, Alain de Pouzilhac a l'avantage d'être « un grand chef d'entreprise, d'avoir une ­culture internationale... et d'être politiquement compatible ».

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