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Le Canard à l'écart de la cybermare

23/02/2006 - par Muriel Signouret

L'hebdomadaire satirique restera exclusivement sur papier. Après réflexion, ses responsables ont choisi de ne pas le développer sur Internet, faute de modèle économique rentable.

Les diamants de Giscard ? C'est lui. Le vrai-faux rapport de Xavière Tibéri ? C'est encore lui. Tout comme, récemment, l'affaire de l'appartement de fonction de l'ancien ministre de l'Économie, Hervé Gaymard. Depuis quatre-vingt-dix ans, Le Canard enchaîné applique consciencieusement, chaque mercredi, sa devise : « La liberté de la presse ne s'use que quand on ne s'en sert pas. » Sur papier, et avec un certain succès depuis sa naissance. Avec sa soixantaine de journalistes, sans compter les pigistes et autre informateurs, Le Canard totalise quelque 330 000 exemplaires en kiosques et 52 000 abonnés. Mais inutile de chercher ses coups de bec sur Internet : il n'a « qu'une palme dans la cybermare » (www.canard-enchaine.fr) et n'entend pas y barboter davantage, préférant se contenter d'y occuper une place symbolique, histoire d'empêcher tout prétendu caneton malintentionné de détourner sa marque. « C'est vrai que nous avons beaucoup réfléchi à un développement sur Internet, mais nous ne voyons pas quel modèle économique pourrait nous éviter de perdre de l'argent », explique Nicolas Brimo, administrateur délégué de l'hebdomadaire, où il travaille depuis près de trente-cinq ans.

Selon lui, les journaux qui ont dupliqué leur offre sur le Web ont été confrontés à un « désastre financier ». Comment pourrait-il en être autrement pour un titre qui refuse de s'acoquiner avec la publicité ? Toutes les solutions ont été étudiées sans qu'aucune ne paraisse suffisamment convaincante à l'équipe, avant tout jalouse de sa liberté et de son indépendance. Les articles payants ? « Ça ne marcherait pas, car la grande majorité des lecteurs-internautes consultent leurs journaux en ligne depuis leur bureau et aux frais de leur entreprise. Comment justifier auprès de son patron la lecture du Canard enchaîné ? », rétorque Nicolas Brimo, qui ajoute : « À 1,20 euro le numéro, un tarif qui n'a pas bougé depuis quinze ans, nous restons bon marché. » Quant à la mise en ligne des archives, elle n'a pas mobilisé la direction. « Le seul projet que nous ayons en la matière est de céder nos numéros de 1916 à 1939 à la Bibliothèque nationale de France, qui va les numériser et les mettre en accès libre sur son site », poursuit l'administrateur. Sans parler des nombreux dessins et autres caricatures, qui posent des problèmes de droit d'auteur. Pas ambitieux, Le Canard enchaîné ? Internet n'y est visiblement pas perçu comme un espace de liberté. Du coup, il semble à portée de canon d'un concurrent, un Drudge Report français qui attirerait les informateurs. « Le Canard a des concurrents sur papier. Peu importe qu'il en ait aussi sur le Web », ajoute Nicolas Brimo, qui a décidément réponse à tout.

En attendant, le volatile cancane. Même si Nicolas Brimo avoue avoir traversé l'Atlantique à la recherche de la solution miracle. « Le seul site payant qui marche aux États-Unis est celui du Wall Street Journal. Il correspond à un besoin précis et identifié. » Inutile de chercher des points communs entre les deux titres. Si ce n'est que Le Canard enchaîné, dans sa formule d'encre et de papier, reste très rentable, avec un bénéfice net de près de 5 millions d'euros en 2004.

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