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De plus en moins d'infos

23/03/2006 - par Delphine Le Goff

Une étude américaine montre que l'actualité est traitée de manière de plus en plus répétitive et superficielle, à cause surtout de l'utilisation généralisée des moteurs de recherche.

Illusion et paradoxe ». Non, ce n'est pas l'intitulé d'un mémoire de troisième cycle en lettres ­modernes, mais les conclusions d'une étude sur les médias américains publiée par des chercheurs de l'université de Columbia (États-Unis), fédérés dans une association baptisée ­excusez du peu - Project for Excellence in Journalism (« ­Projet pour l'excellence du journalisme »). ­Dirigée par le ­médiologue Tom Rosenstiel, l'impressionnante somme, consultable sur www.journalism.org, passe au crible un an de consommation médias aux États-Unis. Conclusion : « Nous avons l'illusion d'avoir plus d'informations, déclare Tom Rosenstiel, mais il s'agit en réalité de beaucoup de répétitions. » Trop d'info tue l'info... voilà le paradoxe ! Les supports sont certes de plus en plus nombreux, mais les sujets y sont moins variés et relatés plus superficiellement. Les médias câblés, par exemple, rabâchent jusqu'à l'écoeurement un nombre restreint de sujets. Et, en une journée, Google News offre aux internautes un menu de 14 000 articles, qui couvrent seulement... 24 sujets.

La « circulation circulaire » de l'information, voilà qui n'est pas nouveau. Le sociologue Pierre Bourdieu avait déjà décrit le phénomène il y a dix ans, dans son essai Sur la télévision, et cette attitude moutonnière des médias reste d'actualité. « Il est vrai que la surabondance de moyens ne se traduit pas par une pluralité de l'information », remarque François-­Bernard Huyghe, médiologue et auteur de Comprendre le pouvoir stratégique des médias (Éditions Eyrolles). « L'abondance aurait même un effet paralysant, ajoute-t-il. Du coup, dans le doute, on va se réfugier dans de vieux réflexes : on anticipe les attentes supposées du public, ­résumées par des lois comme celle du " mort par kilomètre ", qui veut qu'un décès près de chez soi intéresse plus qu'une guerre meurtrière mais lointaine... Et le ­conformisme intellectuel qui règne dans les médias, l'un des milieux les plus autocentrés qui soient, n'incite pas à sortir des sentiers battus ! »

Nombre de sources limité

D'autant que les effectifs des rédactions se réduisent comme peau de chagrin. « Le nombre d'émetteurs d'information se multipliant, le public de chacun d'entre eux, par un effet mécanique, a tendance à diminuer, et l'on effectue donc des coupes budgétaires en employant moins de journalistes », résume le rapport. Ainsi, il y a de moins en moins de journaux dans les grandes villes américaines. Comme à Philadelphie, où le nombre de journalistes est passé de 500 en 1980 à environ 220 aujourd'hui. Autant dire qu'il devient difficile de s'absenter de sa rédaction. Mieux vaut oublier le terrain ! Même dans les radios d'information, censées être plus « chaudes », seulement 14 % du temps d'antenne est consacré aux reportages, selon le rapport. Le journaliste tend à se muer en ouvrier spécialisé, un « pisse-copie » soumis à une productivité démente et condamné à chercher frénétiquement ses informations sur Google... comme ses confrères du monde entier. « En sous-effectif, les journalistes travaillent de plus en plus vite, avec un nombre de sources de plus en plus limité », déplore le rapport. ­

Apparaît un nouveau paradoxe : ceux qui ont contribué à la surenchère d'infos, les agrégateurs comme Yahoo ou Google, pourraient souffrir de la situation. Les rédacteurs du rapport se demandent, avec ­l'Association mondiale des journaux, si les médias traditionnels, conscients qu'on leur tond la laine sur le dos, ne pourraient pas demander à Google News de les rétribuer pour utiliser leurs contenus...

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