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Le rude chemin de la diversité

30/03/2006 - par Anne-Lise Carlo

Les chaînes ont fait des efforts pour refléter la France plurielle dans la composition du public des émissions et la sélection des candidats. Des progrès restent à accomplir au sein même des antennes.

Patrice Duhamel, directeur général de France Télévisions, l'a promis le 20 mars au cours d'une table ronde au siège du groupe public. Avant la fin mai, des propositions seront faites pour « renforcer la feuille de route des unités de fiction du groupe pour qu'elles incitent fortement les producteurs, les réalisateurs et les agents à mieux prendre en compte la diversité française ». Il y a cinq ans, on parlait plutôt de « minorités visibles ». La prise de conscience date de la victoire de l'équipe de France à la Coupe du monde de football en 1998, avec ses Bleus « blacks, blancs, beurs ». La nécessité d'une représentation plurielle sur nos écrans s'est alors imposée aux dirigeants des chaînes. En 2001, Le Loft apparaît sur M6 comme un échantillon représentatif de la société française. On découvrait alors à côté de la blonde (Loana), l'homosexuel (Steevy), mais surtout deux Arabes (Kenza et Aziz)...

De fait, la télé-réalité a été un terrain d'essai pour les patrons de chaînes. La Star Academy (TF1) a ainsi accéléré l'émergence de héros noirs ou maghrébins, comme Houcine et Sofia. « Pourtant, assure Virginie Calmels, directrice générale d'Endemol France, on ne se dit pas, durant les castings, qu'on va prendre un Noir ou un homosexuel. On cherche avant tout des talents et des personnalités. Et peut-être que ces jeunes issus des minorités, qui ont pu rencontrer plus de difficultés, développent une personnalité plus forte. » Admettons. Mais les dirigeants des chaînes savent surtout lire attentivement les courbes d'audience : ces jeunes « héros » issus des minorités visibles sont fédérateurs d'un nouveau public jeune, issu, lui aussi, de ces mêmes minorités...

Réticences en interne

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a aussi joué son rôle. En 2001, il demande aux éditeurs audiovisuels de « prendre en considération, dans la représentation à l'antenne, la diversité des origines et des cultures de la communauté nationale ». Si, à TF1, on parle d'une « politique naturelle », France Télévisions se veut plus volontariste avec son plan d'action positive pour l'intégration mis en place en 2004 (lire encadré). Sur TF1, des jeux comme Attention à la marche ou À prendre ou à laisser présentent une vraie diversité visible à l'image, tant du côté des candidats que de celui du public. Même chose sur France Télévisions avec Des chiffres et des lettres (France 2) ou Questions pour un champion (France 3). Les « casteurs » de ces programmes auraient-ils reçu des consignes ? Et, si oui, sur quels critères reposent-ils ? « On ne raisonne pas du tout en termes de quotas, explique Alain Ranger, producteur de Questions pour un champion. Nous tenons compte de notre public car, grâce à TV5, notre jeu bénéficie d'une grande audience en Afrique, au Maghreb et dans les départements et régions d'outre-mer. À tel point que certaines de nos sélections se font là-bas alors que cela coûte très cher. »

Pour Dominique Baudis, président du CSA, il reste pourtant du chemin à parcourir. « Il y a encore trop d'écart entre la réalité de la société française et sa représentation à l'antenne », a-t-il déclaré à l'AFP après la nomination d'Harry Roselmack à TF1. Les études montrent d'ailleurs que les téléspectateurs sont favorables à la diversité à la télévision. « Les plus grandes réticences, je les ai rencontrées parmi les producteurs, animateurs, journalistes... Il y a toujours quelqu'un pour vous faire sentir que vous êtes le Noir qui prend la place du Blanc », témoigne l'animateur guadeloupéen Claudy Siar, coprésentateur avec Michel Drucker du casting français pour l'Eurovision, le 14 mars sur France 3. « À aucun moment, je n'ai eu l'impression d'être un animateur alibi pour la chaîne », ajoute-t-il.

Sébastien Folin, présentateur sur TF1 depuis 2001, a moins de mal avec le concept d'alibi : « Lorsque j'ai été embauché par TF1 pour présenter la météo, c'était uniquement parce que la chaîne voulait mettre un Noir à l'antenne. » Le Réunionnais, débarqué en métropole il y a six ans seulement, est plus agacé par les « amalgames » : « Lorsque l'on me cite comme exemple d'intégration, je suis atterré. Je suis français ! »

Communautés diversement exposées

Caution antiraciste pour les chaînes ou pour les politiques, ces animateurs refusent en bloc le rôle de « porte- drapeau », même s'ils avouent tous être « fortement sollicités par les politiques ». « Il ne faut pas cumuler les étiquettes ! », lance Nadjette Maouche, qui présente sur France 3 l'émission citoyenne C'est mieux ensemble. « Ce n'est pas parce que je suis noir que je suis obligé d'avoir un discours social ou militant ! », lance Sébastien Folin. Un discours peu revendicatif qui s'explique : « Comme en politique, ces personnes issues des minorités ont tendance à fermer la porte derrière elles... D'ailleurs, les organes de presse n'engagent que ceux qui acceptent de jouer le rôle d'alibi antiraciste et qui s'en tiennent là ! », constate Stéphanie Marteau, journaliste et auteur du livre Voyage dans la France musulmane (1).

Enfin, sans entrer dans les quotas, il est évident que les différentes communautés ne bénéficient pas de la même exposition. Les Asiatiques et les Arabes sont encore très peu nombreux dans le paysage audiovisuel. « Avec Ness [animatrice de l'émission Top of the Pops, sur France 2], par exemple, nous sommes quand même quelques femmes maghrébines à faire de la télévision. Pour les hommes, c'est plus dur car ils sont associés à l'image négative des casseurs de banlieues », estime Nadjette Maouche. Mais si un visage issu des minorités visibles apparaît ici ou là à la télévision, il ne s'agit pour l'instant que d'un affichage « visible ». « Il n'y a, par exemple, aucun Arabe à des postes d'encadrement ou décisionnaires dans les émissions. Lorsque ce cap sera franchi, on pourra alors parler de véritable progrès ! », estime Stéphanie Marteau.

(1) Avec Sadek Hajji, Éditions Plon, 2005.

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