
20/04/2006 - La Revue des tabacs, dirigée depuis quinze ans par Michel Burton, organisait le 9 avril le Mondial de la pipe.
La Revue des tabacs (RDT), vieille dame de 80 ans, fera peut-être sa prochaine une sur une victoire : la décision affichée par Dominique de Villepin de repousser aux calendes grecques toute interdiction de fumer dans les lieux publics. Le 12 avril, le Premier ministre a en effet renvoyé à des « consultations » les velléités du ministre de la Santé, Xavier Bertrand, de créer des cabines fumoirs dans les cafés, les restaurants et les débits de tabac. « C'est un effet collatéral du CPE et de la victoire de quelques lobbies actifs au détriment de l'intérêt général », a protesté le chef de file UMP de la lutte antitabac, le député Yves Bur. De son côté, André Santini, député-maire UDF d'Issy-les-Moulineaux et farouche amateur des plaisirs de bouche, avait mis toute sa verve au service de « la cause ». Ce même 12 avril au matin sur France Inter, il fustigeait le projet Bertrand en des termes choisis : « On vient d'emmerder la France entière avec le CPE, on va maintenant nous emmerder avec la CPF, la cabine pour fumeurs ».
« Merci Mademoiselle pour cette bonne pipe »
Trois jours plus tôt, André Santini était justement en bonne compagnie, dans les galeries des crayères d'Issy-les-Moulineaux, à l'occasion du Mondial de la pipe. L'événement était organisé par Michel Burton, patron de la Revue des tabacs, qui a remis au député-maire une pipe sous verre après un discours plein de souffle : « Nous voici dans des catacombes pour échapper à la répression, comme les premiers chrétiens. » André Santini fut salué comme il se doit pour son soutien d'amateur de cigares à l'industrie du tabac. L'édile remercia benoîtement l'hôtesse qui lui remit son trophée : « Merci Mademoiselle pour cette bonne pipe. » Et rejoignit ensuite sa table dans une salle enfumée où se tenaient des personnages sortis des Brigades du tigre avec des petites crosses d'évêque accrochées aux lèvres.
Dans cette conviviale assemblée, où l'on comprenait trop bien, au vu du nombre de bouteilles sur les tables, pourquoi « evin Claude » (comme on dit dans la Revue des tabacs) avait eu l'idée de pondre une loi en 1991 touchant autant au tabac qu'à l'alcool, il suffisait de tendre l'oreille pour tout savoir sur la RDT. Oui, le magazine, avec ses 30 000 exemplaires officiels, correspondant au nombre de débits de tabac en France, était bien une sorte de fossile. Le dernier lieu où l'on fume ! Dans ces catacombes pour VIP, bien sûr !
Mais aussi au siège de la RDT, rue Saint-Fiacre, dans le iie arrondissement de Paris, ainsi que le confirme Xavier Sireyjol, rédacteur en chef adjoint : « C'est une rédaction à l'ancienne, mais fumer n'est pas non plus une obligation. » On fume aussi en feuilletant le magazine où l'on tombe, ô madeleine de Proust, sur un gros plan de cigarette Marlboro, un paquet de Camel, ou une publicité Moods Filter avec le slogan « Quel arôme ! Quel goût ! ». On se croirait presque dans un vieux magazine des années quatre-vingt, retrouvé dans son grenier avant la loi Evin. Normal, explique la directrice de la publicité, Brigitte Borel, la presse professionnelle du tabac bénéficie d'un amendement introduit dans la loi qui lui permet de recevoir des publicités de fabricants de tabac.
Avec Le Losange, journal plus syndical, la RDT est la seule survivante de cette époque. En dix ans, malgré une diversification menée sur des articles de confiserie ou de téléphonie, 5000 points de vente ont fermé du fait de la baisse de la consommation et de l'augmentation des prix. Qu'en sera-t-il demain ? « Ne jetons pas la pierre aux fanatiques enturbannés, écrivit Michel Burton en février en pleine affaire des caricatures de Mahomet, les nôtres, en costumes-cravates, sont aussi dangereux et tout autant liberticides. » Comme on fait dans le milieu de la cigarette : Pfffff... !
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