
15/06/2006 - Après la presse nationale, les quotidiens locaux adoptent un format plus petit, qui plaît aux jeunes et aux annonceurs.
Pourquoi priver les Français des filles quasi nues et des scandales qui, ailleurs en Europe, s'étalent avec succès dans les pages des tabloïds ? C'est la question que se pose le géant allemand des médias Axel Springer, éditeur du sulfureux quotidien Bild, l'un des plus gros tirages de la presse quotidienne en Europe. En attendant que la batterie d'études actuellement menées dans l'Hexagone pour le lancement d'un Bild à la française révèle ses conclusions (un « chantier de deux ans », selon une source proche du dossier), les lecteurs se familiarisent avec... le format tabloïd.
Temps d'adaptation
Autrefois réservé à la presse de caniveau, il conquiert aujourd'hui les éditeurs de journaux dits de qualité. Libération, Le Monde, Les Échos ou plus récemment Le Figaro ont été les premiers à troquer leur « broadsheet » (grand format) contre un tabloïd classique (41x29 cm, comme Libération) ou un format berlinois (47x32 cm, comme Le Monde). Ce changement de format est en général l'occasion de renouveler une formule vieillissante en mettant l'accent sur les photos ou en créant de nouvelles rubriques.
Aujourd'hui, c'est au tour de la presse quotidienne régionale de se moderniser. Ces dernières années, 38titres locaux ont opté pour l'un des deux petits formats, selon une étude réalisée par le Syndicat de presse quotidienne régionale (SPQR). La Charente libre, qui a sauté le pas en 2000, a pu maintenir sa diffusion France payée (39 047exemplaires en 2005, + 0,01 par rapport à 2004). « La première année du lancement, en 2000, la courbe a fléchi, admet Jean-Claude Bonnaud, président du directoire du quotidien d'Angoulême. Puis, après l'élection présidentielle de 2002, les lecteurs se sont véritablement approprié ce nouveau journal. Fin 2004 et 2005, nous avons même battu nos records de diffusion. »
Plus pratique, le petit format permet de séduire un lectorat plus jeune. Il impose aussi des choix éditoriaux plus forts. « Le tabloïd est un cadre pour améliorer la qualité éditoriale. Il oblige à structurer le chemin de fer et à mieux angler les papiers », estime Hubert Coudurier, directeur de l'information du Télégramme. Depuis son passage au tabloïd en 2002, le quotidien breton enregistre une progression de 5,12 % de sa diffusion payée. À Nice-Matin, passé au tabloïd en avril, les premiers résultats sont contrastés. « La nouvelle formule a été boudée par les lecteurs les plus âgés, mais a séduit un nouveau lectorat », explique Michel Comboul, PDG du groupe de presse. Mais, si les premières semaines ont été marquées par une explosion des ventes, le soufflé semble retomber.
S'agissant de l'impact publicitaire, l'étude du SPQR est formelle : il est « équivalent, voire supérieur » à ce qui est constaté pour les grands formats. Les indicateurs de visibilité et d'agrément des campagnes du PQR66 donnent eux aussi l'avantage au petit format.
En 1999, seuls 33 % des journaux de la planète osaient le petit format. Aujourd'hui, ils sont 42 %. Outre-Manche, des titres aussi sérieux que le Times, The Independent ou le Guardian ont réduit leur taille avec succès. Le Times, qui a abandonné le « broadsheet » en 2003, a vu ses ventes en kiosques augmenter, tandis que son lectorat d'hommes d'affaires a progressé de 13 %. Le Guardian, qui a adopté le format berlinois en septembre dernier au prix d'un investissement de 116,5 millions d'euros, a également enregistré, en décembre 2005, une hausse de ses ventes de 6 % par rapport à la même période l'année précédente.
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