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Bridgepoint fond sur les médias

22/06/2006 - par Amaury de Rochegonde

Le fonds d'investissement vient de réaliser deux opérations dans la presse professionnelle et la production audiovisuelle.

Benoît Bassi, président de Bridgepoint France, raccompagne son visiteur ce vendredi 2 juin après un entretien au pas de charge au siège de sa très fonctionnelle société, rue de la... Bienfaisance, à Paris. « Oui, nous aimons bien les médias, lâche-t-il, et vous entendrez encore parler de nous dans ce secteur prochainement en Europe. » Ce jour-là, le fonds d'investissement européen d'origine britannique qu'il préside vient de recevoir le feu vert des autorités de la concurrence pour son rachat à prix d'or du groupe Moniteur (entre 350 et 400 millions d'euros, selon Le Figaro). « Nous avons acheté au prix du marché, affirme Benoît Bassi, et nous avons été préférés au vu de notre projet. »

Tripler la mise

Auparavant, Bridgepoint avait donné naissance au deuxième groupe de production audiovisuelle français en fédérant Télé Images, Marathon et Adventure Line, réunissant sous le holding Finhera des programmes aussi divers que Sous le soleil, Dolmen, Koh Lanta, Popstars, Fort Boyard ou Totally Spies. Avec un chiffre d'affaires de 125 millions d'euros, ce groupe affiche une taille comparable à All3Media, une société de production TV britannique également acquise par Bridgepoint. Un nouveau nom devrait être donné prochainement au groupe de production français, doté d'un directoire présidé par Pascal Breton (25 % de Finhera) et d'un conseil de surveillance chapeauté par Éric Licoys. L'ancien bras droit de Jean-Marie Messier, qui préside aussi le conseil de surveillance du Moniteur, avait justement vendu à des fonds la presse professionnelle de Vivendi.

Le principe du fonds d'investissement est bien connu : un montage financier (« leverage buy out » ou « management buy out ») vise à réaliser une confortable plus-value en quatre à sept ans grâce au levier financier de la dette. Les fonds ont d'autant moins de mal à s'endetter qu'ils ne sont pas cotés en Bourse et que les taux d'intérêt sont bas. Ils exigent des rendements très élevés, d'au moins 15 % (plus souvent de 20 à 25 %) par an. En général, un tiers seulement de l'acquisition est payé en capital, le solde étant financé par l'endettement. Comme le reconnaît Benoît Bassi, le projet est alors de multiplier par trois le capital investi. Dans le cas du Moniteur, c'est exceptionnellement 45 % du montant de la transaction qui a été assuré. Il faudra donc tripler la mise à la sortie.

Racheté à Sagard, un autre fonds­ qui en avait fait l'acquisition en avril 2004, Le Moniteur devra-t-il trouver de nouvelles sources d'économies ? Pour ­optimiser les rendements de l'entreprise acquise, les fonds ont la réputation de serrer les coûts. Les groupes Tests et Gisi (L'Usine nouvelle, LSA) se sont vu imposer des plans sociaux drastiques après leur ­reprise par Carlyle, Apax et Cinven. Mais pour Benoît Bassi, il n'est pas question de restructuration au ­Moniteur : « Il s'agit de développer un groupe qui offre un gros potentiel dans ses deux créneaux, la construction et les collectivités locales. Et il n'est pas exclu de rajouter un troisième pilier à cet ensemble. » Hors de propos, donc, d'arrêter le papier pour faire des économies à court terme même si le virage numérique offre des opportunités. Bridgepoint, assure-t-il, entend conquérir des positions exclusives qu'il cherche ensuite à valoriser par le développement. « Nos résultats ­seront utilisés dans la politique de croissance ­interne et externe », affirme Jacques Guy, président du directoire du Moniteur.

Si économies il y a, ce serait donc plutôt dans l'optimisation des performances, avec la mise en commun de services financiers ou juridiques. Les fonds sont réputés apporter plus de professionnalisme dans la gestion, notamment en allégeant et en externalisant les charges. Cela réussit surtout quand il s'agit d'affaires familiales ou d'entrepreneurs, comme c'est le cas des sociétés de production.

La caractéristique de Bridgepoint est aussi d'associer étroitement les managers à ses projets. « Dans le cas de Finhera, nous nous appuyons sur Pascal Breton, Vincent Chalvon-Demersay et Denis Mermet, souligne Benoît Bassi. Ce ne sont pas des saltimbanques mais des ex-Sciences Po, HEC ou Essec qui sont des professionnels de la production. » En hommes d'affaires avisés, tous trois ont pris soin de subordonner chaque investissement à un accord unanime. Mais l'essentiel est ­atteint : Bridgepoint va permettre au groupe d'acquérir de nouvelles marques de programmes en France et en Europe et de les exploiter au mieux sur les nouveaux médias (DVD, vidéo à la demande, mobile, etc.). « Bridgepoint a accéléré la mécanique de concentration du secteur, estime Pascal Breton. Nous nous retrouvons dans une position centrale de leader [hors télé-réalité] avec trois ans d'avance. »

Toujours penser à la revente

Si les fonds ont l'inconvénient de faire travailler les salariés à flux tendu, à court ou moyen terme et sous la pression de la dette, ils offrent l'avantage de permettre la constitution de pôles. Finhera comme Le Moniteur sont appelés à grossir car Bridgepoint recherche un effet de taille profitable à partir d'un point de départ (« build up »). Dans le cas de la société audiovisuelle Finhera-Télé Images, où Bridge­point était entré il y a plus de huit ans, la moitié des fonds investis sont appelés à sortir d'ici à un an et une introduction en Bourse est envisagée. Le fonds l'a-t-il déjà anticipée ? Sans doute, car sa finalité est la création de valeur avec, comme dit Jean-Clément Texier, ­directeur médias de BNP Paribas, une particularité : « La stratégie du fonds, c'est que, au moment où il entre, il pense surtout à la sortie. C'est sa différence avec un éditeur. Le jour du mariage, il est déjà obsédé par le divorce. »

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