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Profession reporter amateur

28/09/2006 - par Delphine Le Goff

Nouvelle manifestation du journalisme « citoyen », les photographes amateurs investissent en force les journaux, qui encouragent les lecteurs à leur communiquer leurs clichés « volés ».

La photographie constitue une plongée dans l'horreur absolue. Nous sommes en Irak, suite à une explosion. Des marines ivres de peur et de rage menacent la population. Une femme, mater dolorosa, pleure un proche, soutenue par un vieillard furieux qui admoneste les soldats américains. On aperçoit, parmi les gravats de cette rue de Bagdad, des corps disloqués. Poignant. Sauf que tout est faux. La photo d'Éric Baudelaire, intitulée « Dreadful Details » (Effroyables détails) et exposée lors du récent Festival international de photojournalisme, à Perpignan, est une reconstitution, entièrement réalisée dans un studio hollywoodien, avec décor et figurants. Le photographe a voulu y recenser toutes les « figures imposées » de la photographie de guerre, y compris... le badaud qui photographie la scène avec son téléphone portable !

Scandale à Perpignan, où les photoreporters ont estimé que le procédé était irrespectueux de leur travail. A fortiori à un moment où le photojournalisme traverse une crise profonde, marquée notamment par l'apparition des photographes amateurs. Les clichés de ces non-professionnels faisaient à l'origine les joies de la presse people, friande de ces images à la sauvette de stars en goguette au supermarché, voire le nez dans la poudre, comme l'inénarrable Kate Moss. Désormais, les photojournalistes du dimanche ont leurs propres agences, Scoopt, Scooplive, Splash ou encore la française Fotolia, qui assure que certains de ses membres vendent pour plus de 1 000 euros de photos par mois.

Lame de fond ou emballement médiatique ? Jean-François Leroy, directeur du festival de Perpignan, a tranché. « C'est un mythe, un truc de journaliste », estime-t-il. Dirk Halestead, porte-étendard du photojournalisme à l'américaine, n'est pas plus ­impressionné : « La qualité de ces images est tellement mauvaise... Un amateur peut, au mieux, prendre une bonne image par année, alors qu'un professionnel comme James Natchwey en prend trente. »

La vidéo, vrai péril pour les photojournalistes

Certes. Mais qu'en pensent vraiment les lecteurs ? Selon le sociologue des médias Denis Muzet, présent à Perpignan pour un séminaire, la photographie du quidam, même pixelisée et mal cadrée, est désormais vécue comme plus authentique que celle du professionnel. Plus sincère, aussi. « Ce désir de témoigner est une tentative de réappropriation du monde , analyse le sociologue. Chacun veut être acteur de son destin et ­coproduire la société dans laquelle on vit. »

Bild en Allemagne fait appel à des lecteurs-paparazzi. Mais la presse trash n'est plus la seule à faire appel aux amateurs. Des quotidiens, tel le gratuit 20 Minutes, comptent développer les échanges multi-médias avec leurs lecteurs. Une tocade, selon Régis Durand, directeur du musée du Jeu de paume, consacré à la photographie. « C'est du marketing pur, juge-t-il. Un truc que les journaux ont trouvé pour mieux se tourner vers leurs lecteurs, un peu comme les politiciens sollicitent hypocritement dans leur blog l'avis de leurs électeurs. »

Que les amateurs continuent à se prendre pour Robert Capa avec leur téléphone portable... Le vrai péril, pour les photojournalistes, n'est pas là. Il serait plutôt du côté de l'image en mouvement, la vidéo. Les vidéos des téléspectateurs ne sont plus cantonnées à l'émission Vidéo gag. Exemple : la chaîne LCI se propose, dans LCI est à vous, de diffuser les meilleures vidéos des internautes. De leur côté, des titres comme le New York Times privilégient déjà de courtes séquences vidéo pour couvrir l'actualité sur leur site Web, et forment à cet effet leurs photographes. Et, dès la fin 2007, les journalistes du Dallas Morning News n'auront plus accès aux bons vieux appareils photographiques, mais à de petites caméras vidéo en haute définition. La photo, futur sous-produit de la vidéo ?

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