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À Libé, le patron de la dernière chance

24/11/2006 - par Amaury de Rochegondeet Muriel Signouret

Laurent Joffrin, nouveau PDG de Libération, a réussi son retour en profitant de ses connaissances dans les milieux d'affaires et en faisant une campagne discrète.

En 1984, alors jeune journaliste au service économique de ­Libération, Laurent Joffrin ­intervenait sur Antenne 2 dans une émission animée par Yves Montand et inspirée par Alain Minc. Intitulée Vive la crise !, elle se voulait une synthèse entre le discours de gauche et le capitalisme. Vingt-deux ans plus tard, Yves Montand n'est plus, mais Laurent Joffrin est le nouveau patron de Libération et Alain Minc conseille son actionnaire principal, Édouard de Rothschild. Les deux hommes pourraient-ils encore une fois lancer leur célèbre formule, « Vive la crise ! » ?

Une chose est sûre : le « film d'horreur », comme dit Laurent Joffrin, que vient de vivre Libé a débouché sur une séquence moins funeste. Le plan de reconquête proposé par l'ancien directeur de la rédaction du Nouvel Observateur a été approuvé vendredi 17 novembre par les salariés (56 % des suffrages exprimés). Et le conseil d'administration l'a entériné trois jours plus tard. Laurent Joffrin, nommé PDG, s'engage désormais à relancer le titre sur une quarantaine de pages, en se proposant de « donner la parole au peuple », en bannissant « l'arrogance médiatique » et en étant « de plain-pied » non avec l'élite, mais avec ceux qui souffrent des « duretés du marché ».

Le retour de Laurent Joffrin dans ce journal, dont il a dirigé la rédaction de 1996 à 1999, n'est pas le fruit du hasard. Dès la reprise du titre à 38,8 % par Édouard de Rothschild en janvier 2005, le journaliste aurait été en contact avec une de ses conseillères, Agnès Touraine. L'ancienne patronne de la branche édition de Vivendi Universal, époque Jean-Marie Messier, est une vieille connaissance qui partage avec Laurent Joffrin la passion du bateau. Lorsque le nom d'Edwy Plenel est évoqué en conseil d'administration, c'est elle qui se propose de contacter Laurent Joffrin, dont le nom vient alors d'être suggéré par la Société civile des personnels de Libération (SCPL), deuxième actionnaire du titre - qui retiendra finalement le plan de Plenel. Puis, cet été, Édouard de Rothschild demande à rencontrer celui qui est encore patron de la rédaction d'un hebdomadaire en pleine forme, Le Nouvel Observateur. « Je lui ai dit : « Et Plenel ? », raconte Joffrin. Il m'a dit : « Je n'ai pas confiance. » Je lui ai demandé pourquoi, il m'a répondu : « Je ne le sens pas. » » À la différence de son rival, Laurent Joffrin va se garder de jouer sur les dissensions intestines. Et demande une simplification des ­lignes hiérarchiques. « Ce journal souffre de blocages internes, expliquait-il devant les journalistes, au Press Club le 16 novembre. Il y a énormément d'idées mais aussi un manque de décisions. [...] Si les journalistes de Libé avaient passé le temps qu'ils ont passé en AG à écrire des articles, on n'en serait pas là. » En clair, l'heure n'est plus au débat démocratique. Laurent Joffrin veut remettre les chefs à l'écriture et assumer le pouvoir. Il se fait fort d'emporter l'adhésion de la rédaction, plutôt circonspecte, et des journalistes extérieurs (pour lesquels il a rappelé l'ancienne attachée de presse de Libération, Isabelle Euverte). Le 16 novembre, il passe donc son grand oral, devant les salairés le matin et l'après-midi dans la presse. Il veut être PDG et se propose de nommer à terme un directeur de la rédaction.

Un homme d'influence

Question : pourquoi quitter une place enviée au Nouvel Obs pour s'embarquer dans la galère Libé ? Certes, Laurent Joffrin éprouve une profonde affection pour ce journal auquel il a consacré dix ans de sa vie. Il faut aussi compter avec son ambition de diriger un quotidien. L'indépendance de la rédaction lui a été garantie par Édouard de Rothschild : « Je ne vais pas, à cinquante-quatre ans, commencer une carrière de marionnette », clame-t-il. « Il en a sans doute assez d'être le numéro deux », observe Olivier Coste­malle, journaliste à Libération. Un second que Claude Perdriel, PDG du Nouvel Observateur, n'a jamais érigé en dauphin...

Laurent Joffrin, qui veut être le sauveur du quotidien, aurait-il le goût du pouvoir ? « Non, rétorque un autre journaliste, qui a travaillé à ses côtés dans les années quatre-vingt. À la différence d'Edwy Plenel, Laurent Joffrin n'est pas un homme de pouvoir, tout juste un homme d'influence. » Pris en étau entre une équipe qui a voté pour lui « le revolver sur la tempe » et un actionnaire qui le considère comme son meilleur joker, il devra en tout cas faire preuve de dextérité pour gérer sa première crise : le plan social de Libération. Alors que la SCPL ne veut pas aller au-delà de 66 départs, Laurent Joffrin a expliqué mardi 21 novembre sur France Info qu'environ 200 salariés sont nécessaires à la fabrication d'un « bon journal ». Libération emploie aujourd'hui 280 personnes.

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