Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

Informez-vous, c'est donné

14/12/2006 - par Amaury de Rochegonde

Les Français sont devenus des consommateurs d'information gratuite et 64 % des 15-34 ans déclarent s'en contenter. Le payant est-il mort ? Non, mais l'offre a intérêt à être à la hauteur.

L'année 2006 restera-t-elle celle de l'avènement de la gratuité des contenus ? Après avoir commencé par un débat sur la licence globale de la musique en ligne, elle devait se terminer par le lancement attendu d'un quotidien gratuit du matin, signé Bolloré et Le Monde. Entre les deux, Direct soir a été créé, 20Minutes et Metro se sont hissés parmi les cinq quotidiens nationaux les plus lus, les majors du disque EMI et Universal ont annoncé leur intention de financer par la publicité un accès libre à leur catalogue, la vidéo partagée s'est imposée sur Internet, la TNT gratuite n'a cessé de monter en puissance, etc.

Si on ajoute la fréquentation accrue des portails ou des sites de presse, une idée s'est imposée comme une évidence : l'info, c'est donné ! Un sondage Ipsos en témoigne : 53 % des Français considèrent que demain, toute l'information sera accessible gratuitement, que ce soit sur le papier ou en ligne. Si les plus de 35ans continuent majoritairement à donner leur préférence aux journaux payants, 64 % des 15-34ans déclarent pouvoir se satisfaire d'une information gratuite.

Faut-il en déduire que, pour une génération née avec le numérique, la presse payante est un peu comme la bougie au moment de l'invention de l'électricité : une industrie bien établie, mais vouée à la raréfaction ? « Le gratuit a gagné en termes de média de masse. Il est aujourd'hui la norme », estime Hervé Barbot, directeur général adjoint d'Ipsos Média. Il profite en cela non seulement d'une capacité à informer au même titre que les payants, mais aussi d'une valeur d'usage fondée sur la commodité : il permet d'accéder rapidement à l'actualité ou d'occuper un temps de transport.

Cela ne va pas, bien sûr, sans dommages collatéraux : « Celui qui touche l'argent n'est plus celui qui édite l'information, mais celui qui l'agrège, analyse le sociologue Jean-Louis Missika. L'enjeu pour la démocratie, c'est que l'information générale, qui a pour but d'informer le citoyen, n'est plus perçue comme devant être payante. Alors que l'économie de la presse continue d'être caractérisée par des coûts très lourds de fabrication et de distribution, il n'y a pas de renouvellement des générations dans la consommation des journaux. »

Question de valeur ajoutée

L'avenir des éditeurs de contenus payants passe-t-il alors par le gratuit ? « Il n'y a plus de débat sur Internet. L'accès est gratuit, tout est "open". Ceux qui ont fait le choix d'être en partie payants sont attaqués par les contenus gratuits », relève Marc Feuillée, président du groupe Express-Expansion. Les sites de presse grand public ont tous choisi de rester en grande partie en accès libre. Blogs, vidéos, photos... Les contenus se sont enrichis avec des équipes spécifiques encore difficiles à rentabiliser, le coût publicitaire pour mille lecteurs en ligne étant très faible en France (15euros, soit trois fois moins qu'au Royaume-Uni).

Pourtant, cela ne signifie pas qu'il n'y a plus d'avenir pour l'info payante. « À vrai dire, explique Hervé Barbot, 65 % des gens déclarent : "Peu importe le prix et la publicité, je choisis les journaux parce qu'ils me plaisent et que je leur fais confiance". C'est la relation à la marque qui prime. » Ce qui témoigne aussi d'une réalité : les lecteurs ont encore du mal à faire la différence, en termes de contenus, entre payant et gratuit. « La question en suspens, commente Jean-Louis Missika, est de savoir si les grandes marques d'information arriveront à augmenter la qualité de leur service d'info de manière à se distinguer nettement de l'info de commodité, gratuite. » Car les Français sont prêts à mettre la main au porte-monnaie pour une valeur ajoutée, un engagement éditorial, un service particulier... « Mais on ne paye plus pour un attentat en Irak, ou quand l'euro grimpe », conclut Hervé Barbot.

Envoyer par mail un article

Informez-vous, c'est donné

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.