Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

La techno au coeur de la bataille de l'info

14/12/2006 - par Muriel Signouret

Avec France 24, l'Hexagone a fait son entrée, début décembre, dans l'arène de l'actualité télévisée internationale. Pour se distinguer, la chaîne mise, entre autres, sur les nouvelles technologies.

La France a désormais une voix. Et des visages. Ils se sont affichés sur les écrans géants des Champs-Élysées, mercredi 6 décembre, lorsque la très attendue « CNN à la française » a commencé à émettre sur Internet puis, le lendemain, sur le câble et le satellite à destination de quelque quatre-vingts millions de foyers dans le monde. Avec France 24, nul ne peut plus ignorer comment le pays dirigé par Jacques Chirac voit l'actualité mondiale, qu'il soit à Ouagadougou, Stockholm, Washington ou Ryad. Au moment même où l'aura diplomatique de la France pâlit, une chaîne d'information internationale en continu, créée sous l'impulsion de l'Élysée, la propulse dans la cacophonie médiatique, jusque-là dominée par les CNN, Fox News, BBC World et Al Jazira. « C'est ce regard français sur les faits qui va nous distinguer de nos concurrentes. France 24 aura une position plus balancée, entre la vision anglo-saxonne et celle d'Al Jazira », affirme Jean-Yves Bonsergent, le directeur général en charge des technologies et de la distribution.

Au-delà de cette spécificité éditoriale, la dernière-née des chaînes d'info internationale a fortement misé sur les nouvelles technologies. « Ici, il n'y a pas de cassettes. La chaîne fonctionne uniquement grâce à l'informatique », souligne Jean-Yves Bonsergent. Frédéric Brochard, directeur des technologies, a été chargé de concevoir « le système France 24 » avec un budget de 17 millions d'euros... Une somme arrêtée en 2003 par les deux actionnaires, France Télévisions et TF1, alors qu'il était bien difficile de prévoir les frais que pouvait engager une chaîne internationale.

Malgré cette contrainte, le responsable des technologies de France 24 a relevé le défi en équipant les cent soixante-dix journalistes d'un poste de travail polyvalent. « À partir d'un seul poste, explique-t-il, ils peuvent réaliser six opérations qui nécessitaient jusqu'à présent du matériel et du personnel supplémentaires : la captation d'images, le montage, le mixage, la préparation des synthétiseurs, l'envoi vers la régie et l'adaptation pour le Web. » Coût de cet ordinateur à tout faire, où sont archivées 3 000 heures d'images numériques, là où France2, par exemple, ne dispose que de 600 heures : 20 000 euros environ.

Reporters hyperréactifs

Les grands reporters et autres JRI (journalistes-reporters d'images) sont aussi dotés d'un équipement dernier cri. À l'entrée de la « newsroom », un plateau de 1 000 m2 où se côtoient les rédactions française, anglaise et bientôt arabe, un local tient à leur disposition un petit sac à dos d'une quinzaine de kilos, renfermant leurs outils de travail : un pied, un téléphone, un ordinateur portable et une petite caméra professionnelle haute définition, munie d'une carte P2 qu'il suffit de ficher dans son PC pour traiter les images. « Avant, il fallait trois personnes et une centaine de kilos pour aller couvrir l'Afghanistan », commente Jean-Yves Bonsergent.

Le temps est bien révolu où un reporter de guerre prenait des risques inconsidérés pour envoyer son sujet à l'horaire réservé sur le faisceau satellite. Fini aussi les coûts d'expédition des images, qui pouvaient se chiffrer entre 10 000 et 50 000 euros ! Restera toutefois à trouver une connexion ADSL au fin fond des montagnes afghanes, pour envoyer le reportage au siège de la chaîne, à Issy-les-Moulineaux, en banlieue parisienne...

Les reporters de France 24 - une dizaine de JRI au total - ne sont pas les seuls à disposer d'un matériel qui les rend hyperréactifs. La chaîne Al Jazira en anglais (« Al Jazeera English »), lancée trois semaines avant France 24, a massivement investi dans les nouvelles technologies. Combien ? Tout comme le budget qui lui est consacré par le richissime émir du Qatar, le montant de ces investissements reste un secret bien gardé. « Nos correspondants, qu'ils soient envoyés spéciaux ou installés dans l'un de nos soixante bureaux, pourront diffuser en direct et immédiatement leur sujet », affirme Nigel Parsons, le directeur général d'AJE.

Face à cette jeune et dynamique concurrence, la BBC World a dû s'aligner. « La première étape a été de passer en haute définition. Puis, nous avons équipé nos 250 corres-pondants de la technologie V Point. Munis d'une petite caméra et d'un ordinateur portable léger, ils peuvent couvrir en direct des zones d'où il était jusqu'alors difficile d'obtenir des images. Et si la connexion ADSL est impossible, ils ont à leur disposition un BGan, un petit terminal satellite qui pèse quelques kilos à peine et offre une connexion à 256 kps de débit », explique Richard Porter, le directeur de l'information à BBC World.

Journalisme participatif

Qui dit nouvelles technologies dit interactivité. Cela révolutionne aussi la manière de traiter l'information internationale. Autrefois réservée aux blogs et autres forums de discussion, la participation des téléspectateurs est désormais encouragée. À France 24, l'émission hebdomadaire d'Ulysse Gosset diffusée le vendredi soir, Talk de Paris, permettra au public de poser des questions à l'invité. Un concept inspiré de Have your say, un programme phare lancé sur BBC World en 2004, qui est décliné depuis début décembre pour les jeunes avec My Generation next.

« Nous avons intégré le journalisme participatif car il y avait une vraie demande de notre audience. Durant la guerre du Liban, cet été, nous avons reçu plus de 130 000 courriels de gens qui voulaient nous raconter leur histoire ou commenter les évènements », explique Richard Porter, de la BBC World, qui veille à distinguer le contenu des téléspectateurs et celui réalisé par les journalistes professionnels. Même stratégie du côté de Doha, le siège d'AJE : « Al Jazira en anglais vient d'inaugurer Listening Post, un programme hautement interactif puisqu'il permet aux téléspectateurs d'être vus et entendus, via des webcams ou des téléphones portables, sur n'importe quel sujet diffusé par notre chaîne », indique Nigel Parsons.

Différence de moyens financiers

Sur ce sujet, l'état-major de France 24 avance prudemment. « On développera réellement l'interactivité dans un deuxième temps, en 2007, admet Jean-Yves Bonsergent. Une chose est certaine : le public ne dictera pas notre ligne éditoriale, mais il nous guidera dans l'approfondissement de certains sujets, puisque nous pourrons visualiser sur notre site Internet les centres d'intérêt des téléspectateurs internautes, grâce au nombre de clics effectués sur tel reportage. »

La guerre des chaînes d'information internationale s'intensifie et chacun semble fourbir les mêmes armes pour séduire la même cible, à savoir les leaders d'opinion de la planète. À une différence près : les moyens financiers. France 24, même si elle jouit des correspondants ou encore des téléports de ses deux maisons mères, est dotée d'un budget de 86 millions d'euros, tandis que celui de CNN et de BBC World se compte en centaines de millions. Le président de la chaîne française, Alain Pouzilhac, mise toutefois sur la publicité pour arrondir les fins de mois de France 24, en tablant sur des recettes annuelles de 30 millions d'euros environ dans trois ans. Reste que le gâteau publicitaire international n'est pas non plus extensible à l'infini. Un front supplémentaire dans la bataille de l'information internationale.

Envoyer par mail un article

La techno au coeur de la bataille de l'info

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.