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Cas de conscience pour les sites de presse

18/01/2007 - par Amaury de Rochegonde

La pendaison de Saddam Hussein a suscité des débats au sein des rédactions Web : faut-il montrer des images choquantes mais non dénuées d'informations, ou les laisser aux autres acteurs du Net ?

Ce 12 janvier, Fabrice Rousselot, responsable du site Web de Libération, visionne une vidéo venue d'un blog d'un pays arabe. Il s'agit d'images insoutenables de tortures et d'abus sexuels commis dans un commissariat égyptien sur un suspect de vingt et un ans. Question : faut-il associer à l'article du correspondant du Caire la vidéo tournée par un téléphone portable et montrant que la torture est une réalité policière en Égypte ? Finalement, ­Fabrice Rousselot a tranché : le site de Libé ne renverra sur aucun lien ni aucune image. « C'est la responsabilité des sites de presse, explique-t-il. Dans la grande foire à l'image qu'est Internet, il faut faire preuve de ­rigueur dans ce qu'on montre. Et je m'inquiète de la dérive de certains sites, qui lui préfèrent l'audience. »

L'audience ? La diffusion des images de la pendaison de Saddam Hussein, le 30 décembre 2006, a fait débat à la télévision, où seule BFM TV a pris le parti de dévoiler l'exécution dans son intégralité. Sur les sites de presse, où la vidéo est devenue un support de plus en plus prisé, le débat a en revanche été plus limité en cette période du nouvel an. On a pu voir des images de l'exécution sur liberation.fr, lexpress.fr, lenouvelobs.fr ou encore 20minutes.fr.

« Événement historique »

Avec l'arrivée d'une nouvelle vidéo, pirate, montrant l'ex-dictateur hué avant l'ouverture de la trappe, la question se pose : faut-il prendre le risque du voyeurisme pour faire connaître un document visible sur les blogs ou sur Youtube ? « Nous n'avons pas beaucoup hésité, car nous n'avons pas recherché l'audience mais l'information, explique Christian ­Makarian, directeur de la rédaction de L'Express. On entend plus qu'on ne voit : les invectives prononçant le nom du chef chiite Moktada Sadr témoignent que l'exécution a été vécue comme une vengeance contre les sunnites. Mais nous n'avons pas mis en ligne le cadavre sanguinolent, purement obscène, et le lancement de la vidéo était un acte volontaire. » Près de 40 000 personnes en quatre jours ont visionné la vidéo sur le site de L'Express. Le dossier Saddam dans son ensemble a totalisé 850 000pages vues. À comparer avec le million de pages vues générées par le scoop de lexpress.fr sur le départ de Johnny Hallyday pour la Suisse.

Le Nouvel Observateur, qui avait retiré de son site la décapitation de l'otage américain Nick Berg à la demande de son directeur Laurent Joffrin en mai 2006, n'a pas non plus attendu avant de proposer trois vidéos sur l'exécution de Saddam Hussein, y compris celle montrant le cou brisé de l'ancien raïs. « Il n'y a pas eu de vrai débat en interne, reconnaît Patrick Fiole, rédacteur en chef Internet. Nous aurions fait moins d'audience sans cela, mais ce n'était pas le but premier. C'est un événement historique et il n'y a pas de meilleure dénonciation de la peine de mort. À la différence de la télévision, la consultation d'une vidéo est un acte voulu et a peu de chances d'être effectuée par un gosse de cinq ans. »

Reste que la participation insouciante à une place de Grève virtuelle est loin d'être anodine, comme en témoignent les réactions choquées d'internautes sur le blog de Jean-Marc Morandini. Dans quelle mesure la diffusion d'une vidéo est-elle attentatoire à la dignité humaine, fût-elle celle d'un despote ? Dans quelle mesure les sites de presse ont-ils intégré la concurrence des blogs et des portails vidéo qui, comme l'a souligné Maurice Lévy, président de Publicis Groupe, le 9 janvier au Sénat, peut coûter les points d'audience (lire en page 26) nécessaires à l'équilibre des médias ? Pour Fabrice Rousselot, en tout cas - dont le site ­liberation.fr n'a pas été jusqu'à diffuser la pendaison elle-même - « la limite entre information et voyeurisme a été franchie ».

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