01/02/2007 - Dans les journaux, les nécrologies de personnalités sont le plus souvent préparées à l'avance. En attendant la date fatidique...
Lundi 22 janvier, 6 h 30. La nouvelle de la mort de l'abbé Pierre se propage sur les ondes. C'est l'information du jour. « Dès 10 heures, nous avons décidé de sortir un numéro spécial. Tous les journaux allaient avoir la journée pour traiter la nouvelle. On a voulu taper fort », explique Vincent Giret, directeur adjoint de la rédaction du Parisien. Le quotidien est le seul à avoir consacré autant de place - 18 pages - à l'abbé Pierre. « C'est la personnalité préférée des Français. Et nos lecteurs étaient très attachés à lui. Avec ce numéro, nous sommes en plein dans notre ligne », ajoute Vincent Giret. Les chiffres des ventes du jour, qui devaient être communiqués le 1er février, viendront, ou pas, confirmer ce pari.
Si les numéros spéciaux consacrés à des personnalités décédées restent rares, la nécrologie est, elle, un exercice récurrent pour les journalistes. Un travail alimenté au quotidien. « La règle au Monde, c'est de travailler les nécrologies durant l'été. Pendant l'année, les journalistes sont trop pris par l'actualité », raconte Serge Bolloch, directeur adjoint de la rédaction du Monde chargé de la cellule de veille. Au Figaro, une soixantaine de « nécro » de personnalités sont ainsi au « frigo », prêtes à être publiées à l'annonce du décès de l'une d'entre elles. Ainsi, les papiers sur l'abbé Pierre ou sur l'écrivain Jean-François Deniau, disparu la même semaine, étaient prêts depuis longtemps. « Lorsque les personnes avancent en âge, qu'elles sont malades ou simplement très connues, on enclenche la préparation de leur nécro », explique Yves Thréard, directeur adjoint de la rédaction du Figaro.
Bouclages tardifs
Hommes d'État, personnalités politiques, vedettes du cinéma sont évidemment sur ces listes « noires » des journaux. Excepté Fidel Castro, difficile toutefois de savoir qui sont les prochains « potentiellement morts » car le sujet reste tabou. « Je viens de terminer la nécro de Jean-Marie Le Pen », ose Renaud Dély, directeur adjoint de la rédaction de Libération. « La nécrologie est un exercice délicat. Écrire sur la mort de quelqu'un que l'on va encore croiser pendant des mois ou des années, c'est paradoxal ! », estime Serge Bolloch, au Monde.
Le comble ? Quand une personnalité s'éteint après l'auteur de sa nécrologie. Ce fut le cas pour le pape Jean-Paul II ou l'abbé Pierre, décédés à un âge avancé. « Michel Castaing, l'auteur de la nécrologie sur l'abbé Pierre [pour Le Monde], est mort l'an dernier. Nous l'avons bien sûr précisé. Il avait très bien connu l'abbé Pierre, son papier restait pertinent », raconte Serge Bolloch. Au Parisien, en revanche, il n'y a pas officiellement de nécrologies en stock. « Sur les dix-huit pages consacrées à l'abbé Pierre, seul son portrait était déjà rédigé», précise Vincent Giret. Une audace que le quotidien peut se permettre grâce à ses horaires de bouclage très tardifs. Au Monde, on est moins détendu : « Même si Fidel Castro meurt à 9 h, il faut qu'à 10 h 30 le journal sorte avec l'information. Notre marge de manoeuvre reste faible », souligne Serge Bolloch.
Le Parisien mise davantage sur des papiers dans l'air du temps avec, par exemple, un article consacré au mouvement associatif des Enfants de Don Quichotte dans le numéro sur l'abbé Pierre. Car l'actualité va vite et transforme le regard sur les événements. Ainsi, d'un spécial Cuba de huit pages initialement prévu pour la mort de Fidel Castro, Le Monde est passé à un projet de deux pages davantage centrées sur le Líder Máximo. « En dix ans, notre vision du monde a beaucoup changé », conclut Serge Bolloch. Sur les morts aussi souffle le vent de l'actualité.
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