
05/04/2007 - Cinq journalistes étrangers en poste à Paris analysent le traitement de la campagne présidentielle par leurs confrères français à l'aune de leurs propres coutumes.
Souvent taxés de connivence avec la classe politique, les journalistes chargés de suivre la campagne électorale suscitent la méfiance des citoyens, qui s'emparent désormais du micro et s'expriment sur des blogs au vitriol. Parfois sévères avec leurs confrères français, les correspondants étrangers basés en France ne sont toutefois pas dupes : dans leur pays aussi, ils doivent manoeuvrer entre les pressions des candidats et les discours élaborés par les communicants. Pour ce faire, chacun a ses méthodes et... ses règles déontologiques.
Alessandro Grandesso (Corriere Della Sera)
« La campagne qui a opposé il y a un an Silvio Berlusconi à Romano Prodi était beaucoup plus féroce qu'en France, se souvient ce journaliste installé à Paris depuis dix ans. La plupart des médias alimentaient cette confrontation, d'abord parce que leur positionnement politique est beaucoup plus tranché, mais aussi parce qu'ils recherchent l'élément dramatique. » Un penchant que les journalistes français n'auraient pas, selon lui. « En France, quand on a deux ou trois pages pour traiter de politique, on est forcément contraint de survoler le débat. Les journaux italiens nous laissent de la place, au sens propre du terme, pour la polémique », poursuit-il. Au risque de verser dans la politique politicienne...
Bruce Crumley (Time)
Bruce Crumley en est à sa troisième élection présidentielle française. Même s'il estime que ses confrères français n'ont pas vraiment tiré les leçons de leurs erreurs passées, en continuant notamment à couvrir la campagne au gré des innombrables sondages, il se garde bien de leur donner des leçons de journalisme. « Depuis le 11 septembre 2001 et la guerre en Irak, la réputation du journalisme politique américain en a pris un coup. Aujourd'hui, le journalisme anglo-saxon est davantage incarné par les Britanniques », juge-t-il. La faute à Bush ? « L'accès aux décideurs est plus limité qu'avant, à moins de copiner. Un piège dans lequel tombent de plus en plus de journalistes », analyse-t-il. Pour lui, cette campagne s'est également américanisée, voire « star-académisée ». « Le revers de la médaille, c'est que son niveau intellectuel a baissé », conclut le correspondant de Time.
Stephan Merseburger (2DF)
Outre-Rhin, la proximité, qui peut parfois devenir connivence, existe aussi entre reporters et hommes politiques. « Mais quand on est un PPDA, il en va de la crédibilité du média pour lequel on travaille de continuer à faire des interviews critiques », souligne Stephan Merseburger. Et c'est là que le bât blesse : « cette campagne n'a pas encore montré de vraies interviews politiques », insiste le correspondant. La faute au journalisme citoyen, à cause duquel le journaliste en est aujourd'hui réduit à passer le micro aux téléspectateurs venus poser leurs questions ? « L'émission diffusée sur TF1, J'ai une question à vous poser, est difficile à digérer pour un journaliste politique. Mais son taux d'audience laisse rêveur et l'Allemagne ne manquera sans doute pas de copier le concept », admet-il.
En mars 2007, Apco Insight et l'institut Thomas More ont interrogé 50 correspondants étrangers pour savoir ce qu'ils pensent de la campagne. Premier enseignement : s'ils pouvaient voter, ils choisiraient François Bayrou (22 %) et Ségolène Royal (18 %), mais 54 % pensent que Nicolas Sarkozy sera le prochain président. La plupart regrettent aussi un débat focalisé sur la politique intérieure. Enfin, 84 % jugent l'indépendance des médias français moyenne ou faible, et une majorité reconnaît la forte influence du Web et des blogs, selon eux beaucoup plus importante en France qu'ailleurs.
Réagissez à cet article
Merci de vous identifier afin de pouvoir publier un commentaire :
Identifiez-vous