Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

Lagardère Active Media, le géant fait sa mue

19/04/2007 - par Amaury de Rochegonde

LAM, qui réunit les activités presse et audiovisuel de Lagardère, cherche à prendre son envol sur Internet en signant des accords et en étudiant des proies potentielles.

Éloignez-moi ça ! » En entrant ce 11 avril dans la salle à manger jouxtant son bureau pour un petit déjeuner matinal, Didier Quillot, le patron de Lagardère Active Media (LAM), repousse une corbeille pleine de brioches et de chouquettes. L'homme se connaît bien : il sait que s'il s'écoutait, il engloutirait d'une bouchée les viennoiseries. Saura-t-il aussi résister à la tentation face à ces nouvelles gourmandises du Web que sont Dailymotion, ­aufeminin.­com et autres Skyblogs, qui génèrent plusieurs millions de visites chaque jour ? S'il écarte le dossier Sky - qui pousse son fondateur, Pierre Bellanger, à chercher un partenaire industriel sur Internet- et juge disproportionnée la capitalisation boursière du portail Aufeminin (260 millions d'euros), il se montre un peu moins catégorique en ce qui concerne le site de partage de vidéos : « Notre devoir est de regarder toutes les opportunités. Ce qui ne veut pas dire forcément faire des offres. »

Avec ses 34 millions de visiteurs uniques, Dailymotion a en effet de quoi forcer l'appétit : « Le Web 2.0 est un phénomène sociologique et marketing évident. Mais le modèle économique reste à valider », martèle-t-il. Il reconnaît néanmoins avoir appelé le président du site, Benjamin Benjbaum, pour le féliciter de son récent accord avec Universal Music et l'avoir vu au moment où celui-ci cherchait une régie publicitaire. De son côté, Dailymotion a confié un mandat à la banque d'affaires britannique Long Acre pour recevoir des offres éventuelles.

« Web farm »

Internet, à l'évidence, passionne ­Didier Quillot. Peu de temps après l'acquisition par LAM de Newsweb en décembre 2006 (sports.fr, ­boursier.­com, autonews.fr, etc.) pour 74 millions d'euros, il s'est empressé de récupérer les talents de cette société pour monter une « web farm ». Son rôle ? Développer la marque Journal du dimanche en la faisant migrer vers un quotidien en ligne grâce à des équipes mixtes Web et papier. Au final, le JDD en ligne est une réalité, même si les rédactions sont encore distinctes, à la différence de la radio Europe1. Objectif : laisser à chacun le temps de s'adapter à l'outil. Même s'il faut aller vite. Très vite. Lagardère Active Media s'est fixé pour but de réaliser 5 à 10 % de ses revenus avec le numérique d'ici à la fin 2009, contre moins de 1 % aujourd'hui. En mars, sept de ses sites comptaient entre 500 000 et 1 million de visiteurs (infobebe.com, elle.fr, ­premiere.fr, mcm.fr, europe1.fr, ­europe2.fr et psychologies.fr.) « Avant la fin de l'année, ils seront à plus d'un million de visiteurs », anticipe Didier Quillot. Le début d'une offensive dans le numérique ? On le dit également intéressé par evene.fr ou doctissimo.fr.

La semaine dernière, l'homme a encore éprouvé sa méthode. Elle peut se résumer ainsi : pas d'états d'âme sur le papier, priorité au Web. Fini la prétention initiale d'Hachette Filipacchi Médias, qui consistait à être un authentique groupe international jetant des têtes de pont dans un maximum de pays pour y développer des titres. La filiale norvégienne, éditrice des titres Elle et Elle Interior, est insuffisamment rentable ? Elle est vendue au premier groupe de presse du pays, qui versera des royalties dans le cadre d'une licence de marque. Didier Quillot veut aujourd'hui se concentrer sur des marchés-clés où le groupe occupe une position de leader ou de challenger. Parallèlement, il signe avec le groupe Psychologies un accord capitalistique (à 49 %) visant à développer en commun les activités Internet (psychologies.com, quelpsy.com, ­questionsexo.­com, testetvous.com et mood.fr). De nouveaux sites axés sur le bien-être devraient être lancés d'ici à la fin 2007.

En bon chef d'équipe amateur de rugby, le nouveau patron de Lagardère Active Media sait qu'il faut aller à la mêlée en s'appuyant sur ses joueurs les plus solides pour faire une percée dans le camp d'en face. Mais il n'est pas inutile d'observer les champions du Net qui sont en train, ailleurs, de se faire un nom. « Le portrait-robot de l'entreprise qui nous intéresse, c'est une boîte " pure player " qui a déjà une audience importante, qui compte parmi les deux ou trois leaders de son secteur, qui est sur l'un de nos sept segments de référence - féminin, auto, jeunesse, guide TV, musique, news et people-entertainment-, qui est rentable ou pas loin de l'être et qui est capable de synergies industrielles avec nos sites et nos marques », précise-t-il. Tout un programme...

Pôles de compétence

Mais si le Lagardère Media de Quillot rêve développement, il lui faut surtout penser intégration... et économies. La réorganisation du groupe, qui s'articule sur un axe bimédia, est indissociablement synonyme de migration numérique et de compression des coûts. C'est là toute l'astuce du plan Quillot. « Je suis convaincu qu'on peut faire de la syndication interne de façon à irriguer nos contenus sur l'ensemble de nos marques », explique-t-il. Ainsi, la chaîne Filles TV et le magazine Jeune&Jolie viendront bientôt alimenter un portail sur les jeunes filles. Une version enchanteresse d'une réalité plus prosaïque. Car l'objectif est de créer des « pôles de compétence », notamment sur l'art de vivre et l'automobile, qui traversent non seulement les médias, mais les différents titres de presse. Exemples : une rubrique décoration déclinée pour Paris Match et Télé 7 jours ou une chronique sur Europe 1 de ­Caroline Corvaisier, rédactrice en chef du Journal de la maison. « C'est un groupe où il y a des journalistes talentueux partout, ajoute l'ancien patron d'Orange. Il faut que ces talents irriguent l'ensemble de nos médias. Mon souhait est de systématiser les bonnes pratiques existant dans le groupe. »

Cet acte de foi n'en suscite pas moins quelques inquiétudes en interne. Quid des contrats de lecture qui font la spécificité de chaque titre de presse ? Les synergies ne risquent-elles pas de brouiller l'identité des marques ? Didier Quillot assure qu'il a hautement conscience de ces contrats moraux qui unissent ses magazines à leurs lecteurs et annonceurs. Sans parvenir tout à fait à rassurer ses troupes. D'autant que cette mutation s'accomplit dans un contexte de tension sociale après l'annonce brutale d'un plan de départs volontaires, qui sera mis en place avant l'été et qui vise à supprimer « 7 à 10 % des effectifs en France ». « Il n'y aura pas de licenciement sec, répète-t-il. Ce plan sera suffisamment attractif pour qu'une personne désireuse de partir puisse le faire dans de bonnes conditions, en termes de mesures d'accompagnement et d'aides au départ. »

Mutation du métier de journaliste

Reste qu'il lui faudra gérer parallèlement l'autre versant de sa stratégie : le recrutement d'équipes numériques, sous la responsabilité de Julien Billot (ex-Orange). Pas simple d'embaucher au moment où l'on débauche ! Et comment convaincre que la convergence numérique est davantage qu'un beau prétexte trouvé à un banal plan de restructuration ? Didier Quillot réaffirme l'urgence d'une nécessaire « mutation du métier de journaliste vers le multimédia ». Il rappelle que le numérique a « eu de l'impact sur la façon d'écrire aux États-Unis », que les métiers du groupe doivent se transformer sous la pression de revenus en baisse dans l'imprimé... « Je ne souhaite pas une société à deux vitesses : ceux qui font le papier et ceux qui font Internet », clame-t-il. Ce sera sans doute là son épreuve de vérité : arriver à une fusion des cultures tout en réussissant le rapprochement de l'écrit et de l'audiovisuel.

Envoyer par mail un article

Lagardère Active Media, le géant fait sa mue

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.