
26/04/2007 - Grâce à des images inédites et à un ton incisif, les Web TV politiques ont émergé pendant la campagne électorale. Mais leur modèle économique reste à inventer.
Des images inédites de l'arrestation d'un sans-papier devant l'école de la rue Rampal, à Paris, sur Latelelibre.fr, à celles, intimes, de François Bayrou sur Ipol.fr, en passant par les interviews de Karl Zéro dans le JT 2 Zéro hébergé par AOL, les Web TV politiques ont fait parler d'elles ces dernières semaines. Leur irruption dans la campagne présidentielle en a même fait des acteurs à part entière dans les stratégies médias des candidats. Avec leur nouveauté de ton et de format, seraient-elles les radios libres du XXIe siècle ? « Le Web 2.0 permet de travailler très facilement et d'entretenir notre ton décalé », raconte John-Paul Lepers, ancien de Canal + et fondateur de La Télélibre. Et de vanter le caractère nouveau média des Web TV. « Nous avons choisi le nom La Télélibre parce qu'il contraint à ne pas fabriquer et à ne pas faire de compromission. Nous en avions assez du formatage et des séquences courtes de la télévision. »
Le producteur d'Ipol, Pierre-Étienne Pommier, défend la même approche : « Nous n'avons pas de grille, ni d'horaires à respecter. Tout est plus facile, pour nous comme pour l'internaute. La consultation d'une Web TV s'apparente plus à celle d'un magazine qu'à celle d'une télévision classique. » Ces Web TV politiques ont rencontré leur public. Sur Ipol, le nombre de visionnages pour les différents magazines oscille entre 30 000 et 50 000 (pour le numéro consacré à Ségolène Royal). Pas mal, pour un magazine qui existe au format hebdomadaire depuis janvier. Du côté de La Télélibre, on tourne autour de 12 000 visites uniques sur le site chaque jour.
Liberté éditoriale
Si sa formule séduit, reste à trouver un modèle économique viable. Les pistes explorées sont très différentes. Les plus avancés dans la réflexion sont Karl Zéro et AOL. Ils ont fait un choix clair : celui de la publicité. Résultat : Coca-Cola Zéro et la Maaf font leur promotion au début et à la fin de chaque JT. « La seule solution est de vivre de la publicité, affirme Karl Zéro. Si on ne le faisait pas, le Net ne serait plus gratuit. » Et la liberté éditoriale, dans tout cela ? « Nous travaillons de concert avec AOL, sans interférence des annonceurs », assure-t-il.
John-Paul Lepers voit les choses différemment. Pour lui, La Télélibre doit rester vierge de publicité. Il veut tenir pendant un an mais se dit conscient du problème économique. Du coup, son équipe réfléchit à un nouveau modèle. « Nous cherchons des investisseurs qui accepteraient de parier sur notre contenu éditorial, qui peut fâcher », confie John-Paul Lepers. D'ailleurs, La Télélibre a récemment diffusé la déclaration de Rachida Dati, porte-parole de Nicolas Sarkozy, qui déclarait vouloir devenir « ministre de la Rénovation urbaine à coup de Kärcher ». Si aucun investisseur ne se manifeste, John-Paul Lepers envisage de faire payer un abonnement aux internautes, transformant ainsi La Télélibre en chaîne à péage.
Dans ce concert du tout-positif, une voix tranche : celle du producteur d'Ipol, Pierre-Étienne Pommier. « Je ne crois absolument pas à un modèle économique viable, tout simplement car cela coûte cher de faire un travail professionnel, juge-t-il. On ne fait pas de la télévision, fût-ce sur le Web, avec un téléphone portable. De plus, sur le Net comme sur le papier, il faut cinq ans de trésorerie pour lancer un média. Or aucune des Web TV n'a pour le moment ces moyens. » Aussi envisage-t-il Ipol comme le vaisseau amiral d'une société de production de contenus audiovisuels destinés à des partenaires institutionnels. Les Web TV ont pris la parole, il ne leur manque plus que l'argent.
www.ipol.fr.
www.lejt2zero.fr
www.latelelibre.fr
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