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Les journaux redécouvrent les vertus de l'opinion politique

10/05/2007 - par Amaury de Rochegonde et David Medioni

La presse d'information générale n'a pas hésité à se mobiliser en faveur de tel ou tel candidat à la présidentielle. Effet garanti sur les ventes.

Faut-il mettre sur le compte d'un engagement nouveau des journaux la très forte participation des Français à l'élection présidentielle ? Pour Cyril Lemieux, sociologue des médias à l'École de hautes études en sciences sociales, « les engagements multiples de la presse écrite à l'occasion de cette campagne marquent un retour à la tradition française d'une presse qui défend des opinions ». Face à des médias audiovisuels tenus à l'impartialité par le Conseil supérieur de l'audiovisuel, les journaux sont en effet libres d'exprimer leur soutien à un candidat ou, même, leur détestation d'un autre.

C'est à gauche que la prise de ­position a été la plus vive. Avec un certain succès. Libération, qui a titré « À gauche ! » la veille du premier tour, a mené une campagne quasi militante qui a contribué au redressement de ses ventes : « C'est manifeste, on vend mieux, constate Laurent Joffrin, son PDG. Nous progressons de 17 % en ventes au numéro au cours du mois d'avril alors qu'il y avait le CPE en avril 2006. Par souci démocratique, nous nous sommes engagés pour que la gauche soit au deuxième tour. Ce qui ne nous interdit pas de parler de Bécassine ou de dire que Sarkozy a fait un bon discours. Mais nous nous sommes prononcés pour Royal en fonction de nos valeurs et de nos idées. » Jean-Marie Colombani, patron du Monde, était semble-t-il sur la même ligne en écrivant le 4 mai : « Ségolène Royal a esquissé un " désir " de changement, tracé une perspective. Sa victoire lui donnerait l'autorité pour engager ce travail de réinvention indispensable. C'est un pari. Pour le pays, il mérite d'être tenté. » Une prise de position qui contraste avec les opinions d'Alain Minc, président du conseil de surveillance du Monde, favorable à Nicolas Sarkozy.

Resserrer les liens

Clarté aussi au Nouvel Observateur, qui a augmenté ses ventes de 20 % sur les quatre premiers mois de 2007. En lançant la candidate Ségolène Royal, avec son titre « Et si c'était elle », l'hebdo affirme avoir été surtout sensible à un message « humaniste et social-démocrate ». « Nous avons trouvé qu'elle incarnait un renouveau de la pratique politique et de la gauche socialiste classique, explique Guillaume Malaurie, codirecteur de la rédaction. Ségolène Royal était en adéquation avec nos valeurs d'ouverture et de tolérance, donc nous l'avons soutenue. » Se refusant à être « neutre et équidistante », la rédaction ne veut toutefois pas apparaître partisane ou « calquée sur un parti ».

« La presse française est totalement engagée, affirme Jean-François Kahn, PDG de Marianne. Certains le disent, d'autres pas. Mais c'est vrai que l'engagement paie énormément. » Surtout lorsqu'on s'inscrit en faux, pourrait-on ajouter, si l'on en juge par les 420 000exemplaires de diffusion en moyenne de Marianne pendant la campagne (contre 280 000 en vitesse de croisière). Un exemplaire consacré au « vrai Sarkozy », où l'intéressé est qualifié de « fou », s'est vendu à 520 000 exemplaires. Par ailleurs, l'engagement pro-Bayrou de « JFK » a eu des conséquences sur le renouvellement du lectorat : « Notre engagement contre la pensée unique de droite néolibérale et la rhétorique soixante-huitarde de la gauche a élargi notre lectorat vers toute une frange de l'électorat centriste. Et il nous a fait découvrir par les bobos parisiens, pour lesquels nous étions suspects. »

À droite aussi, l'engagement a été au rendez-vous, avec les mêmes effets. Les ventes du Point, pro-Sarkozy, ont par exemple progressé de 17 %. « Nous avons des convictions et nous n'avons pas le drapeau dans notre poche, mais nous ne sommes pas des petits soldats », affirme ainsi Franz-Olivier Giesbert, directeur de la rédaction. Avant d'ironiser : « Les médias ont cru qu'ils allaient jouer un rôle. Mais, comme d'habitude, c'est le candidat qu'ils ont combattu qui a été élu. » Avec un lectorat composé à 54 % d'électeurs de Nicolas Sarkozy au premier tour selon un sondage CSA-Télérama, Le Figaro s'est fait subtil mais clair. Nicolas Beytout, directeur de la rédaction, a appelé le 5 mai à voter à droite sans citer de nom. « La prise de position n'influence pas le vote, mais ne fait pas non plus perdre des lecteurs, affirme Cyril Lemieux. Les gens sont attachés à un journal et ils connaissent son point de vue. Prendre position resserre symboliquement les liens entre le lecteur et le journal, qui partagent de nouveau des valeurs communes. »

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