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Trou d'air pour Lagardère

07/06/2007 - par Amaury de Rochegonde

Mis en cause pour son rôle dans la vente d'actions EADS, le groupe a réussi à éviter une grève de ses personnels. Mais Arnaud Lagardère reste la cible d'attaques.

Les personnels d'Hachette Filipacchi Médias et d'Europe1, réunis en assemblée ­générale lundi 4 juin, ont finalement voté la suspension de leur préavis de grève, prévue pour le lendemain. Didier Quillot, président de Lagardère Active, s'est aussitôt réjoui de « la qualité des échanges intervenus avec les organisations syndicales ». Il a dû préciser que le plan de départs volontaires, qui prévoit 93 suppressions de postes sur 1 250 dans la presse et 42 sur 407 à Europe 1, ne sera « ni un maximum, ni un minimum », qu'il n'entraînera aucun licenciement et reposera sur le strict volontariat. Surtout, des investissements supplémentaires ont été concédés, notamment en matière de formation au bimédia, pour favoriser la transformation numérique du groupe.

De même, Arnaud Lagardère a dû montrer patte blanche en rappelant la « garantie de l'indépendance éditoriale ainsi que le principe qu'il n'y a pas de sujet politique tabou ». Le 31 mai, une rencontre du patron avec les Sociétés des journalistes du groupe avait été organisée dans un souci d'apaisement, après le scoop censuré du Journal du dimanche sur l'abstention de Cécilia Sarkozy au vote du 6 mai, puis le caviardage dans Paris Match d'un portrait de Rachida Dati, la garde des Sceaux. Christian de ­Villeneuve, directeur général des rédactions, a même été chargé d'engager le débat en « revisitant la charte de déontologie » du groupe.

Serait-ce la fin du trou d'air pour le groupe Lagardère ? La sortie, en tout cas, d'une sérieuse zone de turbulences qui a secoué ce gros-porteur de médias la semaine dernière. L'audition pendant neuf heures d'Arnaud Lagardère, le 29 mai, par l'Autorité des marchés financiers a ravivé le soupçon de délit d'initié qui entoure la vente de 7,5 % d'EADS en mars et avril 2006. La justice s'intéresse notamment à la vente pour 2 milliards d'euros de la moitié de cette participation le 5 avril, alors que le titre était au plus haut. Le jeune patron, ainsi que son entourage (Noël Forgeard, Jean-Paul Gut), savait-il que des retards de livraison de l'Airbus A380 étaient inévitables, au point de faire chuter l'action de 26 % le 15 juin et d'entraîner la mise en place du plan Power 8, qui prévoit 10 000suppressions d'emploi en quatre ans ?

« Un président est toujours un initié », disait Jean-Luc Lagardère. Bien que désireux depuis longtemps de se désengager d'EADS, son fils « assume », pour sa part, de passer pour « quelqu'un d'incompétent qui ne sait pas ce qui se passe dans ses usines ». Au grand dam de la Caisse des dépôts notamment, qui a acquis 2,25 % d'EADS à cette occasion. Le 31 mai, elle a indiqué que si elle ne préjugeait pas qu'un délit ait été commis, elle se « joindrait à la procédure » en pareil cas.

Dommages collatéraux

Mais « qui veut la peau d'Arnaud Lagardère » ? C'était le titre d'un article de L'Express du 21 mars, que le groupe a d'ailleurs décidé d'attaquer en diffamation, signe d'une certaine nervosité devant l'accumulation de critiques. Officiellement, il n'existe aucun problème fondé. « L'assemblée générale des actionnaires a voté toutes nos résolutions, nous n'avons jamais été aussi performants depuis quatre ans, souligne-t-on au sein du groupe. Il s'agit d'une entreprise de déstabilisation de notre image menée par des officines... Mais nous allons sortir les flingues. » D'autres voix dénoncent une « attaque en règle contre Arnaud », s'appuyant sur des reproches de désinvolture, voire d'inconsistance.

Certains y voient des manoeuvres de Claude Bébéar, responsable de l'éviction de Jean-Marie Messier, et déçu, dit-on, de n'avoir pu fusionner Lagardère et Vivendi ? D'autres pointent du doigt des anciens du groupe, désabusés et désormais actifs au sein de fonds d'investissement ? également mis en cause, des proches de Nicolas Sarkozy, lequel serait déçu du management de son ami et de son rôle dans EADS. Rumeurs vite balayées par un autre cadre du groupe : « C'est n'importe quoi ! La vérité, c'est qu'Arnaud incarne un capitalisme de rupture, comme Sarkozy signifie la rupture en politique ».Une référence au caractère très peu mondain du patron.

Reste à gérer les dommages collatéraux du plan de départs volontaires. « Il va bouleverser bien des lourdeurs hiérarchiques, bien des empilements de situations acquises », observe Thierry Gadault, auteur d'Arnaud Lagardère l'insolent (Maren Sell, 2006). De quoi alimenter les rumeurs en interne. Et apporter un écho immédiat à une intervention du patron qui, à la différence de son père, ne cultive jamais longtemps le secret...

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