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Hersant plante son drapeau au pôle Sud

30/08/2007 - par Amaury de Rochegonde

Groupe Hersant Media met la main sur un ensemble de quotidiens diffusés à quelque 286 000 exemplaires payants dans le sud-est de la France. Mais sa route vers Montpellier est barrée par Sud-Ouest et son ancien patron, Pierre Jeantet, actuel président du groupe Le Monde.

Peu de temps avant de partir en vacances, Frédéric Aurand a fini par renoncer, un rien dépité. Le 13 août, le président du directoire de Groupe Hersant Media (GHM) et bras droit de Philippe Hersant a en effet choisi de jeter l'éponge après l'accord de négociations exclusives conclu entre les groupes Le Monde et Sud-Ouest. Longtemps patient, ayant avalisé toutes les hypothèses de montages financiers, l'homme a fini par signer un contrat de rachat des journaux du pôle Sud de Lagardère (La Provence, Nice matin, Var matin, Corse matin et Marseille plus) sans ajouter à sa corbeille les Journaux du Midi (Midi libre, L'Indépendant et Centre presse). Soit 233 000 exemplaires qui devraient prochainement intégrer le périmètre du groupe Sud-Ouest... ainsi que du groupe La Dépêche. Le mandat d'exclusivité est cependant tombé entre les mains du seul groupe bordelais, que l'actuel patron du groupe Le Monde, Pierre Jeantet, a longtemps présidé. Frédéric Aurand ne décolère pas : « On s'est fait promener pendant des mois, alors que cette affaire était cousue de fil blanc. » Entendez : Pierre Jeantet a fait le choix de ses petits camarades bordelais. En juin, il est vrai, les groupes Sud-Ouest et La Dépêche s'étaient empressés de monter un GIE (groupement d'intérêt économique) tout en précisant que les deux parties s'élargiraient « bien volontiers à d'autres partenaires ». D'ailleurs, le communiqué annonçant les négociations exclusives entre les groupes Sud-Ouest et Le Monde ne dit pas autre chose. « La constitution d'un axe Bordeaux-Toulouse-Montpellier permettrait aux trois groupes [Sud-Ouest, La Dépêche et Journaux du Midi] de mener conjointement de nombreux développements, tant sur leur activité traditionnelle de presse écrite que dans le domaine porteur des médias numériques. »

Un retour par la grande porte

Pour GHM, c'est donc un demi-succès, mais un succès quand même. En attendant l'agrément de la Direction générale de la concurrence, le groupe s'est engagé à payer 160 millions d'euros pour devenir propriétaire d'un pôle rentable, qui réalise un chiffre d'affaires de 220 millions d'euros. Le seul La Provence, par exemple, affiche le meilleur excédent brut d'exploitation (10 %) des grands quotidiens régionaux. Quant à Nice matin, il devrait voir sa rentabilité se consolider une fois modernisé son outil industriel, ce qui entraînera d'inévitables réductions d'effectifs. Du côté des journalistes, il faut aussi s'attendre au recours à la clause de cession chez les plus de cinquante ans. Mais Frédéric Aurand l'assure : « Notre projet est de regagner des lecteurs, pas de susciter beaucoup de départs. » L'homme n'a, en tout cas, pas l'intention de sacrifier l'indépendance des deux entités, comme il l'a rappelé devant le comité d'entreprise (CE) de La Provence. « Le groupe Hersant a, par le passé, fait la bêtise de fusionner des titres, ce qui les a fait à moitié mourir », note-t-il. Jean-Pierre Ulivieri, le secrétaire général du CE, s'est déclaré « rassuré », après avoir eu « le moral à zéro » lorsque se profilait la menace d'un rachat par le fonds d'investissement Mecom de David Montgomery.

Pour Philippe Hersant, qui détient 22 % du capital de GHM, c'est aussi un retour dans la presse quotidienne régionale (PQR) de l'Hexagone par la grande porte, alors que l'ex-groupe France Antilles n'a pas été reconnu dans son droit par le Conseil de la concurrence dans son bras de fer avec L'Est républicain, le groupe actionnaire du holding Est-Bourgogne-Rhône-Alpes (Ebra) aux côtés du Crédit mutuel. « Le Conseil n'a vu aucun problème de concentration quand une banque achète des journaux sur un territoire qui épouse étroitement son territoire d'exploitation et vise à faire de ces quotidiens des outils d'influence, des prospectus de communication », assène Frédéric Aurand. La perspective d'une reprise du Dauphiné libéré, avec lequel le groupe pourrait développer des synergies depuis Genève, où Philippe Hersant détient une position forte, s'éloigne d'autant.

Le sentiment d'un travail inachevé

Il n'empêche, grâce à « l'opération Sud », le fils de Robert Hersant fait oublier le très discret réfugié fiscal en Suisse qu'il est - pour des questions de succession - pour s'imposer comme le principal actionnaire d'un groupe qui dépasse maintenant 900 millions d'euros de chiffre d'affaires. « À la différence de son père, qui avait une motivation politique, Philippe Hersant a fait de la rentabilité une vertu première, souligne Jean-Clément Texier, qui fut conseil du groupe pour BNP Paribas. Cela ne l'empêche pas d'investir, comme le montre son développement dans les télés locales, à Grenoble, Paris ou Troyes, notamment. Mais il a à coeur de construire quelque chose d'économiquement solide, vacciné qu'il est par une jeunesse où on a dû lui parler de la dette du groupe Hersant. » Cinq ans après son retrait de la Socpresse, son groupe a en tout cas fait de la Comareg, avec ses journaux gratuits Paru Vendu, une affaire florissante. Et il cherche à transformer son inscription régionale en atout pour se développer sur Internet, la presse et la télévision.

Il devra cependant compter avec un axe Sud-Ouest-La Dépêche qui l'empêche de constituer l'arc méditerranéen qu'il convoitait. La faute à qui ? Alain Minc, encore président du conseil de surveillance du groupe Le Monde, semble hors de cause : il a favorisé une solution associant Fabrice Larue (ex-PDG de DI Groupe et de Presse Informatique) aux Caisses d'épargne. De sources concordantes, c'est le nouveau président du directoire du Monde qui a négocié seul dans ce dossier, avec le concours de Gérald de Roquemaurel, aujourd'hui associé-gérant de HR Banque. L'homme a, semble-t-il, privilégié les intérêts du Monde... sans oublier ses anciennes terres du Bordelais. Groupe Hersant Media est en tout cas convaincu d'avoir servi de « lièvre » pour susciter une offre qui puisse avoir l'assentiment des nombreux actionnaires de Sud-Ouest, issu de la famille Lemoine. Dans un courrier formel envoyé début juillet aux dirigeants du Monde, il a en effet proposé 260 millions d'euros pour l'ensemble du pôle Sud Lagardère-Le Monde. Ce qui valorise à 100 millions d'euros les Journaux du Midi, soit l'équivalent de la facture que le groupe Sud-Ouest devrait partager avec La Dépêche. Lorsque Lagardère a retiré au Monde le droit de négocier en son nom, tout est allé très vite pour GHM. Mais il reste avec l'impression d'un travail inachevé et une question : pourquoi, à offres équivalentes, Le Monde a-t-il préféré Sud-Ouest ? Par souci du pluralisme ? Le Midi libre est pourtant très inquiet des visées de son voisin La Dépêche, « partenaire plus ou moins clandestin » selon André Laurens, vice-président des Journaux du Midi. Pour garder quelques cartes en mains dans la PQR ? Jean-Clément Texier risque une explication plus historique : « Prononcer le nom d'Hersant à la Société des rédacteurs du Monde n'est pas forcément une partie de plaisir. »

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