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Reportages en « voyoucratie »

06/12/2007 - par Amaury de Rochegonde et Muriel Signouret

Les émeutes de Villiers- le-Bel, après l'accident qui a coûté la vie à deux jeunes, ont marqué les journalistes par leur violence. Et par le fait qu'ils étaient pris pour cible.

Ce qui s'est passé à Villiers-le-Bel n'a rien à voir avec une crise sociale, ça a tout à voir avec la voyoucratie. » Cette sortie du chef de l'État, prononcée devant 2 000policiers et gendarmes à La Défense, le 29 novembre, n'a pas fait les gros titres du journal de 20 heures de TF1. « Voyoucratie ? C'est une notion connotée », souligne Catherine Nayl, directrice des reportages de la Une. Deux ans après les célèbres « Kärcher » et « racailles », qui avaient contribué à enflammer les banlieues, la chaîne s'est bien gardée de médiatiser ce mot potentiellement explosif.

Il est vrai que les médias se sont sentis impliqués et responsables après les événements de Villiers-le-Bel (Val-d'Oise). D'une part, ils avaient en mémoire les émeutes de 2005 et le drame dont a été victime Mama Galledou, brûlée vive dans un autobus marseillais : « Les jeunes agresseurs ont dit que c'est en voyant les images [des émeutes franciliennes] qu'ils avaient voulu faire pareil », rappelle Paul Nahon, directeur de l'information de France 3. Ensuite, parce que les journalistes ont eux-mêmes été victimes de la flambée de violence. Un reporter avec des côtes cassées au Monde, un cyberjournaliste de 20Minutes molesté, un caméraman traîné sur vingt mètres à France 3, un preneur de vues frappé à coup de barre à mine à Canal +... « Personne ne s'attendait à ce que la presse soit prise pour cible », reconnaît Nathalie Guibert, rédactrice en chef adjointe au Monde.

Un guetteur en renfort

En témoigne le recours à un bazooka artisanal par les émeutiers, tous les journalistes présents sur le terrain s'accordent sur l'extrême violence des affrontements : « J'ai eu l'impression que la situation était plus incontrôlable qu'en 2005. Il y avait davantage d'agressivité, relève Thibault Danancher, reporter au Figaro. L'information circulait très vite et les émeutiers réagissaient de suite à un reportage qui ne leur plaisait pas. Ils nous mettaient dans le même sac que les policiers. La seule façon de couvrir l'événement était de se mettre derrière la police. »

Pour les responsables des rédactions, la question de la sécurité devient donc, très vite, prioritaire : « Aux journalistes qui partaient sur le terrain, dans une voiture non siglée, nous donnions la consigne d'être prudents, de faire du factuel, de ne pas extrapoler et de savoir lever le pied », confie Patrick Roger, patron de France Info. À Europe 1, Patrice Thomas, rédacteur en chef adjoint, se refuse à envoyer des reporters à la nuit tombée.

Pour les rédactions, il est alors tentant de se mettre sous protection policière, quitte à accentuer auprès des jeunes l'association police-médias. « Nous allons au plus près des événements mais nous ne pouvons pas laisser nos équipes au milieu des émeutiers », commente Catherine Nayl, qui a ajouté une personne aux équipes de ­reportage pour surveiller les alentours.

Mais pourquoi une telle vindicte des jeunes, voyous ou non, vis-à-vis des médias ? « Les gens se sentent stigmatisés et mal traités dans la façon dont les journalistes rapportent les faits, explique Bernard Zekri, directeur de la rédaction de Canal +. Même en période calme, la méfiance s'est installée. Les gens ont une grande proximité avec l'image et ne sont pas indulgents avec les approximations des journalistes. »

Bernard Zekri n'hésite pas à parler de « mensonge des médias » quand la population a été soupçonnée d'avoir matraqué la voiture accidentée, alors qu'elle avait cherché à la protéger en tant qu'élément de preuve, comme l'atteste la vidéo d'amateur proposée par la radio Génération. « Sur place, les jeunes ont reproché aux médias de toujours donner la version des policiers, conclut Michaël Hajdenberg, reporter à 20 Minutes. Mais si l'on prend des coups quand on veut recueillir leur version, c'est un cercle vicieux. »

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