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Le Figaro dans la tourmente

07/02/2008 - par Amaury de Rochegonde et Muriel Signouret

L'ouverture d'un plan de départs volontaires au Figaro coïncide avec une contestation croissante des méthodes rédactionnelles de soutien à Nicolas Sarkozy.

De rumeurs en démentis, la crise a fini par éclater au Figaro. Le 5 février, le couperet est tombé à l'issue d'un comité d'entreprise extraordinaire. Soixante à quatre-vingts postes sur six cents seront supprimés au quotidien dans le cadre d'un plan de départs volontaires. A priori, le guichet départs - dont les modalités seront précisées le 12 février - devrait épargner le service politique - municipales obligent - ainsi que le cahier économique saumon. Selon les syndicats, les personnels âgés et présents dans l'entreprise depuis plusieurs années sont particulièrement visés.

10,5 millions d'euros de perte

L'objectif de la direction, qui a déjà supprimé le cahier sports en début d'année ainsi que plusieurs rubriques de débat, est de réaliser 12 millions d'euros d'économies. Même si Serge Dassault, qui a racheté le groupe en 2004, a de quoi remettre au pot, il voulait que la direction lui présente un quotidien à l'équilibre en 2007. Or, le titre a perdu 10,5 millions d'euros pour un chiffre d'affaires d'environ 240 millions d'euros. En octobre dernier, Francis Morel, directeur général du groupe, avait certes prévenu que le quotidien continuerait à perdre de l'argent jusqu'en 2009, même si le groupe est bénéficiaire. « On ne peut pas dire aujourd'hui que Serge Dassault a fait une bonne affaire en rachetant le groupe Le Figaro », avait-il même glissé devant l'Association des journalistes médias. Pour lui, la faute incombe avant tout au ralentissement du marché publicitaire. Du point de vue de la diffusion, grâce à un premier semestre électoral, le quotidien se porte plutôt bien avec une hausse de 1 % pour l'année 2007, à près de 326 000 exemplaires.

L'arrivée d'Étienne Mougeotte a aussi bousculé les équipes. Point positif, l'ancien vice-président de TF1, propulsé le 20 novembre aux commandes du quotidien et du magazine après le départ de Nicolas Beytout pour LVMH, met tout son coeur à l'ouvrage. « Il a une énergie folle, commente un syndicaliste. Il est là six jours sur sept, de 9 heures à 21 heures. »

Revers de la médaille : Mougeotte est jugé par trop interventionniste, d'autant que son soutien au président de la République semble sans faille. La rédaction n'apprécie guère, lui reprochant de jouer un peu trop le jeu de Serge Dassault, sénateur UMP et maire de Corbeil-Essonnes, qui voit d'ailleurs avec satisfaction la création d'une séquence Municipales en début de journal.

Le Figaro peut-il s'asseoir sur la baisse de popularité de Nicolas Sarkozy dont rendent même compte les études lecteurs à l'interne ? Étienne Mougeotte a visiblement envie d'édulcorer ce déclin de Nicolas Sarkozy dans les sondages, y compris ceux commandités par la maison. Le cafouillage autour de la publication du résultat d'un sondage TNS Sofrès pour Le Figaro magazine, le jeudi 31 janvier, en est un bon exemple. Ce jour-là, le directeur de la rédaction a en effet décidé de résumer en page 4, dans une simple brève de fin de page, « la cote de Sarkozy encore en baisse ».

Militantisme politique

La cote de popularité s'était pourtant effondrée de 8 points, à 41 % d'opinions favorables. Ce sondage acheté par le groupe ne méritait-il pas une plus ample exposition, même s'il était réservé au Figaro magazine du samedi ? En permettant sa diffusion le mercredi à 18 heures par l'AFP, mais en sous-exposant de façon manifeste cette information, Étienne Mougeotte a plutôt fait le jeu de son concurrent. Le Monde n'a pas hésité à en faire sa une sous le titre : « La chute de popularité du chef de l'État s'accentue ».

Le Figaro serait-il devenu un journal qui « fait oeuvre de militantisme politique », comme le soulignait récemment Yves Thréard, directeur adjoint de la rédaction, sur une vidéo tournée devant des étudiants et dévoilée par Rue 89 ? Ce n'est pas Michel Rocard qui dira le contraire. Dans une lettre du 1er février, l'ancien Premier ministre, qui a démissionné de la commission Pochard sur l'éducation, accuse Étienne Mougeotte, « l'un des boutefeux majeurs dans le paysage audiovisuel français », d'avoir fait un « un titre mensonger, démentant ce qu'[il] disait [lui]-même » dans son interview du Figaro. Le gros titre de l'édition du 31 janvier était en effet explicite : « Rocard propose de payer les profs au mérite ». Sauf que l'homme ne se prononçait que pour « améliorer la prise en compte de la performance ». Comme dit un baron du Figaro, « Beytout était tout autant militant mais la différence c'est que ça se voyait moins ».

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