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Journalisme d'utilité publique

27/03/2008 - par Delphine Le Goff

Entièrement financé par un couple de richissimes philanthropes, Pro Publica veut redonner un second souffle au journalisme d'investigation.

Paul Steiger a certainement dû se pincer, le jour où il a reçu ce coup de téléphone. Automne 2006. Le journaliste occupe le poste envié de directeur de la publication du Wall Street Journal lorsqu'il prend l'appel de Herb et Marion Sandler, richissimes patrons de la société financière Golden West Financial Corporation. Le couple de septuagénaires lui fait cette incroyable proposition : « Ils m'ont dit qu'ils envisageaient de consacrer 10 millions de dollars par an au journalisme d'investigation », raconte Paul Steiger dans les colonnes du New York Times.

« Philanthrocapitalistes ». Le néologisme, inventé par The Economist, décrit ces magnats comme Bill Gates ou George Soros, qui consacrent une grande partie de leur fortune à des oeuvres philanthropiques, en leur appliquant les mêmes règles de retour sur investissement que pour leurs affaires. Il convient parfaitement à Herb et Marion Sandler. Le couple, qui a vendu sa société pour 25 milliards de dollars (16 milliards d'euros), finance des organisations comme Human Rights Watch. Les Sandler ne s'intéressent pas au journalisme en soi. Ils sont simplement convaincus que l'investigation est utile à la société. « Il faut débusquer le prochain Enron ! », résume Herb Sandler, toujours dans le New York Times.

Le luxe de prendre son temps

Une équipe de 25 journalistes, des sujets ambitieux, un journal à but non lucratif - au contraire de The Politico, magazine politique à haute valeur ajoutée lancé en janvier 2007... Le projet de Paul Steiger, un rêve de journaliste, emporte l'adhésion du couple Sandler, qui avait également consulté d'autres huiles des médias. Pro Publica est né. Une porte de sortie quasi idéale pour Paul Steiger qui, à soixante-quatre ans, était à un an de la retraite. Le site propublica.org est en ligne depuis janvier. Mais il faudra attendre le printemps pour en lire les premières enquêtes.

Les limiers engagés par Paul Steiger sont pourtant déjà sur les dents. « Cinq journalistes travaillent sur des affaires », annonce Richard Tofel, directeur général du site et ancien cadre du Wall Street Journal, joint par Stratégies. Les collaborateurs, parmi les meilleures plumes du journalisme américain, ne se sont pas fait prier pour rejoindre Pro Publica. « La crise que traverse la presse touche les plus grands journaux, et l'investigation en pâtit, explique Richard Tofel. C'est comme dans la presse locale : il y a des articles sur lesquels on ne peut pas faire l'impasse, par exemple les résultats de l'équipe de sport du coin ou les sujets de proximité. C'est donc l'investigation qui, faute de temps et de moyens, passe à la trappe. Tout comme les sujets internationaux, d'ailleurs. » L'investigation serait donc un luxe ? « On peut dire ça comme ça, oui », lâche Richard Tofel.

Luxe des luxes : chez Pro Publica, les journalistes comptent s'autoriser à perdre leur temps. Sur de multiples rendez-vous informels pour soigner leurs sources, sur des pistes qui ne déboucheront peut-être sur rien, etc. « Nous pouvons tout nous autoriser, puisqu'un site d'information n'a pas de date de publication fixe », souligne Richard Tofel. Et une fois les enquêtes finalisées et peaufinées, Pro Publica proposera ses articles aux autres médias américains. Gratuitement, bien sûr. Serait-ce de la charité journalistique ? Et, pour les médias traditionnels, publier les papiers de Pro Publica n'équivaudra-t-il pas à un constat d'échec ? « Pas du tout, estime Richard Tofel. Nous n'avons pas la prétention de remplacer tous les journalistes d'investigation ! Nous entendons compléter l'offre des médias, en leur donnant des histoires qu'ils n'auraient pas publiées sans nous. »

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