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Le mur des lamentations journalistiques

24/04/2008 - par Delphine Le Goff

Les journalistes américains s'y pressent pour dénoncer leurs conditions de travail : le succès du site angryjournalist.com traduit le blues grandissant de la profession. Une version française est à l'étude.

Un week-end et dix dollars. C'est tout ce qu'il a fallu à Kiyoshi Martinez pour monter ce qu'il appelle son punching-ball virtuel : le site des journalistes en colère, angryjournalist.com. Au moment où l'on écrit, le mur des lamentations des plumitifs a reçu 4 200 complaintes. Le nombre est impressionnant, la longueur des contributions, postées de manière anonyme, laisse pantois. Dans les rédactions américaines, on en a manifestement gros sur le coeur. Angryjournalist 4111 écrit ainsi : « Je suis en colère parce que ceux qui dirigent notre journal nous disent que les reporters n'ont plus à écrire des articles, mais à fournir du "contenu". Un patron nous a carrément ­annoncé que nous n'avions qu'à réécrire des communiqués. Ce discours intervient à un moment où notre rédaction a été décimée par les licenciements afin d'apaiser les ­actionnaires. » Un peu plus loin, Angryjournalist 4049 raconte : « Je suis en colère parce que je travaille dans un hebdomadaire où je prends les photos, écris mes propres intertitres et légendes, enquête, bien sûr, et endure un chef troglodyte dont la carrière a pris fin... ici. » Quant à Angryjournalist 4121, il « travaille pour un magazine national, est diplômé des meilleures universités, mais n'a pas le revenu nécessaire pour louer un studio à Washington. »

Ressentiment contre le management

La bile coule à flots. Et Kiyoshi Martinez en est le premier surpris. « Je croyais que je recevrais seulement quelques centaines de contributions », avoue le journaliste de vingt-trois ans. Lui-même a vite été désillusionné par ses premiers pas dans les salles de rédaction. « J'ai rapidement compris, après avoir travaillé dans un hebdomadaire de Chicago, et pour avoir échangé avec des collègues ou des amis journalistes, que l'avenir ne s'annonçait guère brillant dans la presse », raconte Kiyoshi ­Martinez, qui travaille désormais dans la communication politique. C'est une étude du professeur Scott Reinardy (Ball State University, Indiana), portant sur le mal-être croissant des journalistes qui donne à Martinez l'idée d'angryjournalist.com. « J'ai imaginé mon site d'après des blogs de témoignages professionnels, comme Post Secret ou Overheard in the Office. J'ai envoyé le lien à quelques amis puis je l'ai posté sur mon profil Facebook. Et le site a décollé, puis explosé après un article de l'AFP et du Drudge Report. »

Les journalistes seraient-ils plus amers qu'autrefois ? Scott Reinardy, le professeur dont les travaux ont inspiré angryjournalist.com, n'explique pas les choses de cette manière. « Ce n'est pas vraiment de l'amertume, estime-t-il. Les incertitudes de l'industrie de la presse ont fragilisé les journalistes. Et les plaintes récurrentes dans mes études concernent la charge de travail, les salaires et le stress. Mais les journalistes sont en général désireux de passer sur ces problèmes s'ils ont le sentiment de pratiquer correctement leur métier. » Martinez remarque quant à lui que « le gros des plaintes concerne le management : éditeurs, directeurs de la rédaction, rédacteurs en chef, etc. Je pense que lorsque votre management ne vous inspire pas, qu'il ne respecte pas ses équipes, c'est dur d'être heureux dans son travail ! »

Les journalistes français ont eux aussi commencé à se défouler sur angryjournalist.com. Comme Angryjournalist 3959, qui se dit « fâchée contre les journalistes ayant dépassé l'âge de la retraite qui demeurent salariés à plein temps alors qu'ils ne passent qu'en coup de vent dans la rédaction et ne "pondent" qu'un papier tous les trente-six du mois, et fâchée contre les stages sous-indemnisés ». Cela n'a pas échappé à Martinez, qui met en vente des tee-shirts Angryjournalist. Et réfléchit à une version française du site.

 www.angryjournalist.com

 http://srreinardy.iweb.bsu.edu/reinardystudies/index.html

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