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« L'affaire du SMS n'est qu'un épiphénomène »

26/06/2008 - par Entretien : Delphine Le Goff et Amaury de Rochegonde

Denis Olivennes, patron du Nouvel Observateur, revient sur l'image de l'hebdomadaire à la suite de récents dérapages.

Vous venez de réaliser une étude Sofres sur l'image du Nouvel Obs. A-t-elle été abîmée par l'affaire du SMS attribué à Nicolas Sarkozy ou par l'indiscrétion sur des propos qui lui sont faussement prêtés ?

Denis Olivennes. Non, il y a même des verbatim de gens qui disent que c'est une erreur, mais que cela leur paraît secondaire. Ce sont là deux épiphénomènes, qui ne sont d'ailleurs pas du tout de même nature. Le premier relève de la transgression de la vie privée et le second, une discussion autour de la véracité de l'info, arrive à n'importe quel journal. En quarante ans de Nouvel Obs, faire deux erreurs dans l'année, ce n'est pas dramatique. Cela étant, L'Obs doit être exemplaire. C'est en particulier vrai sur Internet, où il faut que nous soyons plus rigoureux tout en sachant que tout se fait en temps réel et qu'il faut prendre garde à ne pas freiner le Web. Concernant l'étude Sofres, elle montre que L'Obs a une valeur statutaire et une identité très forte. Il bénéficie d'un socle de confiance important en raison de ses valeurs, de son engagement citoyen. C'est un hebdo qui a la capacité de décrypter intelligemment le monde.

Sur Internet, pensez-vous arriver à l'équilibre, sachant que votre site a accumulé 7,5 millions d'euros de pertes depuis sa création ?

D.O. Je suis très confiant. C'est seulement une question de taille critique et de coût pour mille. La barre que nous devons atteindre se situe à 3 millions de visiteurs uniques. Nous en avons 2 millions, ce qui fait du Nouvel Obs le troisième site de presse. Ce succès s'explique par le fait que Claude Perdriel a constitué une petite équipe détachée, qui s'est vécue comme un commando pour développer son activité. Ce que nous avons perdu en coopération avec le journal, nous l'avons gagné en ­dynamique d'entreprise. Maintenant, si nous voulons encore gagner de l'audience, il nous faut franchir une autre étape en termes d'organisation. Le journal, il compte beaucoup de grandes signatures. Nous devons le mettre en avant, que ça se voie dans les médias comme sur le Net.

Le patron de Publicis, Maurice Lévy, a déclaré à La Tribune : « Ceux qui considèrent que les jeunes sont malhonnêtes quand ils téléchargent des fichiers sans payer se trompent. C'est un fait générationnel. » Vous souscrivez ?

D.O. Oui. J'ai dirigé une commission dont l'objectif était de sortir d'un système répressif et pénal qui pouvait amener à 300 000 euros d'amende et cinq ans de prison, pour arriver à un système pédagogique d'avertissement pouvant conduire à une suspension de l'abonnement. Comme je suis moi-même père de famille, j'ai observé que les plus jeunes n'avaient pas conscience de l'enjeu économique du téléchargement, qu'ils ne faisaient pas le lien entre le fichier et la rémunération de l'artiste. Nous n'avons jamais pensé abolir le piratage ! Mais c'est le choc de deux libertés : celle du créateur et celle du consommateur. Il faut préserver l'une comme l'autre. Ce dernier sera bien malheureux quand il ne pourra plus écouter que de la musique formatée ! Cela dit, il s'agit d'un avis personnel. L'Obs s'est prononcé collectivement en faveur de la liberté sur Internet. Loin de moi l'idée de lui imposer mes vues.

Êtes-vous favorable à cette vieille idée rocardienne de supprimer la publicité sur la télé publique ?

D.O. Il arrive que des bonnes idées de gauche deviennent de mauvaises idées de droite. Annoncer ce projet sans augmenter la redevance est une aberration. Le prélèvement sur les télécoms est en outre sans grand rapport avec la télévision publique. Évitons de prendre une ressource qui finalement nous manquera. En tant qu'internaute, je détruis de la valeur dans la production des contenus. Il serait légitime d'utiliser l'argent des télécoms pour financer l'exception culturelle. Mais Nicolas Sarkozy pratique la politique du sapeur Camember : je creuse un trou, puis un autre pour reboucher le premier.

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