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Afrique & Tech

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Tech

«La force de l'Afrique, c'est sa capacité à innover sous contrainte»

06/11/2016 - par Propos recueillis par Gilles Wybo @GillesWybo

Gilles Babinet, digital champion auprès de la Commission européenne, est un fin connaisseur du numérique et de l’Afrique. Du 2 au 4 novembre, il organise l’événement Africa 4 Tech.

En matière de nouvelles technologies, l’Afrique connaît-elle un boom?

GILLES BABINET. Oui. Aujourd’hui, il y a des «tech tours» organisés sur le continent, avec deux destinations principales: Nairobi, au Kenya, la capitale de la Savannah Valley, où il y a beaucoup de start-up, et à Dakar, au Sénégal, où l’on trouve également quelques incubateurs, dont le CTIC. Et puis, il y a deux autres villes où la technologie est en pleine explosion: Lagos (Nigéria) avec ses 21 millions de consommateurs connectés et Le Cap (Afrique du sud), comparable aux pays occidentaux. À cela on peut ajouter la Côte d’Ivoire (Abidjan), où le taux d’équipement en téléphones mobiles est désormais de 100 % et en smartphones de 60%. On peut également mentionner le Maghreb, le Maroc en particulier, qui investit dans les nouvelles technologies. Enfin, des petits pays comme le Rwanda font preuve de volontarisme dans le domaine du digital.

 

Quels sont les atouts de ce continent dans la high-tech ?

G.B. Il y a peu d’infrastructures, par conséquent, les Africains sont obligés de trouver des systèmes intelligents. Ils font du «leapfrog» (saut de grenouille): ils sautent les étapes. Alors qu'il n’y avait que très peu de téléphonie filaire, ils sont passés directement au mobile, puis à la 3G ou 4G. Récemment, Stéphane Richard, le PDG d’Orange, se surprenait de la vitesse d’adoption des smartphones en Afrique. La force de ce continent, c’est sa capacité à innover sous contrainte: quand on doit impérativement faire moins cher, on fait plus efficace. C’est un marché avec un très gros potentiel et des spécificités très fortes. Contrairement à la Chine qui a répliqué les modèles existants ailleurs, comme dans les VTC avec Didi Chuxing, le cousin d'Uber, en Afrique, il est impossible de construire les mêmes offres qu’ailleurs. Il faut en inventer de nouvelles. Par exemple, les télécoms fonctionnent quasi exclusivement avec un modèle prépayé.

 

Le Kenya est un paradis pour le paiement mobile…

G.B. Au Kenya, il y a 28 millions d’utilisateurs de la solution de paiement mobile M-Pesa (Safaricom) sur 44 millions d'habitants. Dans la distribution, 80 % des paiements passent par M-Pesa. Le cas du Kenya est exceptionnel, mais cette technologie rayonne néanmoins sur 17 pays de la zone. Le mobile banking affiche aussi 10 à 15 % de pénétration en Côte d’Ivoire.

 

L’e-commerce prend aussi des formes particulières.

G.B. Amazon, avec son organisation industrielle, déployée partout dans le monde, n’est pas présente en Afrique. Et pour cause, cela ne fonctionnerait pas. Les sociétés qui réussissent ont su inventer un nouveau modèle. Il a fallu repenser la supply chain, en particulier la dernière étape: bien souvent, il n’y a pas d’adresse, le livreur localise le destinataire par ses coordonnées GPS et le paiement se fait en cash.

 

Quand y aura-t-il des licornes africaines ?

G.B. Un cheval rare, c’est déjà bien avant de voir des licornes. Il y a quelques start-up dans les médias au Nigéria qui ont réussi à faire des «exits» (cessions) et à se développer fortement. Mais il y a aussi des fonds d’investissement qui y ont laissé des plumes. En tout cas, le marché se transforme à la chinoise, c'est-à-dire très rapidement. Il manque toujours des écosystèmes de taille critique autour des incubateurs et beaucoup de mentoring, d’accompagnement des start-up. S’il y a des codeurs informatiques, ils sont souvent très isolés, pas intégrés à l’écosystème d’innovation.

 

Les géants chinois sont plus présents que les Gafa...

G.B. Certains, oui. C’est le cas de Huawei, le géant des télécoms. Le groupe chinois est présent dans toute l’Afrique où il bâtit bien souvent les infrastructures. Huawei a également créé des «innovation centers» à Johannesburg, Lagos et prochainement au Caire. Quant aux Gafa américains (Google, Amazon, Facebook, Apple), ils sont relativement peu implantés. Mais, Google et Facebook ont des projets pour connecter l’Afrique. Il faut dire qu’il existe un enjeu business important: la population africaine va passer de 1,3 milliard à 2,5 milliards d’habitants d’ici à 2050. Ignorer cette croissance démographique, c’est se priver de presque un tiers de la planète comme clients.

 

Cette semaine vous organisez Africa 4 Tech, de quoi s’agit-il ?

G.B. J’ai cofondé il y a quatre mois la structure Africa 4 Tech, avec Stéphan-Eloïse Gras, une chercheuse en intelligence artificielle. Notre objectif est de développer des modèles de transmissions de compétences faites pour et par les acteurs du continent africain, avec une forte part de digital. Avec Africa 4 tech nous couvrons quatre secteurs: agro, santé, énergie, éducation. Le premier rendez-vous a donc lieu à Marrakech, au Maroc, du 2 au 4 novembre. Ces conférences sont animées par des innovateurs africains et s’adressent aux entreprises africaines comme aux groupes français présents sur place. Parmi nos partenaires, on trouve la Société Générale, Sigfox, Engie, Michelin, Sanofi, EDF… À terme, nous allons ouvrir une école sur le continent -voire plusieurs- afin de créer une formation au management pour développer le social business digital en Afrique. Nous sommes actuellement en discussion avec plusieurs groupes d’établissements.

Bio express

Figure du numérique, Gilles Babinet a fondé neuf entreprises dont Absolut design, Eyeka, Captain Dash… Il est aujourd’hui digital champion auprès de la Commission européenne. Ayant commencé à se rendre en Afrique il y a trente ans, il connaît très bien le continent où il a mené des missions de conseils. Il est le cofondateur d’Africa 4 Tech (dirigée par Stephan-Eloïse Gras) et s’apprête à publier un ouvrage sur la transformation digitale.

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