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Incubateur, c'est un métier

Start-up

21/04/2000 - L'idée est de regrouper dans un lieu unique plusieurs jeunes entreprises Internet, puis de leur donner les moyens de prospérer...

Ils ont chassé les marchands de tissus pour conquérir la Toile. En quelques semaines, les jeunes loups du high-tech ont investi le Sentier, pour faire grandir leurs jeunes pousses. Proche de la Bourse, le quartier est le plus câblé de Paris. Pour le plus grand bonheur des entrepreneurs d'Internet, la plupart des opérateurs de télécommunications y ont développé des réseaux de fibre optique. Et le prix du mètre carré y reste encore raisonnable. Agglutinés sur le même pâté de maisons, ou presque, ils partagent compétences et moyens techniques et échangent leurs idées sur le Net. Certains investisseurs ont vu, dans cet essaim, une opportunité. Depuis quelques semaines, les incubateurs de start-up se multiplient, sur le modèle américain. L'idée est de regrouper en un lieu unique plusieurs jeunes entreprises prometteuses. Et de leur fournir, outre des locaux et des moyens techniques, des capitaux et tous les services dont elles peuvent avoir besoin pour prendre leur envol. Le phénomène start-up amorce son industrialisation. Dans un secteur où la rapidité - voire la précipitation - est le premier facteur de réussite, les incubateurs ont une mission: accélérer le développement des entreprises. Pépinières? Pouponnières! Car les incubateurs dorlotent leurs jeunes pensionnaires, les stimulent, les nourrissent (cuisines), les musclent (salles de gym), surveillent avec émotion leurs premiers pas, soignent les égratignures et applaudissent aux bons résultats. Ces accoucheurs de start-up, qui ont personnellement investi pour financer l'incubateur, attendent un juste retour sur investissement. En échange de ce service quatre étoiles, ils se faufilent au tour de table de leurs protégés et s'arrogent une part non négligeable de leur capital (de 25 à 60%). On comprend alors qu'il fassent des pieds et des mains pour assurer la réussite de leurs rejetons. Si l'un d'entre eux fait fortune, ils seront de la partie.

Des services clés en main

«Nous avons le même profil de risque que les créateurs que nous accompagnons», estime Jean-Luc Rivoire, cofondateur de Défi Start-up avec Antoine Decitre. La trentaine sérieuse, les deux hommes viennent d'ouvrir leur incubateur rue des Jeûneurs. Quelque 5000mètres carrés refaits à neuf, qui tendent les bras aux jeunes entreprises. Les plateaux déserts attendent les futurs occupants, dont les dossiers sont en cours d'examen. Quelques «start-uppers» cogitent sur un coin de table. Les poubelles sont pleines, la cafetière jaune est par terre, à côté d'une assiette de cacahuètes. Pour accueillir leurs pensionnaires, Jean-Luc Rivoire et Antoine Decitre ont, eux aussi, levé des capitaux, notamment auprès du fonds Mars Capital et de Jean-Marie Hullot, l'ancien bras droit de Steve Jobs, de retour de la Silicon Valley.«Nous fonctionnons sur le modèle d'un fonds d'amorçage. Dès l'arrivée de l'entreprise chez nous, nous lui signons un chèque d'un million de francs, nous lui allouons un certain nombre de mètres carrés, ainsi que des moyens techniques.»L'organisation est bien rodée. Les pensionnaires ont accès aux différentes grandes fonctions de l'entreprise: communication, marketing, ressources humaines, direction technique, direction administrative et financière, etc. Les carnets d'adresses de l'équipe d'encadrement et des actionnaires leur sont ouverts. La chasse aux capitaux est organisée pour eux. Mais, un jour, les pensionnaires bouclent leur deuxième tour de table, et ils doivent alors voler de leurs propres ailes. L'incubateur les met à la porte au bout de quinze mois au maximum.

Des synergies indispensables

D'ici là, les entreprises trouvent de quoi démarrer efficacement leur projet.«Sans l'incubateur,estime Pierre Ganter, cofondateur d'Assureworld [place de marché de l'assurance sur Internet],nous aurions cinq mois de retard. L'équipe nous a aidés à peaufiner notre modèle économique avant de nous présenter devant les investisseurs. Elle nous a également poussés à embaucher. Nous hésitions à le faire, mais elle nous a fait comprendre que, pour lever des fonds, il fallait avoir une équipe constituée. Défi Start-up nous a présenté la plupart des profils Internet que nous avons embauchés. Nous venons du conseil, et nous n'avions pas d'expérience dans les nouvelles technologies.»Même sentiment d'efficacité chez On-cook, portail Internet consacré à la cuisine et aux arts de la table. L'équipe de sept personnes vient d'arriver rue des Jeûneurs. Jusque-là, chacun travaillait à son domicile, et les réunions s'improvisaient dans des locaux prêtés. À se côtoyer toute la journée (et parfois même la nuit), les start-up développent d'évidentes synergies.«Le but de l'incubateur,confirme Jerôme Le Bars, cofondateur d'On-cook,c'est l'effet apprentissage. Nous mettons nos informations en commun, nous nous échangeons des tuyaux et nous commentons nos erreurs, pour éviter aux autres de les commettre.»À quelques pas de l'incubateur, une autre cybercommunauté a élu domicile dans la «Republic Alley», au 18, rue du Faubourg-du-Temple. Cet immeuble de 10000mètres carrés abritait, autrefois, la peausserie du grand-père de l'instigateur du projet, Laurent Edel. Il est devenu une attraction du quartier. Jacques Chirac, en personne, n'a pas résisté à la curiosité de voir réunies toutes ces jeunes pousses: Newsfam (site féminin), Trading Central (courtier en ligne), Plantes et Jardins (vente en ligne de plantes), etc. Depuis le début de l'année, une demi-douzaine de projets d'incubateurs ont ainsi vu le jour.«Il y en aura trente dans un an»,prévoit Jean-Luc Rivoire, qui rappelle que les États-Unis comptent 600structures de ce type. Tous les secteurs d'activité sont tentés de participer au foisonnement de la nouvelle économie. Avec 1QB, l'agence interactive B2L s'apprête à accueillir vingt-cinq start-up d'ici à 2003. «Startup Avenue», imaginée par Alain Levy, ancien du MIT de Boston, et Daniel Sfez, ancien de la direction des marchés de la Société générale, a, elle aussi, pris place dans le Sentier pour couver une dizaine de projets. La concurrence est donc rude pour la quête du nouveau Yahoo. Assistera-t-on, bientôt, à la guerre des usines à start-up?


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LA FRANCE CHOUCHOUTE SES START-UP

Capital-risqueurs et business angels (investisseurs particuliers) se bousculent au portillon pour chouchouter les jeunes pousses. Selon l'indicateur semestriel Chausson Finance, les investissements en capital-risque en France, en 1999, ont été multipliés par plus de trois par rapport à l'année précédente, totalisant 2,27milliards de francs. Internet s'est taillé la part du lion en récoltant, au deuxième semestre, 45% des investissements en capital-risque. Viennent ensuite les logiciels (22%), les télécommunications (12%) et la biotechnologie (12%).

On incube également en province

Business angel, Patrick le Granché vient de créer, à Cherbourg, le premier incubateur régional. Animé par une équipe d'investisseurs privés, l'incubateur Premiers Pas accueille des projets dans le domaine des nouvelles technologies de l'information et des communications. Les créateurs sont encadrés par des spécialistes de l'édition de logiciels, de la distibution, du marketing, du droit des affaires, etc. En échange de 30% du capital, la prise en main est totale. «Nous vous fournirons tout le matériel dont vous aurez besoin, du stylo Bic jusqu'à l'ordinateur», promet la plaquette. -

Philippe Hayat, fondateur de Kangaroo Village

Polytechnicien, ancien dirigeant de Bâches de France, il vient de lever 20millions de francs pour couver des start-up dans un hôtel particulier du VIIIe arrondissement. Vous venez de créer l'incubateur Kangaroo Village. À quoi sert-il? Philippe Hayat. C'est une structure qui favorise l'émergence des start-up. Nous agissons de trois façons: en apportant 1 à 5millions de francs en capital d'amorçage, en les hébergeant et en les coachant sur le plan opérationnel. Nous les aidons à structurer leurs équipes, à affiner leur business plans, à signer leurs premiers contrats, nous leur fournissons une boîte à outils dans différents domaines: technique, juridique, financier, marketing, etc. Qu'est-ce qui vous différencie des autres incubateurs? Ph.H. D'une part, notre équipe, qui se compose de sept personnes à temps plein baptisées coachs. Ceux-ci sont dotés d'une compétence particulière. Avant tout, ce sont d'anciens chefs d'entreprise. Seul un chef d'entreprise est capable d'aider efficacement ces start-up. Il ne suffit pas d'avoir été ancien consultant ou ancien financier. Il faut également avoir été sur le terrain, avoir tiré des sonnettes, fait du commercial, animé une équipe... D'autre part, notre actionnariat est un mélange de compétences Internet (Patrick Robin, Orianne Garcia, Fabrice Grinda, Patrice Magnard, etc.) et de personnes venues de l'économie traditionnelle, comme Pierre Barberis, Didier Pineau-Valencienne, Arnaud de Puyfontaine, etc. Vos actionnaires sont-ils vraiment opérationnels? Ph.H. Bien sûr! Ils nous apportent un drainage de dossiers, un réseau de relations et une participation à la sélection des projets. L'ouverture des réseaux est un facteur de réussite. Si l'on peut obtenir pour un créateur cinq rendez-vous dans la même journée, c'est une aide phénoménale. Comment vous rémunérez-vous? Ph.H. Nous avons deux modèles. Soit le projet vient des créateurs et nous les laissons maîtres de leur entreprise en ne prenant qu'une participation minoritaire. Soit l'idée vient de notre bureau de Palo Alto, qui repère les activités nouvelles aux États-unis. À ce moment-là, nous constituons l'équipe et nous prenons 70% du capital. Vos objectifs? Ph.H. Pour le moment, nous incubons BTP Net, un site pour les conducteurs de travaux. Mais nous espérons accueillir quinze start-up, d'ici à la fin de l'année, dans nos 3000m2. Nous sommes très sélectifs, car nous visons une rentabilité de 30 à 40%. Entretien: S.D.

En image
Après étude du dossier, le site Plantes et Jardins a également pu bénéficier des locaux et des moyens mis à disposition par «Republic Alley»
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