16/01/1998 - Le Service d'information du gouvernement (SIG) sert surtout à coordonner la communication ministérielle. Entre neutralité et engagement, il cherche toujours sa place.
Alexandre Basdereff et Bernard Candiard. Le militant politique et le discret commis de l'Etat. Rien de commun entre ces deux hommes, si ce n'est la direction du Service d'information du gouvernement (SIG). Dans le passé, Alexandre Basdereff, ancien patron de l'agence de communication Optimus, par ailleurs membre du RPR, aidait le parti gaulliste à recueillir des fonds. Il dirigeait le SIG depuis novembre 1995 quand il a été remplacé, le 24juillet dernier, par un ancien magistrat de la Cour des comptes, Bernard Candiard. On dit ce dernier proche de Lionel Jospin.«Je ne suis qu'un haut fonctionnaire»,tranche-t-il. Les personnalités opposées de ces deux hommes reflètent bien les conceptions que le pouvoir se fait du SIG. Officiellement, il a été fondé en 1976 - il s'appelait alors le SID, Service d'information et de diffusion du Premier ministre - pour coordonner les actions de communication des différents ministères, informer le public des décisions du pouvoir exécutif et recenser les sondages pour donner du grain à moudre aux ministres. En 1997, son budget de fonctionnement s'est élevé à 20MF, contre 17MF prévus en 1998, auxquels il faut ajouter une enveloppe de 35MF pour les actions strictement interministérielles.«Le SIG a un rôle de technicien plus que de stratège»,résume Bernard Candiard. France Télécom, Sécurité routière, euro... Derrière toutes ces campagnes, se cache la rue de Constantine. Le nombre de fonctionnaires attachés à ce service est pléthorique: cent vingt personnes, dont l'utilité ne saute pas vraiment aux yeux. Le SIG n'a signé seul que quelques grandes campagnes: les référendums sur la Nouvelle-Calédonie (1988) et sur le traité de Maastricht (1992), la Consultation nationale des jeunes (1994) et la campagne sur la réforme de la Sécurité sociale (1995). De fait, ses fonctionnaires planchent surtout sur des opérations d'intérêt public qui sont signées par les ministères de tutelle.
L'oeil de Matignon
Grâce au label du SIG, les campagnes publiques bénéficient d'un abattement dans tous les médias sur l'achat d'espace (jusqu'à 65% sur France Télévision).«Chaque ministère est capable de mener une campagne seul, mais le SIG permet une certaine cohérence entre les différentes actions gouvernementales, comme pour la Coupe du monde de football 1998. Ainsi, le Service fait en sorte qu'elles ne se chevauchent pas, ce qui brouillerait la communication de l'Etat»,assure-t-on au SIG. Par souci de cohérence, un logo a même été créé à l'initiative du service, afin de signer toutes les campagnes liées à l'Europe. Le travail du SIG peut aussi avoir un côté moins public. Bernard Candiard, qui connaît bien la haute fonction publique, a lancé des clubs pour resserrer les liens entre les administrations. Il y a un club sur les sondages, un autre consacré aux campagnes ou encore un comité d'histoire. L'objectif est de stimuler, via des petits déjeuners thématiques, le talent des communicateurs des ministères, dont tout le monde s'accorde à dire qu'il s'est amélioré. La rue de Constantine doit aussi délivrer l'information officielle. Qui pourrait assumer ce rôle, sinon le gouvernement? Outre l'incontournableMédiaSid,cet annuaire de la presse et de la communication, le SIG éditeLa Lettre du gouvernement.Ce bimensuel de 10pages diffusé à 80000exemplaires, qui a succédé àLa Lettre de Matignonen 1996, vulgarise les décisions étatiques auprès des élus locaux, des fonctionnaires et des partenaires sociaux. Sa maquette est plus attractive que celle duJournal officielet son contenu beaucoup plus subjectif que celui de la presse indépendante. Le SIG, qui a déjà piloté les sites Internet et Intranet des ministères, espère lancer, d'ici à fin 1998, des outils multimédias. Les citoyens pourraient alors obtenir des documents administratifs à partir de bornes interactives... Enfin, le SIG sert aussi d'oeil de Matignon sur l'opinion publique. Ses fonctionnaires enregistrent en moyenne entre 400 et 500sondages publiés chaque année dans la presse, sans oublier la vingtaine d'études ad hoc plus ou moins confidentielles. Le tout vient nourrir le travail des cabinets. Voilà pour la mission officielle... Pour le reste, les critiques ne manquent pas quant au véritable rôle que joue le service, accusé de favoriser les agences proches du pouvoir en place. Gérard Fenech, de l'agence Fenech&Le Barazer, conseiller de Lionel Jospin lors de la présidentielle de 1995, a une petite idée sur la question.«Juste après l'élection de Jacques Chirac, j'ai appris de façon détournée que ma collaboration avec l'état-major du PS m'handicaperait lors de compétitions organisées par le gouvernement UDF-RPR»,se souvient-il. Sous couvert de l'anonymat, un de ses confrères ajoute:«La campagne du passage à l'euro organisée par le gouvernement Juppé a été confiée au printemps dernier à DDB&Co parce que Bernard Brochand, président du groupe DDB Worldwide, est un proche de Jacques Chirac».Evidemment, Alexandre Basdereff rejette ces accusations:«Nous avons établi des règles d'équité et nous avons travaillé avec autant d'agences de gauche que de droite. Je me suis même battu pour dire non aux directeurs de cabinets ministériels qui auraient souhaité que je privilégie une agence.»A chaque élection, le nouveau pouvoir affirme, promis juré, qu'il n'y aura plus de favoritisme. Bernard Candiard n'a pas failli à la règle.«J'étais jusqu'à présent magistrat à la Cour des comptes, où je contrôlais les dépenses en communication des administrations. En me choisissant en connaissance de cause, le Premier ministre m'a confié une mission d'équité et d'objectivité. Je n'ai pas de fonction partisane.»Dès son arrivée, l'intéressé s'est d'ailleurs empressé de retirer la photo du Premier ministre de laLettre du gouvernement,afin de donner une apparence plus neutre à cette publication.Entre neutralité administrative et engagement politique
Le SIG n'est certes pas le bureau de propagande d'une république bananière. D'autant que si les directeurs passent, les fonctionnaires sont toujours là pour transmettre le relais. Dominique Guéna, directrice du pôle coordination de la communication, travaille au sein du SIG depuis vingt et un ans! Depuis 1988, le SIG encourage d'ailleurs les ministères à signer des contrats de trois ans sur les campagnes, évitant ainsi un «spoil-system» publicitaire rythmé par les échéances électorales. Et si un patron du SIG chasse l'autre, on reste entre gens de bonne éducation. Alexandre Basdereff se souvient que, du temps où il dirigeait le SIG, il discutait fréquemment avec son prédécesseur, le rocardien Jean-Louis Missika. Aujourd'hui, il déjeune régulièrement avec son successeur, Bernard Candiard. Quant aux fameux conseillers en image, ils ne fréquentent officiellement pas la rue de Constantine. C'est à Matignon que se peaufinerait l'image du Premier ministre et de son gouvernement. Et c'est hors du SIG que Stéphane Fouks, d'Euro RSCG Institutionnel, dialogue avec Manuel Valls, son ancien copain de faculté et conseiller pour la communication de Lionel Jospin. Pourtant, le SIG oscille toujours entre neutralité administrative et engagement politique. Alexandre Basdereff a failli trancher. Inquiet de l'impopularité du gouvernement Juppé auprès du grand public et des médias, il planchait avant son départ sur un programme de communication très ambitieux. Il voulait créer un magazine trimestriel vendu en kiosque et espérait négocier avec le Conseil supérieur de l'audiovisuel des espaces permettant à l'exécutif de s'exprimer directement sur ses décisions. Bernard Candiard a tout de suite mis fin à cette réflexion, privilégiant la communication de proximité. Mais il est vrai que la cote de popularité de l'hôte de Matignon est aujourd'hui au beau fixe. Stéphane Fouks, qui fit un bref passage à la cellule communication du gouvernement Rocard en 1988, a lui aussi une conception plus engagée du service.«Je plaide pour que parallèlement à des missions plus neutres, le SIG mette en place une communication d'opportunité en agissant tout de suite après un événement. On aurait ainsi pu faire paraître dans les journaux le protocole d'accord signé entre certains syndicats routiers et le patronat, début novembre. De ce point de vue, la France est très en retard par rapport à ses voisins.»Le débat reste donc ouvert.En 1996, dernier bilan chiffré disponible, 29ministères ont mis en place 74campagnes pour un budget global de 312,3MF, contre 274,5MF en 1995, soit 59campagnes. Cela s'est traduit par une baisse du budget moyen des campagnes, soit 4,2MF contre 4,6MF en 1995. Le ministère du Travail et des Affaires sociales demeure le premier annonceur gouvernemental (166,2MF, soit 53,2% des investissements), devant le ministère de l'Équipement, du Logement, des Transports et du Tourisme (37,9MF) et celui de la Défense (24,9MF). 38,8% des prestataires avec qui le SIG a travaillé ont été reconduits. La presse est devenue le premier média de la communication gouvernementale, avec 50MF investis. Elle supplante ainsi la télévision (41,5MF). Le hors-médias (29% des investissements) a augmenté de 75,6%.
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