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Dreyfus ne fait plus l'affaire

LA MARQUE DE PLATS CUISINÉS MARIE LANCE UNE NOUVELLE CAMPAGNE DE PUBLICITÉ

22/11/2002 - Monsieur Marie, l'un des personnages emblématiques de la publicité, est remercié après seize ans de bons et loyaux services. Il ne pouvait plus incarner la nouvelle stratégie de la marque.

Silence. Action ! »La voix sonore du premier assistant réalisateur fait régner l'ordre sur le plateau des studios Duboi à Saint-Ouen. Éric Rochant, le réalisateur d'Un monde sans pitié,tourne trois nouveaux films pour Marie, la marque de plats cuisinés. La scène du jour est un dispositif complexe impliquant plusieurs comédiens, une glissade et un échange de poêles chaudes. Un technicien bardé de rubans adhésifs de couleur fixe les marquages au sol. À quelques pas de là, trois hommes surveillent les prises sur un écran de contrôle : Yvon Martin, chef de groupe surgelés chez Marie, Bernard Naville, directeur de création à l'agence CLM/BBDO, flanqué de son caniche Pif, et Franck Servoz, directeur de production chez A. Productions. La marque d'alimentaire a mis les petits plats dans les grands : entre le 4 et le 8 novembre, le tournage a mobilisé quatre-vingts techniciens, trois décors, des effets spéciaux et une quinzaine de comédiens. Sans vouloir dévoiler ses investissements, Marie laisse entendre que son budget de communication habituel de 3 à 4,5 millions d'euros annuels sera au moins doublé. Le démarrage de la nouvelle campagne est fixé au 5 décembre.

Cas d'école

Sur le plateau, un homme brille par son absence : Monsieur Marie. Ce personnage trouble-fête, incarné par le comédien Jean-Claude Dreyfus depuis seize ans, disparaît et est remplacé par une brigade de personnages en frac qui défoncent les portes et font voler les fenêtres. La marque conserve la mécanique de l'irruption dans le quotidien, déclinée dans toutes ses campagnes avec CLM/BBDO depuis 1986. Mais elle la renouvelle, pour illustrer le changement de comportement des consommateurs. La nouvelle campagne Marie, c'est aussi un cas d'école sur le bon usage d'un personnage emblématique.« En 1986, il y avait une culpabilité attachée aux plats préparés,explique Antoine Renault, directeur marketing du pôle traiteur du groupe Marie-St Hubert.Les femmes se sentaient jugées sur le mal qu'elles avaient eu à préparer le repas. Monsieur Marie permettait de dédramatiser le sujet. Il demandait aux femmes d'être exigeantes car la marque l'était déjà avec ses produits. D'où la signature " Ce n'est pas parce que c'est déjà fait qu'il ne faut rien faire ". Aujourd'hui, la culpabilité a disparu. La qualité du moment du repas compte plus que le temps passé à le préparer. Dans ce contexte, Marie apporte des solutions pratiques, et la signature devient " Contentez-vous d'être exigeant ". Il était difficile de faire porter cette nouvelle stratégie par Monsieur Marie. »

Retrouver un discours de fond

Alain Cazes, directeur commercial chez CLM/BBDO, est plus direct que son client.« Monsieur Marie était devenu un camelot,analyse-t-il.La stratégie de marque avait dérivé vers une stratégie produit. Marie en était arrivé à vanter uniquement ses recettes et n'avait plus de discours de fond. »Pour exprimer la notion de service, les trois nouveaux films de CLM/BBDO illustrent des situations familières : la célibataire qui se tartine un en-cas devant la télévision, le père débordé qui réchauffe des croquettes de pommes de terre à la va-vite pour ses filles, le couple fatigué par sa journée qui n'a pas le courage de faire la cuisine. À chaque fois, la brigade Marie intervient pour les sauver du désastre culinaire.« Elle met en oeuvre les moyens du GIGN avec les buts d'une ONG »,résume Bernard Naville. Le principe de la brigade a aussi l'avantage de pouvoir décliner la campagne autour de plusieurs personnalités : le costaud qui défonce les portes, le petit fougueux qui se casse la figure, la psychologue qui rassure, le chef qui supervise les opérations, etc.

Le choix d'Éric Rochant, un réalisateur attentif à la direction d'acteurs, est « raccord » avec le changement de ton. Le cinéaste succède à Patrice Leconte et Jacques Monnet, piliers de la saga Marie.« Auparavant, on était dans l'exubérance et la comédie de boulevard,souligne Alain Cazes.Aujourd'hui, l'humour est au deuxième degré. Il vient du décalage entre la violence de l'intrusion et la quotidienneté des situations. »En même temps, chaque cas est l'occasion de présenter la gamme de produits Marie : les barquettes traiteur pour la célibataire, les surgelés pour le père, les tartes salées pour le couple. Demain peut-être, la gamme de tartes fines Autrement ou les pizzas auront aussi leurs films.« La marque ne se bat pas contre la " mal-bouffe ", mais contre le laisser-aller,précise Yvon Martin, chez Marie.Aujourd'hui, on n'a plus le droit de mal manger car il existe des solutions. Celles-ci peuvent varier selon le moment de la journée. La femme active qui déjeune sur son lieu de travail a des besoins différents le soir, en famille. La marque veut montrer qu'elle connaît les modes de vie actuels et qu'elle est complice du quotidien des gens. »


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UNE MARQUE JEUNE

Marie fait partie de ces marques que l'on croit plus vieilles qu'elles ne le sont en réalité tant elles font partie du paysage publicitaire. La marque n'est pourtant née qu'en 1983, au sein de la société Gorcy. Elle a ensuite été acquise par Danone en 1994, avant d'atterrir chez Uniq en 1999. Son chiffre d'affaires pour l'année 2002 est de 200 millions d'euros, dont 70 % en surgelés et le reste en traiteur. Les taux de notoriété varient selon les sondages, mais tous confirment son avance sur ses concurrents, Maggi, Findus et Fleury Michon. En part de marché, Marie occupe la première place des tartes salées traiteur (25,6 %) et des surgelés salés élaborés (19,2 %). Sur le marché des plats tout prêts traiteur, elle se retrouve derrière Fleury Michon avec 13,1 % de part de marché, le tout en volume.

Le fabuleux destin des icônes publicitaires

La mère Denis, Uncle Ben's, Don Patillo, Monsieur Plus, mais aussi Germaine de Lustucru, Groquik de Nesquik ou le bonhomme Pepito... Ils ont été identifiés à une marque mais n'ont pas tenu le choc. Facteurs de notoriété et de pérennité, les personnages peuvent aussi accentuer le vieillissement d'une marque. Retour sur quatre exemples notables.

Il ne colle jamais

« Non, je ne suis pas Louis Armstrong, je suis Uncle Ben's. » En 1971, le célèbre maître d'hôtel de Louisiane vante le riz « qui ne colle jamais ». Gospel, exotisme et bons sentiments : les Français découvrent une saga appelée à durer. Bien des années plus tard, le patriarche s'est fait voler la vedette. En 1997, sa nièce vante les nouvelles sauces. L'année suivante, il n'est que le narrateur du film La Fausse Note, signé DMB&B. Enfin, le coup de grâce est donné en 1999 : un bébé joufflu (son descendant) inaugure le sachet cuisson.« Aujourd'hui, Uncle Ben's s'affiche uniquement sur les paquets, grâce à son fort capital de sympathie,commente Daniel Noury, porte-parole du groupe Masterfoods.Mais on ne le reverra pas sur les écrans. »

Ah, c'est ben vrai, ça

Il n'y a pas de mère Denis en vue dans la nouvelle publicité Vedette, qui sort le 24 novembre. Et pour cause : la marque d'électroménager du groupe Elco-Brandt a définitivement tourné la page de la brave lavandière normande, découverte en 1972 par le publicitaire Pierre Baton. De son vrai nom Jeanne Calvé, elle a incarné la marque jusqu'en 1985, quatre ans avant sa mort. En 2001, elle était élue personnage de publicité du siècle dans un sondage réalisé par La Poste. Mais ses ayants droit s'étaient opposés à la reproduction de son image et c'est le petit bonhomme Jean Mineur qui avait eu un timbre à son effigie. Vedette n'a pas oublié le passé pour autant. Son nouveau film, signé D'Arcy et réalisé par Tran Anh Hung (le réalisateur deL'Odeur de la papaye verte), reprend l'héritage de la mère Denis : la confiance.

Oui, mais des Panzani

Don Patillo a rejoint, il y a deux ans, le paradis des icônes publicitaires. En vingt-cinq ans de services, le curé de campagne inspiré de Fernandel avait installé Panzani comme LA marque de pâtes des Français.« Hélas, il ne séduisait pas les jeunes et empêchait toute innovation. La part de marché s'effritait »,se souvient Xavier Rischer, directeur marketing. Avec son agence CLM/BBDO, il décide qu'André Auber, l'acteur alors âgé de soixante-seize ans, n'incarnera pas le renouveau.« Nous avons opté pour un discours marketing fort : la cuisine des pâtes »,commente Valérie Accary, vice-présidente de CLM/BBDO. Ornella Muti, vedette du spot consacré à la marque premium Giovanni Panzani, sera-t-elle la nouvelle égérie ?« Non,assure Xavier Rischer.Elle symbolise l'Italie. Une autre actrice telle que Monica Belluci pourrait la remplacer. »

Toujours plus

Comme Monsieur Marie, Monsieur Plus est agaçant mais c'est pour la bonne cause. L'homme au coup de coude compulsif est apparu en 1978 dans les publicités Bahlsen, où son tic obligeait les cuisiniers à rajouter des ingrédients dans leur recette. Au début des années quatre-vingt-dix, il faisait son come-back dans deux films réalisés par Patrice Leconte : il s'invitait dans une soirée avec des chips et renversait un paquet de pop-corn dans un cinéma. Le décès du comédien a mis fin à l'aventure. Depuis 2000, la marque est scindée entre Bahlsen-St Michel, pour la partie sucrée, et Lorenz-Bahlsen, pour l'activité salée, qui va progressivement se rebaptiser Lorenz. Mais l'esprit de Monsieur Plus est toujours présent dans la signature de la marque : « Pour ceux qui en veulent encore plus, toujours plus. »

Pascale Caussat et Marie Nicot

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