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Peter Arnett : Bagdad, deuxième

21/03/2003 - Douze ans après, l'ex-correspondant de CNN, le seul Occidental à couvrir alors l'attaque américaine sur Bagdad, est de retour dans la capitale irakienne.

Janvier 1991, première guerre du Golfe. Peter Arnett, correspondant pour CNN, est le seul journaliste occidental à intervenir en direct depuis Bagdad. Mars 2003, à la veille d'une deuxième guerre du Golfe. Peter Arnett travaille désormais pour MSNBC, la chaîne d'information câblée que se partagent le réseau NBC (General Electric) et Microsoft. Il est à nouveau à Bagdad, mais avec, cette fois, plusieurs centaines de journalistes.« Le paysage médiatique mondial a énormément changé,observait récemment Peter Arnett dans leWall Street Journal.À tel point que j'hésite à répondre à mes jeunes confrères qui me demandent conseil. »

La première guerre du Golfe a en effet marqué le début de l'ère de l'information continue par satellite. Aujourd'hui, Fox News taille des croupières à CNN aux États-Unis : elle est même devenue, depuis l'affaire du tueur de Washington à l'automne dernier, la première chaîne d'information américaine. À l'international, une pléiade de chaînes arabes la concurrencent. Au premier rang d'entre elles, Al-Jazira, qui s'est fait connaître par sa diffusion exclusive de messages d'Ousama Ben Laden. Sur le terrain, les reporters de guerre sont encore plus équipés que par le passé : masques à gaz, médicaments, antidotes, etc. La mort de huit journalistes pendant le conflit en Afghanistan - sans parler de Daniel Pearl assassiné au Pakistan- a rendu les rédactions prudentes. Elles sont toujours prêtes à tout... sauf à risquer la vie de leurs équipes sur le terrain.« Quitter les lieux serait pour nous inédit, mais nous n'excluons pas cette possibilité, car les risques sont immenses »,a même déclaré Eason Jordan, le « chief news executive » de CNN. Ce luxe de précautions de son ancien employeur fait sourire Peter Arnett.« J'aurais l'air d'un Martien à me promener parmi les Irakiens avec ce type d'équipement »,souligne-t-il. Lui qui, en quarante ans de carrière, a couvert pas moins de dix-neuf conflits, est peu susceptible d'être tenté de déserter. Obstiné, l'homme raconte :« Pendant la première vague de bombardements sur Bagdad, en 1991, rester dans ma chambre de l'hôtel Al-Rashid était nerveusement très éprouvant. Mais nous étions conscients, mon équipe et moi, d'avoir l'occasion unique de nous adresser à un public mondial. Et c'est ce qui nous motivait. »

L'homme de la situation

Né en Nouvelle-Zélande, Peter Arnett a toujours voulu être journaliste. Dans son livreLive from the Battlefield [En direct du champ de bataille], il revient sur un parcours qui a commencé avec Associated Press au Vietnam en 1962. Dès 1966, son travail lui vaut de remporter le prix Pulitzer. Il quitte le Vietnam après la chute de Saigon en 1975 et traite alors de crises, comme celle des otages en Iran ou du massacre de Jonestown au Guyana. La carrière de Peter Arnett prend un nouveau tour en 1981, lorsqu'il rejoint la chaîne d'information en continu CNN. Là encore, il prend en charge les sujets difficiles, des troubles au Salvador à la famine en Ethiopie. Il est promu chef du bureau de Moscou en 1986. Dans la foulée, il couvre les questions de renseignements et de sécurité à Washington, puis plonge dans le conflit au Proche-Orient, à Jérusalem. Quand la première guerre du Golfe éclate, en 1991, sa connaissance de la région en fait l'homme de la situation. Avec ses acolytes Bernard Shaw et John Holliman(1), il forme une équipe rapidement surnommée aux États-Unis « The boys of Bagdad ». Pendant le conflit, Peter Arnett réalise même une interview exclusive de Saddam Hussein. La fin de la guerre le prend par surprise.« En tant que journalistes, nous étions prêts à couvrir la phase finale des hostilités. Nous nous attendions à une offensive blindée sur la capitale »,a-t-il raconté sur cnn.com. Ce ne fut pas, on s'en souvient, le choix de George Bush senior... Peter Arnett poursuit sa collaboration avec CNN. Mars 1997 : il est le premier journaliste occidental à interviewer une heure durant Ousama Ben Laden. Les questions avaient été soumises à l'avance, sans possibilité de relancer le dialogue. Un pseudo scoop sur l'opération « Tailwind », au cours de laquelle des commandos américains auraient utilisé du gaz sarin pour tuer des déserteurs américains réfugiés au Laos en 1970, lui vaut une mise au placard. En 1999, Peter Arnett quitte CNN deux ans et demi avant l'expiration de son contrat. Nommé correspondant en chef pour CameraPlanet, une société de production et de distribution située à New York, il travaille désormais pour l'émissionNational Geographic Explorer,diffusée sur MSNBC. L'ambition de ce programme : montrer l'impact des événements sur les individus et leurs familles. Dans un contexte de guerre, cela promet d'être difficile. D'autant que, comme l'analyse Peter Arnett lui-même sur cnn.com,« l'incroyable spectacle de la guerre du Golfe a convaincu CNN ainsi que d'autres sociétés de télévision de couvrir les événements de la même façon. On assiste désormais à ce que certains observateurs appellent une approche « médiathon » de l'information. Personnellement, je ne sais toujours pas si c'est bien ou mal ».


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DATES CLÉS

1962.Débuts au Vietnam pour l'Associated Press.

1966.Prix Pulitzer.

1975.Chute de Saigon et départ du Vietnam.

1981.Débuts chez CNN.

1986.Chef de bureau à Moscou.

1988.Premier correspondant international à Washington et à Jérusalem.

1991.Première guerre du Golfe. Interventions en direct de Bagdad.

1997.Interview d'Ousama Ben Laden.

1999.Fin de la collaboration avec CNN.

2002.ÉmissionNational Geographic Explorer, diffusée sur MSNBC.

Mars 2003.Retour dans la capitale irakienne.

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