25/04/2003 - Grande distribution, mais aussi textile et voyages... De nombreuses marques placent le prix au coeur de leur communication et de leur offre produits.
Carrefour fête ses « quarante ans de discount », Darty repart en conquête sur les prix, Citroën met les pieds dans le plat avec la TVA... Ce printemps, les marques renouent avec les bonnes vieilles recettes de la communication par le prix. Et elles semblent avoir toutes les raisons de le faire. Dans un contexte de fort ralentissement de la croissance, de baisse de la consommation et de moral des ménages en berne, la tendance est confirmée par une récente étude du Bipe (ex-Bureau d'informations et de prévisions économiques). Selon cette société d'analyse, en 2003 et 2004, les stratégies des acteurs de la grande consommation devront se porter sur les prix pour maintenir et développer leurs parts de marché. Pour les produits de base - alimentaire, entretien, hygiène -, les arbitrages des consommateurs se feront en faveur des produits les moins chers. Le Bipe conclut notamment que« les circuits de distribution seront fortement dépendants en 2003 de leur positionnement et de leur image prix. »
De quoi remettre en cause certaines stratégies de communication qui commençaient à perdre de vue l'importance de la problématique prix. À commencer par celles des chaînes de la grande distribution qui, après des années de communication institutionnelle, n'hésitent plus à remettre la promotion au goût du jour. Pour son quarantième anniversaire, Carrefour signe avec Publicis Conseil une campagne célébrant les vertus du discount. Un retour sur terre ?« Pas du tout,rétorque Henri Baché, directeur général de TBWA pour les budgets distribution et ancien responsable du budget Carrefour chez FCA !,Carrefour n'a jamais abandonné un positionnement de discounter. Le problème est plutôt son image prix. »Carrefour, comme Auchan, a souffert d'une image de cherté consécutive à sa volonté de monter en gamme dans les années quatre-vingt-dix.« Avec des hypermarchés aux allées larges, aux rayons ordonnés et valorisés, l'hyper à la française a donné une impression de luxe,concède Henri Baché.Mais cela ne correspond pas à la réalité. »
Il n'empêche, les chiffres sont là. Les ventes des hypers marquent le pas.« Ce segment fonctionne moins bien,admet Robert Rochefort, président du Credoc (Centre de recherches pour l'étude et l'observation des conditions de vie).Après une période de flottement due à l'arrivée de l'euro, les Français recommencent à compter. »Le marché des hypers, que l'on dit mature, subit aussi la concurrence du « hard discount ». Ces magasins à prix cassés ont vu leur part de marché bondir de 17 % en 2002. Les enseignes allemandes Lidl et Aldi ont été suivies par les français Ed (Carrefour), Leader Price (Casino) ou encore Netto (Intermarché). Le potentiel serait bien réel, selon diverses prévisions. Le hard discount représente déjà 11 % de la distribution alimentaire en France (35 % en Allemagne), mais il pourrait atteindre 15, voire 20 % d'ici à trois ans.
Une explication simple à cette percée spectaculaire : alors que les grandes surfaces alimentaires suivent la hausse des prix (+2,52 % sur un an selon Panel International, pour 2,6 % d'inflation selon l'Insee), les tarifs affichés par les « hard discounters » sont stables. Avec leurs supermarchés à l'offre limitée et à bas prix, avec des produits jugés parfois de même qualité que ceux de marque, les maxi-discounters ne sont plus considérés comme les « supermarchés du pauvre ». Selon TNS Secodip, 62 % des Français ont fait au moins une fois leurs courses dans ce type de magasin, contre 38 % en 1998.
Un critère déterminant
Preuve de l'importance du phénomène, Auchan, seul acteur majeur français à être resté jusqu'ici à l'écart de la bagarre, se penche à son tour sur la question. L'enseigne vient d'ouvrir dans la plus grande discrétion son premier magasin « hard discount », sous la forme d'un corner baptisé Au marché vrac, dans l'un des plus grands hypers de France, à Noyelles-Godault, dans le Pas-de-Calais. Le numéro trois français de la grande distribution a laconiquement présenté le magasin comme un« simple essai pour tester le marché ».Auchan préfère en effet« ne pas communiquer sur le thème du hard discount ».
Devenez radin. » Cette campagne d'affichage de Priceminister date de 2001. Mais, aujourd'hui encore, le site de ventes d'occasions et de déstockage de produits culturels et high-tech la revendique.« Le moteur principal de l'achat sur le Net, c'est le prix, quels que soient d'ailleurs le profil de l'internaute et son pouvoir d'achat »,affirme Olivier Mathiot, cofondateur et directeur marketing du site, citant une étude Ipsos-Mediangles de juin 2002.« Les acheteurs en ligne sont des « early adopters » et cela les valorise de montrer qu'ils maîtrisent l'outil pour faire des affaires. »Priceminister a su en profiter : deux ans après sa création, ce site est rentable. Il compte quelque 750 000membres pour 4 000 commandes quotidiennes et annonce le quadruplement de son chiffre d'affaires pour 2003, à 60 millions d'euros.
Trouver des prix bas, c'est bien ce que recherchent les internautes. Les discounters, comme CD Discount, Nomatica ou Mister Gooddeal, l'ont eux aussi compris. Tous affichent une croissance de leur activité supérieure à 100 %. Promovacances, un voyagiste en ligne à prix réduits, propose actuellement des voyages mis à prix à un euro sur le site de ventes aux enchères ebay.fr.« Cette opération de promotion et de visibilité avec eBay nous permet de renforcer notre positionnement de marque spécialiste des bons plans »,explique Olivier Chanut, codirecteur marketing de promovacances.com.
La grande distribution et les marques s'en mêlent
Internet est un canal de distribution qui permet, en deux clics, de comparer les produits, les services et, évidemment, les prix de chaque marchand. Pierre Chappaz, ancien directeur marketing d'IBM, ne s'y est pas trompé en créant en décembre 1999 Kelkoo, un comparateur de prix sur le Net. Trois ans plus tard, 10 000 sites marchands référencent leurs produits sur Kelkoo. Le site, avec 15,3 millions d'euros de chiffre d'affaires, a atteint l'équilibre.« En 2002, Kelkoo a généré 380 millions d'euros de ventes chez ses partenaires en Europe,indique Pierre Gaudet, cofondateur et directeur général.En France, le site, qui est également marque blanche de MSN et de Yahoo, attire chaque mois 5 millions de visiteurs pour 20 millions d'euros de ventes e-commerce. Mais nous pouvons ajouter 80 millions d'euros de ventes induites dans le commerce traditionnel, ce qui porte la contribution de Kelkoo au chiffre d'affaires de ses deux cent cinquante clients en France à 100 millions d'euros mensuels. »
Une audience qui ne laisse pas indifférent le monde de la grande distribution où l'on est habitué à communiquer sur les prix.« Leclerc nous a acheté une campagne de communication ciblée pour mettre en avant ses offres promotionnelles, ses têtes de gondoles. Et nous discutons avec Auchan sur les mêmes bases »,indique Pierre Gaudet. Pour la première fois donc, un site Internet se lance dans la comparaison de prix de magasins physiques. Kelkoo démarche même les marques en direct (HP, IBM) qui achètent du trafic pour leurs distributeurs. La comparaison par le prix serait-elle en passe de devenir la norme ?
Cathy Leitus
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