16/05/2003 - Alessi vient d'ouvrir sa première boutique parisienne. Son directeur général, Alberto Alessi, a fait de l'entreprise italienne une référence du design.
Pour le grand public, Alessi évoque le presse-citron à trois pattes Juicy Salif, une création de Philippe Starck de 1990, ou le tire-bouchon Anna G, un best-seller de 1994 signé Alessandro Mendini. Le spécialiste des arts de la table s'identifie aussi à la bouilloire-oiseau de Michael Graves (1985), qui chante quand l'eau bout. On en oublierait presque qu'Alessi est un nom de famille. Le vrai visage de l'entreprise, c'est un homme de cinquante-six ans aux yeux clairs, Alberto Alessi, directeur général en charge du design. Il était présent cette semaine à l'ouverture de sa première boutique parisienne, 31, rue Boissy-d'Anglas, près de la place de la Concorde.« La France n'est pas le premier pays en termes de ventes, mais c'est celui qui progresse le plus vite »,précise le responsable de cette société, forte de 100 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2002.
Alberto Alessi est entré dans l'entreprise en 1970, adoubé par son père qui avait dessiné la plupart des collections jusqu'aux années cinquante. Carlo Alessi est toujours président honoraire de la société. Le grand-père, Giovanni, était tourneur de métaux. Il fonda la compagnie en 1921, dans le bassin de petites industries artisanales du nord de l'Italie. L'usine Alessi est aujourd'hui basée à Crusinallo, à une heure de Milan, et entretient fièrement ses racines familiales. Les deux frères d'Alberto, Michele et Alessio, gèrent l'aspect financier et commercial, et le cousin Stefano s'occupe des achats. Mais c'est Alberto, suivant l'exemple de son père, qui a fait décoller la griffe grâce à une audacieuse politique d'innovation.« Plus qu'une entreprise, nous nous considérons comme un laboratoire industriel de recherche dans le domaine des arts appliqués,explique posément le directeur général.Le design est l'une des formes poétiques et artistiques les plus typiques de notre époque. Nous sommes les médiateurs entre les expressions créatives contemporaines et les rêves du public. »
S'il n'est pas designer lui-même, Alberto Alessi a le talent de rassembler des créateurs du monde entier autour de son outil industriel. Il se compare volontiers à un réalisateur de films faisant son casting. L'Australien Marc Newson, l'Américain Michael Graves, le Britannique Jasper Morrison, le Français Philippe Starck côtoient dans son catalogue une bonne brassée d'Italiens comme Ettore Sottsass, Achille Castiglioni, Enzo Mari, Aldo Rossi, Stefano Giovannoni, Guido Venturini, etc.
Une aversion affichée pour le marketing
Depuis 1977, il est épaulé par Alessandro Mendini, maestro provocateur du design italien, à la fois historien, designer et consultant. Ce jeune homme de soixante-douze ans est le responsable du dernier projet Tea&Coffee Towers présenté rue Boissy-d'Anglas, une série de vingt et un services à thé et à café réalisés par des architectes, dont les Français Jean Nouvel et Dominique Perrault. Ce dernier, auquel on doit la bibliothèque François Mitterrand, témoigne :« Alberto Alessi entretient une complicité et une confiance avec Alessandro Mendini. On sent qu'il n'achète pas des noms, il n'est pas dans le superficiel. Il est cultivé, sensible et prend des risques, sans marketing ni études de marché. »De fait, Alberto Alessi a toujours affiché son aversion pour le marketing, qu'il compare à« une cage où l'on enferme une certaine vision de la société ».Il fait confiance aux créateurs pour livrer une interprétation du monde susceptible de séduire les acheteurs. À une époque où les tests consommateurs sont rois, il fait figure d'iconoclaste en défendant l'échec comme indicateur d'avant-garde.« Nous travaillons à la frontière entre ce que le public peut accepter et ce qu'il n'est pas encore prêt à comprendre,précise Alberto Alessi.Cette frontière, on ne peut pas la voir avec des instruments marketing. Il faut de l'intuition et de la sensibilité. Nous devons accepter au moins un fiasco par an. Sans fiasco, il n'y a pas d'innovation. »Cette philosophie est plus facile à tenir dans une entreprise indépendante. Pas totalement indifférente aux règles du marché cependant, la société dépense environ 8 millions d'euros par an en communication, dont 2 millions en publicité.
3 décembre 1946.Naissance à Arona (Italie).
1970.Licence en droit de l'université Cattolica de Milan. Débuts dans l'entreprise familiale.
1977.Rencontre d'Alessandro Mendini, devenu collaborateur régulier d'Alessi.
1983.Premier projet Tea&Coffee Piazza.
1985.Bouilloire 9093 de Michael Graves, éditée en version électrique en 2001.
1990.Presse-citron Juicy Salif de Philippe Starck.
1998.Reçoit le Design Award for Lifetime Achievement du Brooklyn Museum of Art de New York.
Mai 2003.Ouverture de la première boutique parisienne. Projet Tea&Coffee Towers avec 21architectes.
Réagissez à cet article
Merci de vous identifier afin de pouvoir publier un commentaire : Identifiez-vous