02/10/2003 - À côté des réseaux nationaux prospèrent des radios locales et régionales dont certaines sont devenues des acteurs économiques de premier plan.
Jeudi 11 septembre. Pour sa conférence de presse de rentrée, Sud Radio a investi l'un des plus grands bâtiments de Toulouse, la future médiathèque. L'immeuble est encore en chantier et il faut des autorisations spéciales ? Ce n'est pas un problème : à Toulouse, Sud Radio est depuis longtemps un acteur incontournable. Difficile d'ignorer le presque demi-million d'auditeurs quotidiens de la station. Un statut obtenu, plus récemment, par d'autres radios indépendantes reines des audiences dans leur région ou leur agglomération, comme l'atteste la dernière livraison des résultats de l'enquête Médialocales de Médiamétrie (1). C'est le cas, entre autres, de Contact FM à Tourcoing (Nord), Radio Scoop à Lyon (Rhône), Alouette aux Herbiers (Vendée), Totem à Rodez (Aveyron) ou Fréquence Plus à Dole (Jura) (lire tableau). Le temps de la radio libre appartient à la préhistoire. Économiquement viables depuis plusieurs années pour certaines, ces stations représentent aujourd'hui un poids économique reconnu et s'inscrivent comme des acteurs de premier plan dans leur région.
Le cas Sud Radio est probant. Rachetée il y a six ans à l'État français, la station appartient pour 80 % à Sud Communication. Le groupe est contrôlé personnellement par Pierre Fabre, le patron du laboratoire pharmaceutique éponyme. Les 20 % restants sont aux mains de RTL Group, dont la régie publicitaire, IP France, commercialise l'espace national et local de Sud Radio. Personnalité incontournable dans la ville de Toulouse, Pierre-Yves Revol, le président de Sud Radio, a redynamisé cette radio dont l'histoire remonte à près d'un demi-siècle. L'ex-Radio Andorre rayonne maintenant sur le grand Sud Ouest et couvre trois régions administratives : Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon et Aquitaine. En mars dernier, la « petite radio toulousaine » a marqué un essai remarqué en décrochant face à ses aînées parisiennes, et pour 160 000 euros, les droits radio de la prochaine Coupe du monde de rugby. Avec un chiffre d'affaires de 15 millions d'euros en 2002, dont 20 % provenant du marché local, Sud Radio possède les moyens financiers de son développement.
Fini la marginalité !
Un peu plus au nord de la zone de diffusion de Sud Radio commence le territoire de Totem. Cette station associative est installée à Rodez, là où les réseaux nationaux, publics et privés, n'ont pas daigné prendre pied. Totem couvre sept départements, du Lot à la Lozère, de la Haute-Loire au Tarn, et affiche 85 000 auditeurs quotidiens. Avec des scores en audience cumulée de 27 % en Aveyron ou de 23,4 % à Rodez, la vingtaine d'employés n'hésite pas à parler de service public.« Nous remplissons une mission,affirme David Martin, coordinateur de l'antenne.J'estime même que nous sommes incontournables. »Il y a six ans, quand il s'est agi de trouver un programme pouvant accompagner les automobilistes sur l'A75, la préfecture de l'Aveyron s'est naturellement tournée vers Totem. Quant aux élus et dirigeants de la région, c'est la porte des studios de Totem qu'ils poussent quand ils veulent parler. Récemment, le directeur de La Poste de l'Aveyron voulait s'exprimer sur les ondes, à la suite d'un mouvement de grève qui paralysait ses services. Mais le planning duForum du dimanche,l'émission politique organisée avec le quotidienCentre Presse,était déjà bouclé... Côté publicité, la station est incontournable :« Une campagne y est aussi efficace qu'en affichage,déclare Jean-Michel Tauleigne, le patron du magasin Maxauto, de Decazeville, une petite commune de l'Aveyron.Totem se veut aussi professionnelle qu'une radio parisienne. »
Au fil des années, ces radios indépendantes se sont développées en région à côté des réseaux nationaux.« Nous ne sommes plus des marginaux depuis longtemps,revendique Bertrand de Villiers, le président d'Alouette FM, frère de Philippe et conseiller général MPF de Vendée.Cela ne se voit peut-être pas à Paris, mais nous sommes des institutions dans nos régions respectives. »Avec un chiffre d'affaires de 3,8 millions d'euros et une marge avant impôts d'environ 10 %, Alouette FM se porte bien et fédère plus de 300 000auditeurs sur le grand Ouest.« Avant, nous étions un vecteur d'agitation ; aujourd'hui, nous sommes un vecteur économique et de communication »,poursuit-il. À Lyon, difficile également de passer à côté de Radio Scoop. Partenaire de tous les grands événements organisés dans la ville, la station possède sa loge au stade Gerland pour supporter l'Olympique lyonnais, le champion de France de football dont elle est partenaire officiel.« Mais nous ne sommes qu'une petite PME »,se défend Daniel Perez, le patron de Radio Scoop. Cet homme de cinquante-neuf ans originaire d'Oran est loin d'être un inconnu à Lyon.« Il est très présent et introduit dans tous les réseaux »,confie une journaliste lyonnaise. Avec sa femme et son fils Philippe, il contrôle la majorité du capital de la troisième station de l'agglomération lyonnaise dont le chiffre d'affaires s'est élevé l'an passé à 6,1 millions d'euros. Un trésor de guerre de 5 millions d'euros devrait lui permettre de grandir encore dans sa région.
Le président de la radio toulousaine explique le positionnement de la station.
Comment définir Sud Radio ?
Pierre-Yves Revol.C'est la radio d'un pays, le Sud-Ouest. Notre force, c'est cet ancrage depuis près de quarante-cinq ans. Sud Radio est une marque du patrimoine régional.
Est-ce une entreprise rentable ?
P.-Y.R.Elle ne perd pas d'argent. Mais cela devient plus difficile...
C'est-à-dire ?
P.-Y.R.On observe la montée des radios régionales et des généralistes nationales qui obtiennent des fréquences dans notre zone de diffusion. Il est du ressort du CSA de réguler le paysage.
Demandez-vous aussi de nouvelles fréquences ?
P.-Y.R.Si le CSA octroie des fréquences à des généralistes dans notre zone, Sud Radio doit aussi en obtenir dans des villes rattachées culturellement au Sud-Ouest, via le rugby, comme Limoges et Clermont-Ferrand.
Pourquoi avoir acheté les droits radio de la Coupe du monde de rugby ?
P.-Y.R.Toutes les radios généralistes se battent sur le football, un terrain où nous n'avons pas vocation à les concurrencer. En revanche, le rugby est le sport numéro un dans notre région. Sud Radio cultive cette spécificité et consent donc des efforts là où les autres radios ne souhaitent peut-être pas en faire.
Entretien : B.F.
Les Français ne sont pas égaux face à la radio. Un constat flagrant au regard des résultats d'audience ville par ville, selon l'enquête Médialocales de Médiamétrie pour la période septembre 2002-juin 2003, dontStratégiess'est procuré les principales données. Au total, cinq stations se partagent la première place en audience cumulée sur les dix plus grandes agglomérations françaises (1). La palme revient à France Info, numéro un dans quatre villes. En tête des classements se battent les principaux réseaux nationaux, mais avec une grande disparité.
Radio la plus écoutée à Lille avec une audience cumulée de 17,5 % (soit 142 700 auditeurs âgés de 13 ans et plus), RTL tombe dans les profondeurs des classements au sud de la Loire... D'où la stratégie de conquête de territoires lancée par l'état-major de la radio à Lyon, où elle n'arrive qu'en septième position avec une audience de 8,6 %, et à Marseille, où elle se classe quinzième et n'est écoutée que par 3,8 % de la population locale contre une moyenne nationale de 12,2 %. Difficile d'aller contre l'histoire : l'ex-Radio-Télé-Luxembourg reste la radio du Nord. Tout comme Europe 1, qui obtient ses meilleurs scores à Paris, Strasbourg, Nantes, Rennes et à Lyon, l'un de ses anciens fiefs, où elle pointe au quatrième rang avec une audience un peu supérieure à celle de sa moyenne nationale : 10,9 % contre 9,8 %. À l'opposé, RMC, cataloguée radio du Sud, fait mieux que doubler son score d'audience moyenne nationale, 3,2 %, à Marseille (7,4 %), Nice (9,7 %), et, plus surprenant, est bien positionnée à Bordeaux (5,6 %).
Pas de réseau universel
Les radios les plus régulières sont celles du service public. France Info et France Inter se retrouvent toutes deux sur le podium dans sept villes sur dix. Présentes depuis longtemps et bénéficiant d'un réseau d'émetteurs FM plus large que celui de leurs concurrentes privées, les deux stations sont en revanche curieusement absentes du palmarès à Lille. Neuvième et dixième du classement, France Info et France Inter y obtiennent des audiences de 8,3 % et 6,7 %, loin des scores nationaux (respectivement de 11,1 % et 11,2 %).
Ce qui vaut pour l'information générale vaut pour la musique : il n'existe pas de réseau « universel ». Radio la plus écoutée à Bordeaux et à Strasbourg, où elle est créditée d'une audience étonnante de 22 %, NRJ est distancée à Rennes, Paris et Lyon où elle obtient respectivement 7,7 %, 7 % et 6,3 % d'audience, contre 12,8 % au niveau national. Pour sa part, avec une audience de 13,1 %, soit plus de 1,2 million d'auditeurs, Skyrock est leader à Marseille alors qu'elle réalise 7,3 % d'audience au niveau national. La station rap dépasse aussi les 9 % à Lille, Lyon, Nice, Nantes et Rennes.B.F.
(1) Paris, Lille, Lyon, Marseille, Toulouse, Nice, Bordeaux, Nantes, Strasbourg et Rennes.
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